SECRET · VAL-D’ISÈRE (SAVOIE)

La chapelle Saint-Roch du Fornet

Petite chapelle discrète, perchée à l’entrée du hameau du Fornet, elle offre calme, histoire et un panorama unique sur la vallée.

La chapelle Saint-Roch du Fornet
Photo : Florian Pépellin — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Au bout du monde habité de Val-d’Isère, là où la route s’arrête et où le hameau du Fornet accroche ses derniers chalets contre la pente avant que la montagne reprenne ses droits définitivement, la chapelle Saint-Roch se tient avec la simplicité des édifices qui n’ont jamais eu d’autre ambition que d’être utiles. Le Fornet est le plus ancien des hameaux qui composent Val-d’Isère, il précède la station de ski de plusieurs siècles et porte dans son architecture et dans sa disposition sur le terrain la mémoire d’une communauté pastorale qui vivait ici avant que l’hiver devienne une saison touristique. La chapelle en est le centre symbolique : un bâtiment trapu, couvert de lauzes dont le poids a légèrement infléchi la charpente avec le temps, orienté selon la logique des chapitres ruraux savoyards qui placent l’abside face au levant et le porche face au village, pour que les fidèles entrent en regardant vers l’est quand ils en ressortent.

Saint-Roch, à qui la chapelle est dédiée, est le saint patron des pestiférés et des voyageurs, un patronage qui dit beaucoup sur les préoccupations de ceux qui ont construit cette chapelle dans un hameau d’altitude où la maladie et le voyage dangereux étaient des réalités quotidiennes plutôt que des abstractions. Les alpagistes qui partaient chaque printemps vers les hauts pâturages de l’Iseran et du glacier de la Sassière, et qui revenaient à l’automne avec leurs troupeaux et leurs fromages, avaient toutes les raisons de vouloir un saint intercesseur pour les protéger sur des chemins où les crevasses, les orages et l’isolement constituaient des menaces réelles. La dévotion à Saint-Roch dans les hameaux d’altitude savoyards n’est pas une piété abstraite, c’est une assurance pratique, contractée avec le ciel sous forme de prières et d’ex-voto, contre les risques inhérents à une vie menée dans les hauteurs.

L’intérieur de la chapelle du Fornet conserve quelques éléments d’un mobilier liturgique rustique dont la datation précise est difficile à établir mais dont le caractère dit clairement qu’on n’a pas cherché ici l’élégance des grandes commandes ecclésiastiques mais la solidité des objets faits pour durer dans un endroit froid et humide. Le retable de bois peint, dont les couleurs ont été ravivées lors d’une restauration récente sans que le restaurateur ait effacé entièrement les traces du temps, représente Saint-Roch dans l’iconographie traditionnelle, le pèlerin montrant sa plaie de peste, accompagné du chien qui lui apportait du pain pendant sa maladie, avec une naïveté d’exécution qui n’enlève rien à la force de l’image mais lui donne au contraire cette présence directe que les œuvres d’art populaire possèdent quand elles n’ont pas été filtrées par l’académisme.

Le saviez-vous ?
Le hameau du Fornet est le point de départ du sentier qui mène au col de l’Iseran,à 2 770 mètres d’altitude, le plus haut col routier des Alpes françaises, que le Tour de France a franchi à plusieurs reprises depuis sa première inclusion dans le parcours en 1938. Avant la construction de la route dans les années 1930, ce col n’était franchi que par les alpagistes, les contrebandiers et les douaniers qui patrouillaient la frontière avec l’Italie, une fréquentation clairsemée qui explique pourquoi les hameaux comme le Fornet ont longtemps vécu dans un isolement que ni l’été ni l’hiver ne levait vraiment.

Commune : Val-d’Isère (Savoie)

Situation

45,4495° N · 6,9802° E