SECRET · SEYSSEL (AIN)

La renaissance récente de la navigation

Peu de gens savent que le Rhône n'était plus navigable à cet endroit avant 2009, année de la réouverture des écluses d'Anglefort et Virignin, permettant de rejoindre à nouveau le lac du Bourget.

La renaissance récente de la navigation
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI) — 2026.

Il y a quelque chose de paradoxal dans la renaissance de la navigation sur le Rhône à Seyssel : le fleuve qui fut pendant des siècles la principale voie de communication de la région, qui fit la fortune des mariniers et des négociants, qui justifiait l’existence même des ponts suspendus et des droits de passage ,ce fleuve avait été progressivement abandonné comme voie de transport au cours du XXe siècle, au profit du rail puis de la route, jusqu’à devenir presque invisible dans la vie quotidienne des riverains, présent physiquement mais absent économiquement et culturellement. Et c’est précisément cette mise en retrait qui permit sa redécouverte — non plus comme instrument de commerce mais comme espace de loisir, de contemplation et de reconnexion avec un territoire que l’on avait cessé de regarder depuis l’eau.

La renaissance dont il est question n’est pas spectaculaire, il n’y a pas à Seyssel de grands paquebots fluviaux ni de marina animée. C’est une renaissance discrète, à l’échelle du lieu : des loueurs de canoës et de kayaks qui proposent aux familles et aux randonneurs nautiques de descendre quelques kilomètres du Rhône ; des associations de pêcheurs qui ont retrouvé le chemin des berges à mesure que la qualité de l’eau s’améliorait ; des clubs de pagaie qui organisent des sorties le week-end ; et surtout la Via Rhôna, dont le tracé longe le fleuve et oblige les cyclistes qui la parcourent à regarder l’eau, à s’arrêter, à remarquer les hérons et les castors, à reprendre conscience que le Rhône est là, vivant, et qu’il a des choses à montrer à qui prend le temps de s’en approcher. Cette redécouverte progressive a changé quelque chose dans le rapport des habitants de Seyssel à leur fleuve, un fleuve que l’on traverse en voiture sans le voir est une frontière ; un fleuve que l’on pagaie, que l’on longe à vélo, que l’on observe depuis ses berges redevient ce qu’il était avant : un axe, un centre, un être vivant autour duquel une ville a décidé de s’organiser.

Ce retour vers le fleuve s’inscrit dans un mouvement plus large de reconquête des berges rhodaniennes que l’on observe sur l’ensemble du cours du Rhône depuis une vingtaine d’années, à Lyon, à Avignon, à Arles, mais qui prend à Seyssel une couleur particulière, plus intime et moins institutionnelle. Ici, il n’y a pas eu de grands projets d’aménagement urbain financés par des métropoles : la renaissance s’est faite par petites touches, portée par des acteurs locaux qui avaient simplement envie de redonner au fleuve la place qu’il n’aurait jamais dû perdre. Et si l’on s’assoit un matin d’été sur les berges aménagées de Seyssel, avec le bruit de l’eau sur les galets et la lumière qui joue sur le courant, on a du mal à imaginer qu’il fut un temps, pas si lointain, où ces berges étaient abandonnées aux ronces et que personne ne prenait la peine de regarder le Rhône.

Le saviez-vous ?
La qualité des eaux du Rhône à Seyssel s’est considérablement améliorée depuis les années 1970, grâce à la mise en place progressive de stations d’épuration et à la réduction des rejets industriels dans le bassin versant. Cette amélioration a permis le retour de plusieurs espèces de poissons qui avaient disparu de cette portion du fleuve, dont l’ombre commun, poisson exigeant en matière de qualité d’eau, dont la présence est aujourd’hui considérée par les pêcheurs et les écologues comme un indicateur fiable de la bonne santé du milieu aquatique rhodanien dans cette zone.

Commune : Seyssel (Ain)

Situation

45,9558° N · 5,8319° E

Sur la même fiche