EXPÉRIENCE · TARN-ET-GARONNE

ADMIRER LE COUCHER DE SOLEIL

Instants magiques sur les bastides et les collines

ADMIRER LE COUCHER DE SOLEIL
Photo : Père de Nemoi (Nemoi's father) — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 3.0. commons.wikimedia.org

Le récit

Il y a dans le Tarn-et-Garonne une lumière de fin de journée qui n’appartient qu’au Sud-Ouest et qui est peut-être, avec le champagne dans la Marne et le pruneau dans le Lot-et-Garonne, le produit le plus caractéristique et le moins exportable du département, une lumière orangée et dense qui s’installe sur les collines du Quercy blanc et les plaines de la Garonne à partir de dix-sept heures en hiver et de vingt heures en été, qui transforme progressivement la brique rose de Montauban en cuivre brûlant, qui allume les façades de pierre calcaire des bastides en une teinte miel-ambré d’une profondeur que les photographes recherchent et que les peintres désespèrent de reproduire. Cette lumière est le résultat d’une géographie précise, le département est suffisamment au sud pour que le soleil descende bas sur l’horizon avant de disparaître, suffisamment ouvert sur des plaines sans obstacle à l’ouest pour que ses derniers rayons traversent des dizaines de kilomètres d’air chargé des vapeurs de la Garonne avant d’atteindre les collines de l’est, et cette traversée de l’air humide et chaud de la plaine filtre et colore la lumière d’une façon que les physiciens expliquent et que les amateurs de couchers de soleil ressentent avant de comprendre.

Lauzerte est le belvédère naturel du Tarn-et-Garonne pour l’observation du coucher de soleil, ce village perché sur son éperon calcaire à deux cent vingt-quatre mètres d’altitude, l’un des Plus Beaux Villages de France, offre depuis sa place du Plô une vue panoramique sur les collines du Quercy blanc et les vallées de la Barguelonne et de la Lendou qui s’étend, par temps clair, jusqu’aux contreforts des Pyrénées dont les sommets enneigés flottent à l’horizon sud comme une vision irréelle. C’est depuis cette terrasse, quand le soleil commence à descendre vers l’horizon et que les ombres s’allongent sur les vignes et les tourneso ls des collines en contrebas, que le Tarn-et-Garonne révèle toute la dimension de son paysage, une dimension qu’on ne soupçonnait pas en arrivant au village par les ruelles ombragées, et qui s’ouvre soudainement comme une révélation spatiale dont l’effet est chaque fois aussi inattendu que la première fois. Saint-Nicolas-de-la-Grave, au confluent du Tarn et de la Garonne, offre un coucher de soleil d’un caractère différent, plus horizontal, plus aquatique, les deux fleuves qui se rejoignent en une nappe d’eau miroitante que le soleil couchant transforme en métal fondu, un spectacle de lumière sur l’eau d’une beauté simple et totale.

Montpezat-de-Quercy, Castelnau-de-Montmiral depuis sa bastide perchée, Caylus depuis les hauteurs de sa vallée de la Bonnette — chacun de ces villages propose son propre angle de vue sur le même ciel du soir qui change de couleur et d’intensité selon la saison, selon la présence ou l’absence de nuages qui servent de canvas à la lumière et en décuplent le spectacle en ajoutant aux teintes du ciel des volumes et des contrastes que les soirs sans nuages ne peuvent offrir. Les vignerons qui travaillent encore dans leurs rangs au moment du coucher de soleil savent quelque chose que les touristes qui photographient depuis les belvédères ne sauront peut-être jamais, que ce spectacle, vu depuis le sol d’une vigne à genoux entre deux rangs de ceps, avec la chaleur de la terre qui remonte sur les mains et l’odeur de la feuille de vigne froissée qui monte dans l’air du soir, a une qualité d’immédiateté et d’intimité que nul point de vue panoramique, si majestueux soit-il, ne peut tout à fait égaler.

Le saviez-vous ?
La visibilité des Pyrénées depuis les hauteurs du Tarn-et-Garonne, phénomène que les habitants connaissent bien et que les visiteurs découvrent avec stupeur, n’est possible que dans des conditions atmosphériques précises qui se réunissent le plus souvent en automne et en hiver, après le passage d’un front froid qui nettoie l’air de ses particules en suspension et réduit la diffusion lumineuse à un minimum. Par ces jours de tramontane ou d’autan froid, la chaîne pyrénéenne apparaît depuis Lauzerte ou Montpezat avec une netteté et une proximité trompeuses qui donnent l’impression qu’elle est à une heure de voiture alors qu’elle en est à trois ou quatre, une illusion d’optique produite par la pureté exceptionnelle de l’air qui supprime tous les voiles atmosphériques intermédiaires et restitue aux montagnes leur relief, leur couleur et leur texture comme si elles avaient été rapprochées par quelque mécanisme invisible, offrant au coucher de soleil d’hiver sur les collines du Quercy blanc un fond de scène que nul décorateur n’aurait osé imaginer aussi théâtral.

Département : Tarn-et-Garonne

Situation

44,0179° N · 1,3550° E