SECRET · FORT-DE-FRANCE (MARTINIQUE)

Les multiples reconstructions de la cathédrale

Peu de visiteurs réalisent que l'édifice actuel est la septième version de la cathédrale, les précédentes ayant été détruites par des incendies, cyclones ou le tremblement de terre de 1839, un record de résilience architecturale méconnu.

Les multiples reconstructions de la cathédrale
Photo : Pierre PONCHEL — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 3.0. commons.wikimedia.org

Six fois. La cathédrale Saint-Louis a été détruite et reconstruite six fois en trois siècles, un chiffre qui dit moins la malchance d’un lieu que la nature profonde d’une île où la terre tremble, où le vent hurle, où le feu couve et où les hommes, malgré tout, recommencent. La première chapelle de bois et de paille fut érigée en 1640, à peine cinq ans après la fondation de Saint-Pierre et Fort-Royal, par des missionnaires dominicains qui n’avaient ni les matériaux ni le temps de construire en dur. Elle brûla, comme tout brûle dans les villes coloniales du XVII᷈ siècle, où les maisons de bois se touchent et où un brasier mal éteint peut consumer un quartier entier en quelques heures. On reconstruisit en bois plus solide. Elle brûla encore. On tenta la maçonnerie. Le tremblement de terre de 1839 — l’un des plus meurtriers de l’histoire martiniquaise, qui rasa une grande partie de Fort-Royal en quelques secondes, l’effondra avant que le ciment ne soit sec. Le cyclone de 1891 acheva ce que les flammes et la terre n’avaient pas détruit.
Chacune de ces destructions est une page de l’histoire climatique et géologique de la Martinique, une île posée sur la frontière entre deux plaques tectoniques, exposée chaque été à la saison cyclonique, sujette aux feux de brousse et aux incendies urbains dans ses formes d’habitat traditionnel. Et chacune de ces reconstructions est une page de l’histoire de la foi et de l’obstination martiniquaises : on revenait sur les ruines, on déblayait la pierre calcinée ou le bois effondré, et on recommençait à bâtir, un peu plus haut, un peu plus solide, avec les matériaux que la technique du moment permettait. La sixième cathédrale, celle de Pierre-Henri Picq avec sa charpente de métal et ses murs de béton armé, est la réponse définitive à cette question que cinq constructions successives n’avaient pas su résoudre : comment bâtir pour l’éternité dans un pays qui détruit l’éternité avec régularité.

Le saviez-vous ?
Le tremblement de terre du 11 janvier 1839, qui détruisit la quatrième version de la cathédrale Saint-Louis et rasa une grande partie de Fort-Royal, rebaptisée Fort-de-France seulement en 1848, est le séisme le plus meurtrier de l’histoire moderne de la Martinique, avec un bilan estimé entre 700 et 3 000 morts selon les sources, dans une ville qui comptait alors environ 15 000 habitants. D’une magnitude estimée à 7,5 sur l’échelle de Richter, il fut suivi de nombreuses répliques qui achevèrent les bâtiments fragilisés par la secousse principale. Cet événement traumatique explique en grande partie le choix, dans les décennies suivantes, de construire les édifices publics de Fort-de-France en fonte préfabriquée plutôt qu’en maçonnerie, un matériau qui, contrairement à la pierre, se déforme sans se briser sous l’effet des ondes sismiques et dont les assemblages boulonnés peuvent absorber les mouvements du sol sans s’effondrer brutalement sur leurs occupants.

Commune : Fort-de-France (Martinique)

Situation

14,6072° N · 61,0695° O

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