SECRET · LA CLUSAZ (HAUTE-SAVOIE)

La chapelle du Fernuy

Discrète et peu visitée, cette petite chapelle en bois au cœur des alpages offre un lieu de recueillement et une vue paisible sur la vallée.

La chapelle du Fernuy
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI) — 2026.

Au-dessus des toits de Bellevaux, dans le val de Brevon que les cartes routières traversent sans s’arrêter, la chapelle du Fernuy se tient à l’écart du monde avec la discrétion des lieux qui n’ont jamais cherché à se faire remarquer. On y accède par un sentier qui quitte le village en serpentant entre les sapins et les pâturages, et cette montée, vingt minutes à peine, mais vingt minutes qui font franchir une frontière invisible, prépare l’esprit à ce qu’il va trouver : un édifice simple, presque humble dans ses proportions, dont la maçonnerie de pierre grise semble avoir poussé naturellement du sol calcaire comme les épicéas qui l’entourent. Pas de clocher monumental, pas de portail sculpté, juste la forme essentielle de ce qu’une chapelle peut être quand elle n’a d’autre ambition que de servir les hommes et les femmes qui travaillent la montagne autour d’elle.

L’intérieur de la chapelle du Fernuy dit davantage encore. Les murs à la chaux légèrement craquelée gardent la trace des hivers et des générations ; quelques ex-votos de bois peint témoignent de grâces obtenues que personne ne se souvient plus précisément d’identifier, sinon que quelqu’un, un jour, a voulu remercier. L’autel de bois sombre, sobrement orné, capte la lumière qui entre par les deux fenêtres étroites à certaines heures de l’après-midi avec une précision qui tient du hasard ou de l’intention, impossible à trancher. Les habitants de Bellevaux qui montent encore jusqu’ici lors de la fête patronale chaque été font partie d’une continuité que les générations ont transmise sans le nommer, simplement en continuant à monter.

Ce que la chapelle du Fernuy offre au visiteur qui s’y rend hors des jours de fête est plus difficile à formuler qu’une beauté architecturale ou un intérêt historique documenté : c’est le silence particulier des endroits qui ont longtemps reçu des espérances humaines et en gardent quelque chose dans leurs pierres. Autour d’elle, les alpages du val de Brevon s’étendent jusqu’aux crêtes, et la vue depuis le replat où elle se dresse embrasse, par beau temps, les sommets du Chablais et parfois, au loin, la masse blanche du Mont-Blanc, comme si ce lieu avait été posé là exprès pour rappeler à quel point les préoccupations humaines et la permanence des montagnes coexistent dans une proportion qui n’appartient qu’aux Alpes.

Le saviez-vous ? Le val de Brevon, dont Bellevaux est le village principal, fut longtemps l’une des vallées les plus isolées de Haute-Savoie, accessible seulement par des chemins muletiers jusqu’au début du XX᷊ siècle. Cette relative fermeture sur elle-même a préservé des pratiques pastorales et des architectures rurales qui ont disparu ailleurs dans les Alpes sous la pression du tourisme de masse, faisant du val de Brevon l’un des rares vallons savoyards où le paysage humain et naturel a gardé une cohérence que les spécialistes du patrimoine vernaculaire alpin considèrent aujourd’hui comme exceptionnelle.

Commune : La Clusaz (Haute-Savoie)

Situation

45,9047° N · 6,4234° E

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