SECRET · SAINTE-ROSE (LA RÉUNION)

Les vestiges des maisons englouties

Sous certaines coulées de lave figées, subsisteraient les vestiges de maisons et bâtiments engloutis lors des éruptions successives, un patrimoine enfoui rarement évoqué.

Les vestiges des maisons englouties
Photo : Clémenceau Lauret — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

La lave de 1977 n’a pas seulement épargné une église , elle a aussi englouti des maisons, des jardins, des cours où des enfants jouaient, des vérandas où des vieux regardaient la mer le soir. Ces maisons n’ont pas brûlé comme dans un incendie : elles ont été lentement recouvertes, encerclées, étouffées par le basalte en fusion qui avançait à la vitesse d’un homme qui marche lentement, laissant à leurs occupants le temps de fuir avec quelques affaires mais pas celui de sauver les murs. Aujourd’hui, la lave solidifiée garde en elle la mémoire de ce qu’elle a recouvert : ici un angle de toit qui dépasse encore de quelques centimètres au-dessus de la surface noire, là une fenêtre dont le linteau de béton résiste à l’enfouissement depuis cinquante ans, ailleurs le fantôme d’un escalier extérieur que la lave a moulé dans sa descente avant de figer cette empreinte pour les siècles à venir.
Se promener sur ces coulées en cherchant les vestiges affleurants, c’est pratiquer une forme d’archéologie du présent, fouiller non pas dans le passé lointain mais dans la mémoire encore vive de gens dont certains sont encore en vie et qui peuvent montrer sur la carte où était leur maison, où poussait leur jardin de chouchous et de bananiers, où s’arrêtait la rue avant que la rue disparaisse. Ces vestiges ne sont pas classés, pas balisés, pas mis en valeur par des panneaux — ils existent simplement, témoins silencieux d’une nuit d’avril 1977 qui changea pour toujours le visage de ce bout de côte réunionnaise.

Le saviez-vous ?
La coulée de 1977 qui traversa Sainte-Rose fut la première à atteindre une zone habitée depuis plusieurs décennies à La Réunion, et elle mit en lumière les limites des systèmes d’alerte de l’époque. Depuis cet épisode, l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise, fondé en 1979 directement en réponse aux leçons tirées de la coulée de 1977, a développé l’un des réseaux de surveillance volcanique les plus denses et les plus sophistiqués du monde, avec des dizaines de sismomètres, de capteurs GPS, de caméras et de stations de mesure des gaz dispersés sur les flancs du volcan. Grâce à ce dispositif, les éruptions sont aujourd’hui détectées et annoncées plusieurs heures à plusieurs jours à l’avance dans la plupart des cas, permettant des évacuations préventives qui ont transformé le rapport des Réunionnais à leur volcan, passant de la crainte subie à une cohabitation informée et, d’une certaine manière, apaisée.

Commune : Sainte-Rose (La Réunion)

Situation

21,1276° S · 55,7933° E

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