SECRET · SEINE-SAINT-DENIS

Les Studios de cinéma méconnus

Le département abrite plusieurs studios de cinéma historiques (notamment à Bry-sur-Marne, aux Studios de la Victorine ou à Saint-Ouen), qui ont vu tourner de nombreuses productions françaises et internationales, un pan méconnu de son identité culturelle.

Les Studios de cinéma méconnus
Photo : Illustration — Générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI) —2026

La Seine-Saint-Denis est la capitale française du cinéma, une affirmation qui surprend, qui dérange même les habitudes mentales qui placent le septième art du côté des Champs-Élysées et des plateaux haussmanniens, mais qui correspond à une réalité géographique et économique que l’industrie cinématographique française connaît parfaitement et que le grand public ignore presque totalement. Depuis les premiers studios construits à Épinay-sur-Seine au début du XXe siècle jusqu’aux complexes techniques contemporains de la Plaine Saint-Denis et de Montreuil, le département de Seine-Saint-Denis abrite la plus grande concentration de studios de cinéma et de télévision de France, les ateliers de décors, de costumes et d’effets spéciaux les plus importants du pays, et une industrie technique et artisanale du cinéma dont le chiffre d’affaires et les emplois sont d’une ampleur que nul ne soupçonne en regardant défiler les génériques sans lire les adresses qui se cachent derrière les noms des sociétés de production et de post-production. La Seine-Saint-Denis fabrique le cinéma français — et le cinéma français l’ignore dans ses récits de lui-même avec une constance qui dit quelque chose sur les angles morts de la représentation culturelle en France.

Les studios d’Épinay-sur-Seine sont le commencement de cette histoire, fondés en 1905 par Charles Pathé sur les berges de la Seine, ils furent pendant la première moitié du XXe siècle l’un des studios de cinéma les plus actifs d’Europe, accueillant des tournages qui ont compté dans l’histoire du cinéma mondial. René Clair y tourna plusieurs de ses films muets, Abel Gance y travailla, et les studios d’Épinay furent le lieu où se constitua progressivement une industrie technique française du cinéma, constructeurs de décors, éclairagistes, machinistes, ingénieurs du son — dont la compétence et la réputation attirèrent des productions étrangères soucieuses de bénéficier d’un savoir-faire que peu d’autres pays européens pouvaient offrir avec la même densité et la même qualité. Les studios de Saint-Denis, de Montreuil et d’Aubervilliers prolongèrent et amplifièrent cette tradition tout au long du XXe siècle, des plateaux où furent tournés des films dont les titres appartiennent au patrimoine cinématographique français, dans des décors construits par des ateliers dont les chefs décorateurs étaient des artistes à part entière, souvent plus décisifs dans la réussite visuelle d’un film que les réalisateurs dont le nom seul figurait sur les affiches.

Les ateliers de costumes et de décors qui travaillent pour le cinéma, la télévision et le spectacle vivant sont la dimension la plus méconnue et la plus fascinante de l’industrie cinématographique de Seine-Saint-Denis, des entrepôts géants dissimulés dans des zones industrielles de Saint-Denis, d’Aubervilliers et de La Courneuve où s’entassent des millions de pièces de costumes, de meubles, d’accessoires et d’éléments de décor qui ont habillé des siècles fictifs et des continents imaginaires sur les écrans français depuis cent ans. Les loueurs de décors comme Éclair, les costumiers comme les Établissements Devaux, les ateliers de construction de décors qui peuvent reproduire en quelques semaines l’intérieur d’un palais médiéval ou la cabine d’un sous-marin de la Seconde Guerre mondiale, autant d’entreprises artisanales et industrielles dont le savoir-faire est mondialement reconnu dans l’industrie cinématographique et dont les adresses en Seine-Saint-Denis constituent une géographie secrète du cinéma français que les cinéphiles les plus avertis ne soupçonnent généralement pas.

Pourquoi ce lieu est unique

Vivre en Seine-Saint-Denis et travailler dans l’industrie cinématographique, c’est appartenir à une communauté professionnelle d’une taille et d’une diversité que l’on ne devine pas depuis l’extérieur, des milliers de techniciens, d’artisans, de comédiens et de créateurs qui gravitent autour des studios et des ateliers du département dans une économie de projets et de rencontres dont le rythme et l’intensité sont ceux du cinéma lui-même, c’est-à-dire imprévisibles, passionnés et souvent épuisants mais jamais monotones. Les quartiers de techniciens du cinéma qui se sont constitués autour des studios d’Épinay et de Saint-Denis ont une atmosphère particulière, celle des milieux professionnels où les compétences circulent vite, où la réputation se fait et se défait à la vitesse d’un tournage, où la solidarité entre intermittents est une nécessité autant qu’une valeur. Le cinéma en Seine-Saint-Denis n’est pas seulement une industrie, c’est une culture, une manière de regarder le territoire et les gens qui l’habitent avec l’œil de ceux qui savent que tout peut devenir décor et que chaque visage peut devenir personnage, un regard de cinéaste permanent qui finit par contaminer ceux qui vivent et travaillent dans ce département où l’image a toujours été prise au sérieux.

Le saviez-vous ?

La ville de Montreuil fut pendant les premières décennies du cinéma mondial le centre névralgique de la production cinématographique française, Georges Méliès, le pionnier des effets spéciaux et du cinéma de fiction, y construisit en 1897 le premier studio de cinéma d’Europe, une verrière de verre et d’acier conçue pour capter et diriger la lumière naturelle avec une précision que les techniques d’éclairage artificiel de l’époque ne permettaient pas encore d’obtenir. C’est dans ce studio de Montreuil que Méliès tourna la quasi-totalité de ses cinq cents films entre 1897 et 1913, dont le célèbre Voyage dans la Lune de 1902, première œuvre de science-fiction de l’histoire du cinéma, créant des trucages et des effets visuels dont l’inventivité et la sophistication stupéfient encore aujourd’hui les spécialistes des effets spéciaux numériques contemporains, qui reconnaissent volontiers que cet horloger-illusionniste de Montreuil avait résolu au XIXe siècle des problèmes de narration visuelle que le cinéma numérique du XXIe siècle continue d’explorer sans toujours l’avouer.

Département : Seine-Saint-Denis

Situation

48,9106° N · 2,4397° E

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