SECRET · TARN-ET-GARONNE

GORGES DE L'AVEYRON

Falaises, villages troglodytiques et panoramas à couper le souffle

GORGES DE L'AVEYRON
Photo : Krzysztof Golik — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Il existe entre le causse du Quercy et les premiers contreforts du Massif Central un territoire que la rivière Aveyron a mis des millions d’années à sculpter et que le voyageur met quelques minutes à aimer d’un amour qui ne se discute pas, les gorges de l’Aveyron, entaille profonde de plusieurs dizaines de mètres dans le calcaire blanc du Quercy, où la rivière coule en contrebas de falaises verticales couronnées de chênes pubescents et de buis accrochés aux fissures de la roche avec une obstination végétale qui dit quelque chose d’essentiel sur la nature de la vie dans les endroits difficiles. Ces gorges constituent l’un des paysages les plus sauvages et les plus intacts du département, un couloir naturel d’une vingtaine de kilomètres entre Penne et Saint-Antonin-Noble-Val où la route departmentale, trop étroite pour deux véhicules en de nombreux endroits, s’accroche à la falaise au-dessus de la rivière en une succession de virages serrés qui oblige à ralentir et qui, ce faisant, oblige à regarder.

Le château de Penne est la première apparition spectaculaire des gorges, une forteresse cathare en ruine dont les pans de murs arrachés se confondent avec la falaise calcaire sur laquelle ils reposent depuis le XIIe siècle, au point qu’il est parfois difficile de distinguer à distance ce qui est roche et ce qui est maçonnerie, tant la pierre utilisée par les bâtisseurs médiévaux est identique à celle de la falaise qu’ils ont choisie comme assise et comme protection naturelle. Vu depuis le fond de la gorge, le château de Penne a la dimension du vertige — suspendu entre le ciel et la rivière, il exprime dans son implantation même la logique défensive des forteresses cathares qui choisissaient l’inaccessibilité plutôt que l’épaisseur des murs comme premier rempart. Plus en aval, Bruniquel dresse ses deux châteaux médiévaux, car le village en possède deux, contigus et construits par deux branches rivales de la même famille seigneuriale, anomalie patrimoniale d’une improbabilité historique qui amuse les visiteurs autant qu’elle les intrigue, au-dessus du confluent de l’Aveyron et de la Vère, dans une position panoramique qui embrase la rivière et la gorge jusqu’au premier méandre.

La végétation des gorges est l’un de leurs secrets les moins évidents et les plus riches, car les falaises calcaires orientées au sud créent des microclimats d’une diversité exceptionnelle qui permettent la coexistence, dans un espace restreint, d’espèces méditerranéennes qui ne devraient normalement pas se trouver à cette latitude avec des espèces de demi-ombre typiques des forêts atlantiques humides. Les orchidées sauvages fleurissent sur les pelouses calcicoles des replats, les capriers poussent dans les fissures des falaises ensoleillées, les chauves-souris colonisent par dizaines de milliers les anfractuosités de la roche, le grand rhinolophe et le petit rhinolophe notamment, deux espèces protégées dont les gorges de l’Aveyron abritent l’une des plus importantes colonies reproductrices de France méridionale. La nuit tombée, les gorges appartiennent à ces mammifères volants dont les ultrasons quadrillent l’obscurité au-dessus de la rivière avec une précision de navigation que les ingénieurs aéronautiques ont mis des décennies à comprendre et que la nature avait perfectionnée en quelques millions d’années d’évolution.

Le saviez-vous ?
La grotte de Bruniquel, découverte en 1990 et rendue célèbre par la publication dans Nature en 2016 de la datation de ses structures néandertaliennes à cent soixante-quinze mille ans, n’est accessible au public que de façon très limitée et sous des conditions strictement contrôlées, sa fragilité écologique et la nécessité de préserver l’intégrité des structures préhistoriques pour les recherches scientifiques en cours imposent des contraintes de visite draconniennes qui font de son accès un privilège rare plutôt qu’une attraction touristique ordinaire. Les chercheurs qui y travaillent estiment n’avoir exploré et étudié qu’une fraction de ce que la grotte contient, ses galeries s’étendent sur plusieurs centaines de mètres dans la falaise et recèlent vraisemblablement d’autres structures et d’autres témoignages d’une fréquentation néandertalienne dont l’étendue et la signification culturelle continueront d’alimenter les débats des préhistoriens pendant encore plusieurs décennies, faisant des gorges de l’Aveyron non seulement un paysage d’exception mais l’un des laboratoires les plus actifs de la recherche sur les origines de l’humanité pensante.

Département : Tarn-et-Garonne

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