SECRET · NICE (ALPES-MARITIMES)

La rue Rossetti au petit matin

Flânez avant l’ouverture des glaciers et des terrasses : le silence, la lumière sur la cathédrale et les façades colorées offrent un moment rare.

La rue Rossetti au petit matin
Photo : David Jones — Wikimedia Commons — Licence CC BY 2.0. commons.wikimedia.org

Il existe une heure à Nice où la ville n’appartient encore à personne, entre cinq heures et demie et sept heures du matin, quand les derniers noctambules sont rentrés et que les premiers livreurs n’ont pas encore commencé leur tournée, quand la lumière est encore cette lumière blanche et légèrement irréelle de l’aube méditerranéenne qui n’a pas encore décidé si elle allait être douce ou dure. Dans le vieux Nice, à cette heure-là, les ruelles sont à soi seul. La rue Rossetti en particulier, cette petite artère qui débouche sur la place du même nom et sa fontaine baroque, avec la cathédrale Sainte-Réparate au fond qui rosit progressivement à mesure que la lumière monte, a quelque chose d’une décoration de théâtre vue depuis les coulisses : tout est en place, les chaises des terrasses empilées, les volets clos, les pavés humides du lavage de la nuit, mais la pièce n’a pas encore commencé.

Ce que la rue Rossetti révèle au petit matin que l’heure de pointe dissimule, c’est son architecture dans sa nudité, les façades ocre et safran et rose pâle dont les couleurs, sans la compétition des enseignes et des parasols et des passants, se lisent dans leur ordre et leur succession comme une partition visuelle. Les volets peints en vert ou en bleu marine, les linteaux en pierre de taille grise qui tranchent sur l’enduit, les gouttières en zinc oxydé, les jardinières de géraniums qui pendent aux fenêtres du premier étage, tout cela forme un vocabulaire architectural que seul le calme du matin permet de déchiffrer vraiment. Et puis, vers sept heures, le boulanger ouvre, l’odeur de pain chaud se mêle à celle de la pierre mouillée et du jasmin qui pousse sur un mur d’angle, et la ville commence doucement à se réveiller autour de soi comme si on en avait été le gardien provisoire pendant ces quelques heures de silence.

Le saviez-vous ?
La place Rossetti et la cathédrale Sainte-Réparate qui la domine constituent le cœur religieux et symbolique du vieux Nice depuis le XVII᷈ siècle. Sainte Réparate est la patronne de Nice, une jeune martyre chrétienne du III᷈ siècle dont la légende veut que son corps, déposé sur une barque sans gouvernail après sa mise à mort en Orient, fut conduit miraculeusement par des anges jusqu’aux côtes de Nice où il échoua. Cette navigation posthume a donné à la ville sa sainte fondatrice et à la cathédrale son nom, et la place qui s’étend devant elle, avec sa fontaine du XVIII᷈ siècle et ses cafés dont les terrasses s’installent chaque matin sur les pavés, est depuis trois siècles le lieu où la vie quotidienne niçoise croise l’histoire sacrée de la cité.

Commune : Nice (Alpes-Maritimes)

Situation

43,6960° N · 7,2714° E

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