SECRET · OISE
LES VILLAGES FLEURIES
Des couleurs et des histoires qui font l'âme du territoire

L’Oise est un département qui fleurit avec discrétion, non pas avec l’ostentation des villages provençaux dont les géraniums débordent des fenêtres pour les photographes de passage, mais avec cette application tranquille et cette fierté de voisinage qui pousse les habitants des bourgs picards à soigner leurs façades, leurs jardinières et leurs places communales comme on soigne sa propre maison, c’est-à-dire pour soi d’abord, pour les autres ensuite, sans jamais confondre la beauté avec le spectacle. Le concours des villes et villages fleuris, dont le palmarès annuel distingue les communes qui entretiennent leurs espaces publics avec le plus grand soin, compte dans l’Oise un nombre remarquable de lauréats, une densité de communes récompensées qui dit quelque chose d’essentiel sur le rapport que les Picards entretiennent avec leur cadre de vie, un rapport fait d’attachement silencieux et d’effort constant plutôt que de revendication bruyante. Ces villages fleuris ne sont pas des parcs à thème botaniques — ce sont des lieux habités dont la beauté végétale est le signe visible d’une vie collective attentive et soignée, d’une communauté qui a décidé collectivement que le beau vaut la peine qu’on se donne pour lui.
Gerberoy est le village fleuri emblématique de l’Oise, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, ce bourg médiéval du Pays de Bray doit sa réputation actuelle à Henri Le Sidaner, peintre postimpressionniste qui s’y installa en 1901 et y créa un jardin de rosiers dont la beauté attira progressivement d’autres amateurs et finit par transformer le village entier en un lieu où la rose est reine de mai à juillet. Les maisons à colombages et briques rouges de Gerberoy sont aujourd’hui couvertes de rosiers grimpants dont les floraisons successives, roses thé, rosiers anciens, rosiers de Damas, roses de Chine, habillent les façades d’un manteau de pétales et de parfum qui fait de la saison des roses à Gerberoy l’un des rendez-vous floraux les plus courus du nord de la France. Mais Gerberoy n’est pas seul, Senlis avec ses jardins médiévaux et ses venelles fleuries, Saint-Leu-d’Esserent dont les façades calcaires se parent de glycines et de rosiers au printemps, Crèvecoeur-le-Grand et ses jardinières communales entretenues avec un soin qui force le respect, Maignelay-Montigny et ses espaces verts primés, autant de communes où la culture du végétal en milieu public est une tradition vivante qui se transmet de génération en génération avec la même naturalité que les autres traditions locales.
Les marchés aux fleurs et aux plantes des villes de l’Oise, Beauvais, Compiègne, Senlis, Chantilly, sont les pourvoyeurs de cette beauté collective, des lieux de sociabilité et d’échange où les habitants des communes fleuries viennent chercher chaque printemps les annuelles et les vivaces qui alimenteront les massifs communaux et les jardinières privées pour la saison à venir. Ces marchés sont aussi des lieux de transmission — les jardiniers amateurs y échangent des boutures, des semences et des conseils avec cette générosité des gens qui cultivent, cette disposition particulière des personnes dont les mains travaillent la terre à partager ce qu’elles savent et ce qu’elles ont produit avec ceux qui veulent apprendre. La rose de Gerberoy, le dahlia de Senlis, les chrysanthèmes d’automne des cimetières picards, autant de cultures florales locales qui tissent entre les villages de l’Oise un réseau végétal invisible et parfumé que les saisons déroulent avec la régularité et la beauté des choses qui ont trouvé leur place juste dans un paysage et ne veulent plus en partir.
Pourquoi ce lieu est unique
Vivre dans un village fleuri de l’Oise, c’est habiter un lieu où la beauté est une affaire collective avant d’être une affaire privée, où le jardin du voisin compte autant que le sien, où la jardinière de la mairie est regardée et commentée avec la même attention que le clocher de l’église, où les habitants ont développé au fil des années cette conscience particulière que la qualité de leur cadre de vie dépend de l’effort de chacun autant que de la dépense publique. C’est une forme de citoyenneté végétale, discrète, concrète, sans discours, qui produit des effets visibles et mesurables dans la qualité des espaces publics et dans l’atmosphère des bourgs qui la pratiquent. Gerberoy en mai, quand les rosiers commencent à fleurir et que les premiers visiteurs arrivent par petits groupes dans les ruelles pavées, est l’un de ces moments de l’année dans l’Oise où la vie quotidienne et la beauté extraordinaire se rejoignent dans une même heure de matin, les habitants sortent leurs chaises devant les façades couvertes de roses, les touristes photographient et repartent, et le village reprend son souffle de bourg habité qui n’a jamais eu besoin du regard extérieur pour savoir qu’il est beau. Vivre à Gerberoy ou dans l’un des villages fleuris de l’Oise voisins, c’est choisir cette proximité avec une beauté saisonnière qui revient chaque année avec la fidélité des choses naturelles et qui rend chaque printemps aussi neuf et aussi surprenant que le premier.
Le saviez-vous ?
Henri Le Sidaner, le peintre qui transforma Gerberoy en village de roses au début du XXe siècle, est aujourd’hui considéré comme l’un des représentants les plus subtils du postimpressionnisme français, ses tableaux de jardins crépusculaires, de tables dressées sous les tonnelles et de façades fleuries au soleil couchant sont présents dans les plus grandes collections publiques françaises et dans de nombreux musées étrangers, mais son nom reste moins connu du grand public que celui de ses contemporains Monet ou Renoir. Le musée Le Sidaner installé à Gerberoy dans la maison même où il vécut et peignit pendant plus de quarante ans permet de comprendre le lien indissoluble entre l’œuvre et le lieu, ces toiles de lumière filtrée et de végétation luxuriante ne pouvaient naître qu’ici, dans ce village dont Le Sidaner avait fait à la fois son atelier, son jardin et son sujet, une fusion entre l’artiste et son territoire que peu de peintres français ont poussée aussi loin et avec autant de constance.
Département : Oise
Situation
49,4295° N · 2,0807° E
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