SECRET · SAINT-PIERRE (MARTINIQUE)

Les ruines de la Maison coloniale de santé, un hôpital oublié

Découvrir les vestiges d'un ancien établissement de soins psychiatriques fondé au XIXe siècle dans le quartier du Fort, détruit lors de l'éruption de 1902. Un patrimoine discret qui révèle une autre facette de l'histoire de Saint-Pierre.

Les ruines de la Maison coloniale de santé, un hôpital oublié
Photo : Enrevseluj — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Elle soignait les vivants, et elle est morte avec eux. La Maison coloniale de santé de Saint-Pierre, établissement hospitalier fondé au XVIII᷈ siècle pour accueillir les marins malades des navires au mouillage, les travailleurs des habitations sucrières des mornes alentour et les habitants de la ville frappés par les fièvres tropicales et les épidémies qui revenaient avec la régularité cruelle des saisons, était l’un des bâtiments les plus importants de la ville, non pas par sa taille ou son architecture, mais par sa fonction irremplaçable dans une société coloniale où la maladie était la compagne quotidienne de la vie et où un établissement de soins représentait une infrastructure aussi vitale que le port ou le marché. Ses ruines, aujourd’hui enfouies dans la végétation sur les hauteurs du quartier du Fort, sont parmi les moins visitées de Saint-Pierre, en partie parce qu’elles sont difficiles d’accès, en partie parce qu’un hôpital en ruines n’a pas le caractère spectaculaire d’un théâtre ou d’une cathédrale, et en partie parce que les lieux où l’on a souffert ont une façon de décourager la curiosité que les lieux de gloire n’ont pas.
Pourtant, les murs de la Maison coloniale de santé sont peut-être les plus chargés d’humanité de toute la ville disparue. Des milliers de personnes y sont nées, y ont guéri, y ont agonisé, des marins de toutes nationalités, des esclaves puis des affranchis, des colons et des créoles, toute la diversité humaine de ce port cosmopolite que Saint-Pierre avait été. Les salles de soins, les cours intérieures, les couloirs où les infirmières religieuses circulaient en coiffe blanche dans la chaleur tropicale, tout cela a disparu sous la lave et sous les années, mais les murs qui subsistent ont encore cette qualité particulière des lieux où beaucoup d’êtres humains ont existé intensément : une densité de présence que le silence et la végétation n’ont pas entièrement effacée.

Le saviez-vous ?
La Maison coloniale de santé de Saint-Pierre fut l’un des premiers établissements hospitaliers des Antilles françaises à pratiquer des autopsies systématiques pour comprendre la pathologie des maladies tropicales, notamment la fièvre jaune, qui décimait régulièrement les équipages des navires européens fraîchement arrivés aux Antilles et contre laquelle la médecine du XIX᷈ siècle ne disposait d’aucun traitement efficace. Les médecins coloniaux qui y travaillèrent contribuèrent à la connaissance clinique de la fièvre jaune et d’autres pathologies tropicales, leurs observations étant transmises à l’Académie de médecine de Paris dans des rapports dont certains sont conservés aux archives nationales. La fièvre jaune ne fut définitivement vaincue, par la vaccination, qu’en 1937, soit trente-cinq ans après que la Maison coloniale de santé de Saint-Pierre eut cessé d’exister, emportée par une catastrophe que nulle médecine n’aurait pu prévenir ni soigner.

Commune : Saint-Pierre (Martinique)

Situation

14,7431° N · 61,1751° O

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