EXPÉRIENCE · HAUTES-ALPES

NATURE ET Randonnées

Parcs nationaux, sommets, lacs et canyons

NATURE ET Randonnées
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Le récit

Les Hautes-Alpes sont un département qui se mesure en dénivelé autant qu’en kilomètres, un territoire où la notion même de distance change de sens dès qu’on quitte la vallée, où deux points séparés de cinq kilomètres à vol d’oiseau peuvent représenter une journée de marche et 1 500 mètres de dénivelé positif, où le randonneur apprend rapidement que la carte ne dit pas tout et que c’est le corps qui calcule la véritable géographie. C’est le département le plus montagneux de France, avec une altitude moyenne qui dépasse les 1 400 mètres, ce qui signifie concrètement que même les fonds de vallée se trouvent à des hauteurs où beaucoup de massifs français n’atteignent pas leurs sommets. Cette verticalité n’est pas un obstacle mais une proposition : elle oblige à choisir, à préparer, à consentir un effort qui transforme chaque sortie en expérience plutôt qu’en promenade, et qui donne aux paysages atteints au prix de cette dépense physique une qualité d’apparition que les sites accessibles en voiture ne peuvent pas offrir.

Le GR 54, le tour de l’Oisans et des Écrins, est l’itinéraire de référence du département, un tour de massif de dix à quinze jours selon le rythme qui passe par les plus beaux cols des Écrins à des altitudes comprises entre 2 400 et 2 900 mètres, avec des panoramas sur les glaciers, les aiguilles et les faces nord qui ont fait la légende de l’alpinisme français. Moins fréquenté que le tour du Mont-Blanc mais d’une exigence comparable, le GR 54 s’adresse à des marcheurs entraînés et bien équipés, certains cols sont enneigés jusqu’en juillet, les orages d’altitude peuvent surgir en quelques minutes les après-midis d’été, et les refuges gardés ne remplacent pas la nécessité d’une préparation sérieuse. Ceux qui l’ont fait en parlent avec la réserve tranquille de gens qui ont vécu quelque chose d’important et qui savent que les mots ne suffisent pas à le transmettre entièrement. Le tour du Queyras, autre grand itinéraire du département, propose une alternative plus apaisée, des cols moins élevés, des villages habités à portée de chemin, une frontière italienne traversée à pied avec la légèreté d’une formalité, dans un massif moins fréquenté et d’une beauté qui n’a rien à envier à ses voisins plus célèbres.

La faune des Hautes-Alpes est l’une des plus riches des Alpes françaises, bouquetins des Écrins et du Queyras dont les effectifs ont considérablement augmenté depuis les réintroductions des années 1970, chamois qui peuplent tous les étages alpins depuis les forêts de mélèzes jusqu’aux éboulis de haute altitude, aigles royaux dont les nids dans les falaises sont surveillés par les gardes du parc avec une attention de parents adoptifs, loups revenus naturellement dans le massif depuis les Apennins italiens dans les années 1990 et dont la présence a modifié en profondeur les pratiques d’élevage ovin dans toutes les vallées du département. Les marmottes, omniprésentes, bruyantes, d’une familiarité désarmante avec les randonneurs qui s’arrêtent pour les observer, sont les animaux emblématiques de ces montagnes, ceux dont le sifflement d’alarme ponctuera chaque journée de marche en altitude avec la régularité d’une horloge vivante.

Le saviez-vous ?
Les Hautes-Alpes abritent l’un des plus importants sites de nidification du gypaète barbu en France, ce rapace charognard au plumage roux et à l’envergure pouvant dépasser 2,80 mètres, spécialisé dans la consommation d’os qu’il transporte en altitude et lâche sur les rochers pour les briser et en extraire la moelle, avait été exterminé dans toutes les Alpes françaises au début du XX᷈ siècle, victime d’une réputation injustifiée de prédateur d’agneaux et d’enfants. Sa réintroduction à partir de 1986 dans le parc national du Mercantour et dans les Écrins est l’un des succès les plus spectaculaires de la conservation des grands rapaces en Europe : la population alpine française compte aujourd’hui plusieurs dizaines de couples nicheurs, et les observations de gypaètes en vol plané au-dessus des gorges et des falaises du département, reconnaissables à leur silhouette en losange et à leur vol rectiligne sans battements d’ailes, sont devenues suffisamment régulières pour que les gardes du parc les signalent sur leurs bulletins hebdomadaires comme un fait ordinaire, ce qui n’était pas imaginable il y a quarante ans.

Département : Hautes-Alpes

Situation

44,5594° N · 6,0796° E

Dans les villages des Hautes-Alpes