EXPÉRIENCE · TARN-ET-GARONNE
DESCENDRE L'AVEYRON EN Canoé
Une aventure nature au fil de l'eau et des falaises

Le récit
Il existe dans le sud-ouest du Massif Central une rivière que les géographes classent parmi les affluents de la Garonne et que les kayakistes classent parmi les plus beaux parcours d’eau vive de France, l’Aveyron, qui descend des plateaux aveyronnais en décrivant des méandres de plus en plus amples au fur et à mesure qu’il approche de la plaine de Tarn-et-Garonne, traversant des gorges calcaires d’une sauvagerie et d’une beauté qui contrastent saisissamment avec la douceur agricole du département qu’il rejoint en aval. Descendre l’Aveyron en canoë depuis les gorges jusqu’à sa confluence avec le Tarn près de Montauban, c’est lire la biographie d’une rivière à l’envers, commencer par le caractère pour finir par la sérénité, commencer par la roche et le courant pour finir par les berges ombragées de peupliers et les plages de galets où l’on s’arrête faire la sieste au soleil de l’après-midi.
Le parcours le plus emblématique débute à Laguépie, village niché à la confluence de l’Aveyron et du Viaur, dans une vallée encaissée où les falaises de grès rouge et de calcaire crème se dressent de chaque côté de la rivière avec une verticalité qui donne aux premières heures de navigation une dimension presque alpine. Entre Laguépie et Saint-Antonin-Noble-Val — une étape d’une vingtaine de kilomètres que les pagayeurs expérimentés couvrent en une journée et que les familles étirent volontiers sur deux avec une nuit en camping au bord de l’eau — la rivière multiplie les rapides de classe I et II, les passages sous des ponts médiévaux dont les arches encadrent des perspectives de gorges boisées d’une beauté photographique immédiate, les plages de sable fin nichées dans les méandres où l’eau ralentit et s’éclaircit jusqu’à une transparence qui permet de voir le fond de galets multicolores à plusieurs mètres de profondeur. Saint-Antonin-Noble-Val, qui surgit au détour d’un méandre avec ses toits de tuile rose et sa falaise de calcaire blanc qui surplombe le village comme une vague pétrifiée, est l’une de ces apparitions fluviales qui justifient à elles seules l’ensemble du voyage ,une ville médiévale dont l’hôtel de ville du XIIe siècle est le plus ancien de France, que l’on découvre depuis l’eau dans les meilleures conditions qui soient, c’est-à-dire lentement, au fil du courant, sans avoir pu l’anticiper.
En aval de Saint-Antonin, la rivière change de caractère en entrant dans le Tarn-et-Garonne proprement dit — les gorges s’ouvrent progressivement, le courant se calme, les berges s’élargissent et se couvrent de saules et d’aulnes dont les branches basses effleurent la surface de l’eau. C’est ici que l’Aveyron révèle une autre dimension de son caractère, non plus la rivière sportive des gorges mais la rivière contemplative de la plaine, celle qui se laisse descendre au fil de l’eau en observant les martins-pêcheurs qui filent comme des flèches turquoise d’une berge à l’autre, les hérons cendrés qui déplacent leur pêche en amont à chaque approche du canoë avec une majesté offensée, les loutres dont on aperçoit parfois la tête dans les remous à l’entrée des rapides. La confluence avec le Tarn, quelques kilomètres en amont de Montauban, est le point d’orgue géographique du voyage, le moment où deux rivières qui ont suivi des chemins séparés depuis leurs sources lointaines se rejoignent dans un élargissement des eaux qui dit quelque chose d’essentiel sur la façon dont les rivières, comme les histoires, trouvent toujours leur chemin vers une confluence.
Le saviez-vous ?
Saint-Antonin-Noble-Val, point culminant artistique de la descente de l’Aveyron, possède l’hôtel de ville le plus ancien de France encore debout, une bâtisse romane du XIIe siècle dont la façade sculptée de figures allégoriques et de têtes de personnages bibliques témoigne d’un raffinement architectural surprenant pour une ville de cette taille à cette époque, et qui fut restaurée au XIXe siècle par Viollet-le-Duc avec l’enthousiasme et les libertés interprétatives qui caractérisent l’ensemble de son œuvre restauratrice. La ville servit de décor naturel au film « Les Deux Frères » de Jean-Jacques Annaud en 2003, mais c’est une autre célébrité cinématographique qui lui est plus fidèlement attachée, celle d’accueillir chaque été un festival de musique de chambre dont la qualité des interprètes et l’acoustique des espaces médiévaux ont fait la réputation bien au-delà des frontières du Tarn-et-Garonne, prouvant que les meilleures salles de concert sont parfois celles que les architectes du Moyen Âge ont construites sans savoir qu’ils en construisaient une.
Département : Tarn-et-Garonne
Situation
44,0179° N · 1,3550° E
Où la retrouver

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