EXPÉRIENCE · SAÔNE-ET-LOIRE
savoir-faire
Vins, artisanat, métiers d'art et traditions locales

Le récit
La Saône-et-Loire est un département de mains expertes et de matières nobles, un territoire où le travail de la terre cuite, du métal, du verre et de la pierre a produit depuis des siècles des traditions artisanales dont la qualité et l’originalité ont rayonné bien au-delà des frontières de la Bourgogne. La faïence de Digoin et la céramique de La Chapelle-de-Guinchay, la coutellerie de Nuits-Saint-Georges voisine, la forge charolaise et la tuilerie des pays de Saône, autant de métiers qui s’inscrivent dans la longue histoire d’un département où la ressource naturelle et le savoir humain ont toujours entretenu un dialogue fécond et patient. Ce savoir-faire nivernais n’est pas nostalgique, il est vivant, pratiqué dans des ateliers où les gestes anciens côtoient les technologies contemporaines avec une intelligence de la continuité qui distingue les vraies traditions artisanales des reconstitutions muséographiques. La Saône-et-Loire est un département où l’on fabrique encore, où l’on transforme encore, où les mains gardent la mémoire de ce que les machines ne savent pas toujours reproduire.
La céramique est la grande tradition artisanale de la Saône-et-Loire, Digoin, ville de bord de Loire au sud du département, fut pendant plus d’un siècle l’un des grands centres de production céramique de France, avec des manufactures qui produisaient à la fois des terres cuites architecturales, tuiles, briques, carreaux de sol , et des grès utilitaires dont les pots à confire, les terrines et les jarres à cornichons ont équipé les cuisines françaises de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1960. Les gisements d’argile exceptionnels du bassin ligérien, la proximité du charbon du bassin minier de Montceau-les-Mines et la main-d’œuvre formée par plusieurs générations de céramistes ont fait de Digoin et de sa région un pôle céramique dont le musée de la Céramique retrace l’histoire avec une richesse de collections et une précision documentaire qui permettent de comprendre l’ampleur et la diversité d’une production industrielle et artisanale qui a marqué durablement l’économie et l’identité du territoire. Aujourd’hui, une nouvelle génération de céramistes, formés dans les écoles d’art ou autodidactes, s’installe dans la région en reprenant des ateliers anciens ou en en créant de nouveaux, attirée par la qualité des argiles locales et par la tradition qui donne à leur travail une profondeur de racines que les territoires sans histoire céramique ne peuvent pas offrir.
Le travail du bois dans le Charolais et le Brionnais, la lutherie dans le Mâconnais, la tonnellerie dans les villages viticoles qui fournissent les caves des grands domaines de Bourgogne méridionale, autant de métiers du bois qui perpétuent une relation ancienne et intime entre les forêts de Saône-et-Loire et les artisans qui en transforment la matière en objets utiles et beaux. Le tonnelier est peut-être le plus noble de ces artisans du bois — celui dont le travail conditionne directement la qualité des vins qu’il équipe, dont le choix des bois, la chauffe des douelles et le montage des cerceaux influencent le profil aromatique de vins qui porteront ensuite d’autres noms sur les étiquettes mais dont il est l’un des auteurs silencieux et essentiels. Les quelques tonneliers artisanaux qui maintiennent leur activité dans le Mâconnais et le Chalonnais sont les gardiens d’un savoir-faire millénaire dont la survie dépend directement de la santé du vignoble bourguignon, une interdépendance fragile et précieuse que les amateurs de grands vins de Bourgogne feraient bien de garder à l’esprit lorsqu’ils débouchent leurs bouteilles.
À vivre
Vivre en Saône-et-Loire au contact de ses traditions artisanales, c’est habiter un département où le fait main n’est pas un argument marketing mais une réalité quotidienne, où l’on peut pousser la porte d’un atelier de céramique à Digoin et regarder un céramiste tourner sa terre avec les gestes que ses prédécesseurs répétaient dans le même endroit un siècle plus tôt, où l’on peut commander une barrique à un tonnelier de Chagny et la voir naître depuis les douelles brutes jusqu’aux cerceaux finaux dans un atelier qui sent le chêne chauffé et la sciure fraîche. Les marchés d’artisanat qui animent les bourgs de Saône-et-Loire tout au long de l’année, les foires aux poteries de Digoin, les marchés de créateurs de Mâcon et de Chalon-sur-Saône, les expositions d’ateliers ouverts du Charolais, sont des lieux de rencontre entre les artisans et leurs publics qui ont cette qualité des échanges directs entre celui qui fabrique et celui qui achète, sans intermédiaire, sans vitrine de galerie et sans discours de commissaire d’exposition. C’est dans ces marchés et ces ateliers ouverts que se transmet le goût du bien fait, cette exigence tranquille du travail accompli qui est peut-être la valeur la plus durable et la plus transmissible que le savoir-faire artisanal de Saône-et-Loire offre à ceux qui vivent et grandissent dans ce département.
Le saviez-vous ?
Nicéphore Niépce, natif de Chalon-sur-Saône, réalisa en 1826 ou 1827 la première photographie permanente de l’histoire — une image de la cour de sa propriété de Gras, dans le Mâconnais, obtenue après une exposition de plusieurs heures sur une plaque d’étain enduite de bitume de Judée, et conservée aujourd’hui à l’université du Texas à Austin. Ce que l’on sait moins, c’est que Niépce était avant tout un inventeur généraliste dont la curiosité et l’ingéniosité s’étaient exercées sur de nombreux autres sujets avant la photographie — il avait notamment mis au point avec son frère Claude le pyréolophore, un moteur à combustion interne fonctionnant à la poudre de lycopode qui fut breveté en 1807 et constitue l’un des tout premiers moteurs à explosion de l’histoire, une invention qui aurait pu changer le cours de l’histoire industrielle si les frères Niépce avaient eu les moyens de la développer commercialement, un destin d’inventeur de génie rattrapé par les contraintes matérielles que l’histoire des sciences réserve trop souvent à ses protagonistes les plus audacieux.
Département : Saône-et-Loire
Situation
46,3068° N · 4,8284° E
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