SECRET · OISE

la forêt de Compiègne

Un trésor d'art et de passionla vallée du Thérain, les pierres murmurent des histoires de trésors enfouis

la forêt de Compiègne

Il existe en France des forêts qui sont simplement des forêts, des masses d’arbres où l’on va chercher de l’ombre en été et des champignons en automne, et il en existe d’autres qui sont des lieux habités par l’histoire avec une densité telle que marcher sous leurs voûtes de hêtres et de chênes revient à traverser plusieurs siècles simultanément, chaque carrefour d’allées portant un nom qui renvoie à un roi, une bataille, une chasse royale ou un événement dont les conséquences ont dépassé de très loin les lisières du massif. La forêt de Compiègne appartient résolument à cette seconde catégorie, quatorze mille cinq cents hectares de futaies, de clairières et de vallons qui constituent le troisième massif forestier domanial de France et qui ont été le terrain de chasse et le décor de représentation de la monarchie française depuis les Mérovingiens jusqu’au Second Empire, avec une continuité dynastique qui n’a son équivalent dans aucune autre forêt du pays. Ici, les allées rectilignes tracées au cordeau par les ingénieurs des Eaux et Forêts du XVIIIe siècle convergent vers des carrefours en étoile dont les noms, la Reine Blanche, le Rond du Roi, les Beaux-Monts, sont autant de fragments d’une mémoire royale et impériale que la forêt a conservée dans sa toponymie comme d’autres territoires la conservent dans leurs pierres. Napoléon III et l’impératrice Eugénie y donnèrent les célèbres « séries de Compiègne », ces séjours de plusieurs semaines où l’aristocratie européenne et les artistes du temps se retrouvaient pour des parties de chasse, des spectacles et des conversations dont les témoignages constituent une source exceptionnelle sur la vie sociale du Second Empire à son apogée.

La forêt se parcourt à pied, à cheval ou à vélo sur des centaines de kilomètres de chemins balisés qui permettent de s’enfoncer dans le massif jusqu’à n’en plus voir les lisières, cette solitude forestière profonde que les grandes futaies de hêtres et de chênes centenaires rendent possible à quelques dizaines de kilomètres de Paris. Les étangs de Saint-Pierre, les rochers de la Reine Blanche, les vallons de l’Aisne qui bordent le massif au nord, et les Beaux-Monts depuis lesquels le regard porte sur une mer de houppiers jusqu’aux clochers de Compiègne, autant de sites particuliers où la forêt se déploie avec des variations de lumière et de paysage qui renouvellent indéfiniment la promenade. Et puis il y a la clairière de l’Armistice, ce sous-bois écarté où le maréchal Foch reçut le 11 novembre 1918 la délégation allemande dans son wagon de commandement pour signer la paix, et où Hitler exigea en juin 1940 que la France signât sa propre capitulation dans ce même wagon reconstitué, geste de revanche symbolique dont la force dit quelque chose de la puissance des lieux dans l’imaginaire des hommes. Le mémorial qui y est installé est l’un des sites mémoriaux les plus sobres et les plus émouvants du nord de la Franc, un endroit où l’histoire du XXe siècle se condense en quelques hectares silencieux avec une économie de moyens qui renforce paradoxalement la puissance de ce que l’on y ressent.

Pourquoi ce lieu est unique

Vivre à Compiègne, c’est habiter une ville royale qui a gardé la mémoire de ses fastes sans en être écrasée, une cité de taille humaine, trente mille habitants, qui porte dans son plan, ses avenues et son château impérial les traces d’une ambition urbaine et architecturale hors de proportion avec ses dimensions actuelles, et qui a trouvé dans cet héritage monumental non pas un fardeau mais une ressource permanente de beauté quotidienne. Le château de Compiègne, résidence de prédilection de Louis XV, Louis XVI, Napoléon Ier et Napoléon III, ferme l’une des extrémités de la ville avec une façade classique d’une sévérité élégante qui ouvre sur les grandes allées forestières comme si le bâtiment et la forêt avaient été pensés ensemble, ce qui est exactement le cas. Les habitants de Compiègne entretiennent avec cette forêt immense qui commence là où finissent les dernières maisons un rapport de familiarité et de proximité que les citadins des grandes villes ne peuvent pas tout à fait imaginer, la forêt est leur parc, leur salle de sport, leur lieu de méditation et leur terrain d’aventure selon les saisons et les humeurs, accessible à pied depuis le centre-ville en moins de vingt minutes. L’Oise, qui traverse la ville et reflète les façades du quai Gauthier et du quai de la République dans une lumière qui change à chaque heure du jour, est l’autre axe de vie compiégnois , une rivière navigable bordée de promenades ombragées où le temps s’écoule avec cette lenteur douce que seules les villes au bord de l’eau savent produire naturellement.

Le saviez-vous ?

La forêt de Compiègne fut le théâtre, pendant la Première Guerre mondiale, d’une utilisation militaire intensive dont les traces subsistent encore aujourd’hui pour qui sait les chercher, des dizaines de kilomètres de tranchées, d’abris souterrains et de positions défensives creusés dans le sous-sol forestier entre 1914 et 1918 ont été progressivement recouverts par la végétation mais demeurent visibles sous forme de creux et de reliefs caractéristiques que les promeneurs attentifs identifient dans les secteurs les moins fréquentés du massif. Des associations de mémoire organisent des visites guidées de ces vestiges discrets qui transforment une promenade forestière ordinaire en traversée des paysages de la Grande Guerre, une expérience qui rappelle que la paix des forêts françaises repose souvent sur des sols qui ont absorbé une violence dont la nature végétale recouvre la trace avec la même indifférence patiente qu’elle met à recouvrir tout le reste.

Département : Oise

Situation

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