EXPÉRIENCE · VAL-D’ISÈRE (SAVOIE)

Explorer les paysages enneigés en raquettes

Partez pour une randonnée accompagnée à travers les forêts et les paysages enneigés de Val d’Isère. Découvrez les secrets de la montagne, observez les traces de la faune alpine et profitez de panoramas grandioses, loin de l'agitation des pistes

Explorer les paysages enneigés en raquettes
Photo : B. Brassoud — Wikimedia CommonsCC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Le récit

La raquette à neige autour de Val-d’Isère n’est pas une activité de substitution pour ceux qui ne skient pas, c’est une façon différente d’habiter la montagne hivernale, avec ses propres territoires, ses propres rythmes et ses propres révélations. Les itinéraires en raquettes qui s’ouvrent depuis le village et depuis les hameaux environnants, le Fornet, la Daille, le Manchet, accèdent à des zones que les pistes de ski ne touchent pas et que les remontées mécaniques ne desservent pas, des zones qui sont précisément les plus intéressantes pour celui qui cherche non pas la performance verticale mais la qualité d’une présence dans le paysage : les combes abritées où la neige s’accumule en silence depuis les premières chutes de novembre, les lisières forestières où les traces des animaux nocturnes, renard, lièvre variable, tétras, dessinent sur la neige fraîche une cartographie de la vie sauvage hivernale que le randonneur diurne peut lire comme un récit interrompu.

Le vallon du Manchet, que la raquette permet de remonter depuis le lavoir caché jusqu’aux premiers replats d’alpage en une heure et demie de marche mesurée, est l’un des itinéraires emblématiques de la pratique hivernale autour de Val-d’Isère, non pas parce qu’il est spectaculaire au sens que les photographes donnent à ce mot, mais parce qu’il traverse une succession d’ambiances qui disent la montagne dans sa complexité : la forêt d’épicéas dont les branches ployées de neige créent des tunnels de silence, le replat humide gelé où les touffes de laîches émergent de la neige comme des sculptures involontaires, et l’ouverture progressive sur l’alpage supérieur où le glacier de la Sassière apparaît au fond du vallon avec la sérénité des choses permanentes. Par temps de grand froid, quand la neige est sèche et cristalline et que chaque pas produit ce crissement caractéristique des neiges d’altitude en dessous de moins dix degrés, la marche en raquettes dans ce vallon est une expérience sensorielle totale qui n’a pas d’équivalent dans les autres activités de plein air.

Les guides et accompagnateurs de montagne qui proposent des sorties en raquettes au départ de Val-d’Isère empruntent aussi des itinéraires moins fréquentés — les versants nord du secteur de l’Iseran, les zones humides gelées autour des lacs d’altitude dont la surface lisse et blanche contraste avec le relief tourmenté qui les entoure, et par beau temps les crêtes intermédiaires depuis lesquelles la vue plonge simultanément sur la haute Tarentaise française et sur les vallées italiennes du Val d’Aoste, rappelant que cette frontière de haute montagne est une frontière politique récente dans une géographie qui a toujours ignoré les découpages humains. Ces sorties, qui demandent une condition physique correcte et un équipement adapté au froid d’altitude, offrent en retour des moments d’isolement et de beauté que l’infrastructure touristique de Val-d’Isère, aussi développée soit-elle, ne peut pas produire par d’autres moyens.

Le saviez-vous ?
Le lièvre variable (Lepus timidus), l’une des espèces les plus caractéristiques de la faune alpine hivernale dont les traces en raquettes révèlent la présence dans les zones de landes à myrtilles et de pelouses alpines enneigées autour de Val-d’Isère, est l’un des rares mammifères européens à changer de couleur selon la saison, brun-roux en été pour se fondre dans la végétation, blanc immaculé en hiver pour se confondre avec la neige. Ce mécanisme de camouflage saisonnier, commandé par la durée du jour plutôt que par la température, est aujourd’hui menacé par le réchauffement climatique : les hivers à faible enneigement laissent le lièvre blanc visible sur un sol sombre, une inadéquation entre le signal hormonal et la réalité du terrain qui augmente significativement sa vulnérabilité aux prédateurs.

Commune : Val-d’Isère (Savoie)

Situation

45,4495° N · 6,9802° E

Sur la même fiche