SECRET · ARIÈGE

Mirepoix — Ariège

Une bastide du XIII° siècle au plan parfait et aux arcades uniques en Ariège

Mirepoix — Ariège
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Mirepoix est une bastide — et pas n’importe laquelle. C’est l’une des plus belles places à couverts de France, l’une de ces créations médiévales planifiées dont le plan en damier et la place centrale à arcades témoignent d’une pensée urbanistique qui n’avait rien à envier aux projets les plus ambitieux de son époque. Fondée au XIII᷈ siècle après la destruction de la ville originelle par une catastrophe naturelle — une rupture de digue qui noya le bourg primitif en 1289 — la bastide reconstruite sous l’impulsion de Jean de Lévis, seigneur de Mirepoix et maréchal de la foi, fut conçue dès l’origine comme une ville neuve dont la place centrale constituerait le cœur commercial, politique et social. Cette place, que les habitants appellent simplement “la place couverte”, est entourée sur trois de ses côtés de maisons à colombages du XIV᷈ et du XV᷈ siècle dont les encorbellements successifs créent des galeries couvertes — les couverts — sous lesquelles marchands, promeneurs et flâneurs circulent à l’abri depuis sept siècles avec une régularité qui dit tout sur la pertinence des solutions architecturales qui répondent vraiment au climat et aux usages d’un lieu.

Les maisons à colombages qui bordent la place sont parmi les plus spectaculaires du Sud-Ouest : certaines présentent des façades dont les pans de bois forment des motifs géométriques complexes, des encorbellements qui avancent de plus d’un mètre sur la rue, des sculptures sur bois représentant têtes humaines, animaux fantastiques et motifs floraux avec une exubérance décorative qui contraste avec la sobriété fonctionnelle du plan urbain. La maison des Consuls, dont la façade est ornée de têtes sculptées représentant des figures humaines et animales d’une expressivité saisissante, est l’emblème de cette architecture médiévale ariégeoise qui sait conjuguer la solidité constructive de la charpenterie et la fantaisie d’un décor qui raconte, pour qui sait le lire, les croyances et l’imaginaire d’une époque. La cathédrale Saint-Maurice, adossée à la place et dont la construction s’étala du XIV᷈ au XIX᷈ siècle avec des interruptions et des reprises qui lui ont donné sa silhouette composite, possède la plus large nef gothique du Midi de la France — une nef unique de plus de vingt mètres de large dont l’espace intérieur saisit par son ampleur inattendue dans une ville de cette taille.

Mirepoix est aussi une ville qui vit — qui résiste à la muséification par la persistance d’un marché hebdomadaire parmi les plus fréquentés de l’Ariège, par une vie associative et culturelle qui occupe ses places et ses galeries tout au long de l’année, par une économie locale ancrée dans l’artisanat, la gastronomie et le tourisme rural qui fait de ses couverts non pas un décor figé mais un espace encore habité par les usages pour lesquels il fut conçu. Le lundi matin, quand les étals envahissent la place et que les odeurs de fromages, de charcuteries, de légumes du pays et de pain de campagne se mêlent sous les arcades, Mirepoix redevient exactement ce qu’elle était au XIV᷈ siècle : une place de marché dont la beauté est inséparable de sa fonction.

Le saviez-vous ?
La destruction de la première Mirepoix en 1289 fut l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières du Moyen Âge languedocien. Le lac de Puivert, retenu par une digue en amont sur l’Hers, céda en pleine nuit, libérant un volume d’eau considérable qui dévala la vallée et engloutit le bourg primitif, ses habitants et son église en quelques heures. On estime que plusieurs centaines de personnes périrent dans cette inondation soudaine — un désastre d’autant plus traumatisant qu’il frappait une région déjà profondément meurtrie par les guerres albigeoise et les persécutions cathares qui avaient ravagé le Languedoc depuis le début du siècle. La nouvelle ville, construite sur un site légèrement surélevé et conçue selon les principes de la bastide, fut en quelque sorte la réponse architecturale à cette double catastrophe, naturelle et humaine, une ville neuve pour un peuple qui avait tout perdu et qui choisissait de recommencer autrement.

Département : Ariège

Situation

42,9637° N · 1,6045° E