EXPÉRIENCE · HAUTES-ALPES

PATRIMOINE ET HISTOIRE

Fortifications, Vauban, églises, abbayes et traditions

PATRIMOINE ET HISTOIRE
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Le récit

L’histoire des Hautes-Alpes est une histoire de passages, de cols franchis, de vallées traversées, d’armées qui montaient et descendaient selon les saisons et les alliances, de marchands qui portaient leurs balles de draps et leurs épices par des chemins que la neige fermait six mois par an et qui constituaient pourtant les artères commerciales les plus directes entre le nord de l’Europe et la Méditerranée. Ce département de montagne n’est pas un bout du monde, il est au contraire un carrefour que la géographie des cols a placé au centre des circulations alpines depuis l’Antiquité, et cette position a produit une histoire dense, conflictuelle, mêlée d’influences italiennes, piémontaises, dauphinoises et provençales qui se lisent encore dans les noms de lieux, les dialectes, l’architecture et les archives. La frontière avec l’Italie n’a pas toujours été où elle est aujourd’hui — elle a bougé plusieurs fois au cours des siècles, et certaines vallées ont changé de nationalité dans la mémoire de personnes encore vivantes, après la Seconde Guerre mondiale et le traité de Paris de 1947.

Gap, préfecture du département, est une ville de carrefour, installée dans une cuvette à 735 mètres d’altitude, à la convergence des routes qui montent vers Briançon au nord-est, descendent vers Sisteron et la Provence au sud, et s’ouvrent vers le Champsaur et l’Oisans à l’ouest. Son histoire est celle d’une ville étape plutôt que d’une capitale régionale, une ville où l’on passait, où l’on s’arrêtait, où l’on négociait avant de repartir, et dont le patrimoine bâti reflète cette vocation commerciale et administrative plutôt que dynastique ou militaire. La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Arnoux, reconstruite au XIX᷈ siècle sur les fondations de l’ancienne cathédrale médiévale, abrite le mausolée de Lesdiguières, le dernier connétable de France, gouverneur du Dauphiné, dont le gisant en marbre blanc est l’une des plus belles sculptures funéraires de la Renaissance française en dehors des grandes collections parisiennes. Embrun, ancienne métropole ecclésiastique de la région, conserve une cathédrale romane du XII᷈ siècle, Notre-Dame-du-Réal, dont le porche en marbre rose et vert, dit “le Réal”, est un chef-d’œuvre de la sculpture romane alpine qui surprend par sa sophistication dans une ville de cette taille et de cette altitude.

Le patrimoine militaire du département est d’une densité exceptionnelle, conséquence directe de la position frontalière du territoire et de l’importance stratégique des cols alpins. Outre Briançon et ses fortifications vaubanesques, le département compte une série de forts construits aux XIX᷈ et XX᷈ siècles pour protéger les voies d’accès italiennes : le fort de Mont-Dauphin, autre place forte Vauban inscrite à l’UNESCO, perchée sur un éperon rocheux au-dessus de la confluence du Guil et de la Durance avec une régularité géométrique qui contraste avec le désordre alpin environnant ; le fort de Tournoux dans la haute vallée de l’Ubaye, dont les constructions étagées sur plusieurs centaines de mètres de falaise constituent l’un des ouvrages militaires les plus spectaculaires des Alpes ; et les nombreux blockhaus et casemates de la Ligne Maginot alpine, l’extension méridionale de la ligne Maginot construite dans les années 1930 face à l’Italie mussolinienne, dont les bunkers intégrés dans les falaises et les cols sont aujourd’hui ouverts aux visites guidées qui révèlent un réseau souterrain d’une complexité étonnante.

Le saviez-vous ?
Le département des Hautes-Alpes fut l’un des premiers territoires français à expérimenter, dès le XVII᷈ siècle, une forme d’organisation collective de l’espace montagnard qui préfigurait les législations environnementales modernes : les “bans de pâturage”, règlements communaux qui définissaient les zones de pâture autorisées selon les saisons, les espèces animales admises et les quantités de bêtes tolérées par hectare, permettant de prévenir la surexploitation des alpages et les glissements de terrain qui en résultaient. Ces règlements, conservés dans les archives communales, montrent une conscience écologique empirique, fondée sur l’observation des conséquences de la surexploitation plutôt que sur une théorie abstraite, d’une sophistication qui étonne les historiens de l’environnement, et qui explique pourquoi certains alpages des Hautes-Alpes sont restés en bon état pendant des siècles là où des régions moins bien gérées ont subi des dégradations irréversibles.

Département : Hautes-Alpes

Situation

44,5594° N · 6,0796° E

Dans les villages des Hautes-Alpes