EXPÉRIENCE · TARN-ET-GARONNE

Pédaler LE LONG DU CANAL

Blades à vélo ombragées sur le canal des Deux Mers

Pédaler LE LONG DU CANAL
Photo : Selvejp — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 3.0. commons.wikimedia.org?

Le récit

Il existe une façon de traverser le Tarn-et-Garonne qui échappe à la logique des routes nationales et des autoroutes, une façon lente et silencieuse qui restitue au territoire sa véritable échelle et sa véritable texture, celle du cycliste qui suit le chemin de halage du canal de Garonne, les yeux à hauteur des platanes centenaires dont les voûtes végétales se referment au-dessus de lui comme une cathédrale verte, les oreilles remplies du seul bruit de l’eau qui coule doucement dans le canal et du vent dans les feuilles. Pédaler le long du canal de Garonne dans le Tarn-et-Garonne, c’est s’offrir le luxe de traverser la France à une vitesse qui permet de la voir vraiment, non pas comme un paysage qui défile mais comme un territoire qui s’ouvre progressivement, qui se révèle kilomètre après kilomètre avec la patience d’un livre qu’on lit sans sauter les pages.

Le canal de Garonne traverse le Tarn-et-Garonne sur une soixantaine de kilomètres entre la frontière avec la Haute-Garonne à l’est et celle avec le Lot-et-Garonne à l’ouest, reliant Grisolles à Valence-d’Agen en une succession de biefs séparés par des écluses dont les gardiens sont encore présents dans certains postes, derniers représentants d’une corporation de techniciens hydrauliques qui gérait autrefois l’ensemble du réseau fluvial français avec une expertise et une culture professionnelle propres dont les archives témoignent. La véloroute Canal des Deux Mers, qui suit le chemin de halage sur la majeure partie de son tracé tarn-et-garonnais, est l’un des itinéraires cyclables les plus fréquentés de France, un axe qui relie l’Atlantique à la Méditerranée par les eaux intérieures, et dont la traversée du Tarn-et-Garonne constitue peut-être le tronçon le plus reposant et le plus bucolique, là où les grandes villes et les zones industrielles qui émaillent le parcours en amont et en aval cèdent la place à une campagne de méandres et de peupliers d’une douceur absolue.

Ce qui fait de cette pérégrination à vélo une expérience particulière et mémorable, ce n’est pas le dénivelé nul ou presque nul qui en fait un parcours accessible à tous les niveaux de forme physique, même si cette accessibilité est un avantage considérable pour les familles et les cyclistes occasionnels qui n’ont pas besoin d’être sportifs pour couvrir quarante ou cinquante kilomètres dans une journée en suivant le fil de l’eau. C’est la qualité de l’attention que le canal impose naturellement à qui le longe, l’attention aux écluses que les péniches de plaisance franchissent avec une lenteur cérémonielle pendant laquelle les cyclistes s’arrêtent spontanément pour regarder, pour échanger quelques mots avec les plaisanciers qui viennent de toute l’Europe naviguer sur cette voie d’eau classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, pour noter le nom du bateau sur la coque et imaginer d’où il vient et où il va. Les haltes dans les villages qui bordent le canal, Castelsarrasin avec son marché couvert, Moissac avec son abbatiale romane et son chasselas doré, Valence-d’Agen avec ses maisons de brique et son marché du jeudi, rythment la journée de cycliste avec une régularité qui tient autant à la géographie du canal qu’au besoin naturel du corps de s’arrêter, de manger et de regarder autour de lui.

Le saviez-vous ?
Le canal de Garonne, inauguré en 1856 pour prolonger vers l’Atlantique le canal du Midi construit deux siècles plus tôt par Pierre-Paul Riquet, fut dès son ouverture concurrencé par le chemin de fer Bordeaux-Cette qui venait d’être mis en service sur le même axe, une ironie de l’histoire qui condamna le canal à une obsolescence commerciale presque immédiate après des décennies de travaux et d’investissements considérables, et qui explique pourquoi son trafic de marchandises déclina rapidement au profit du rail dès la seconde moitié du XIXe siècle. Les platanes qui bordent aujourd’hui le chemin de halage sur la quasi-totalité de son tracé furent plantés non pas pour l’agrément des promeneurs mais pour une raison strictement pratique, leur ombre protégeait l’eau du canal de l’évaporation excessive et maintenait un niveau suffisant pour la navigation pendant les étés chauds du Sud-Ouest, une solution d’ingénierie hydraulique végétale d’une élégance et d’une efficacité que les ingénieurs du canal avaient empruntée aux bâtisseurs romains qui plantaient déjà des arbres le long de leurs aqueducs pour les mêmes raisons deux mille ans plus tôt.

Département : Tarn-et-Garonne

Situation

44,0179° N · 1,3550° E