SECRET · SEYSSEL (AIN)

Seyssel depuis la rive gauche du Rhône

Peu de visiteurs réalisent en traversant le pont qu'ils changent en réalité de département : Seyssel forme une seule agglomération perçue comme une ville unique malgré cette séparation administrative

Seyssel depuis la rive gauche du Rhône
Photo : Florian Pépellin — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Seyssel est une ville qui ne se laisse pas résumer depuis une seule rive. Il faut l’avoir traversée, à pied sur ses ponts suspendus, à vélo sur la Via Rhôna, ou simplement en regardant depuis l’une de ses berges la rive d’en face avec ses maisons qui montent vers les coteaux, pour comprendre que son identité tient précisément à cette dualité que d’autres villes vivraient comme une division et qu’elle a appris, au fil des siècles, à habiter comme une richesse. Deux communes, deux départements, deux régions historiques, une frontière qui fut pendant des siècles une frontière d’État entre le duché de Savoie et le royaume de France : Seyssel a connu tout cela, et elle en a gardé cette capacité particulière des villes-frontières à regarder les lignes de démarcation avec un léger détachement philosophique — comme des constructions humaines provisoires face à la permanence du fleuve qui les traverse.

Le Rhône est au cœur de tout à Seyssel. Il explique pourquoi la ville est là, un point de franchissement dans une cluse autrement difficile à traverser, et il explique ce qu’elle a été : un carrefour commercial, un lieu de péage et d’échange, une étape sur les routes qui reliaient la Savoie à la France et les Alpes à la Méditerranée. Les mariniers y firent leurs dévotions mariales, les vignerons y cultivèrent des cépages qui ignoraient la frontière, les évêques y traversèrent le fleuve pour leurs tournées pastorales. Aujourd’hui le commerce et les mariniers ont disparu, mais le Rhône est toujours là, large et calme dans sa plaine après les gorges de la cluse, et les ponts suspendus du XIXe siècle, parmi les plus beaux de leur époque en France, le franchissent avec cette élégance métallique qui n’a pas pris une ride.

Ce que Seyssel offre au voyageur qui prend le temps de s’y arrêter — plutôt que de la traverser en voiture sur le pont sans la voir, c’est une France de l’entre-deux que les grands itinéraires touristiques ne fléchent pas. Ni vraiment alpine ni vraiment rhodanienne, ni tout à fait savoyarde ni tout à fait aindinoise, Seyssel est un lieu de synthèse où les influences se superposent sans s’annuler : le vignoble et le fleuve, les clochers des deux rives et les falaises calcaires de la cluse, la mémoire des mariniers et la renaissance contemporaine des berges, le vin de Roussette bu face au courant et la montagne des Princes au-dessus des coteaux. C’est une ville à l’échelle de la promenade et de la curiosité lente, qui se donne entièrement à ceux qui consentent à la parcourir sur ses deux rives, et qui reste invisible à tous les autres.

Le saviez-vous ?
Les deux ponts suspendus de Seyssel, l’un reliant les deux communes de Seyssel sur le bras principal du Rhône, l’autre franchissant un bras secondaire, furent construits au XIXe siècle et constituent aujourd’hui l’un des ensembles de ponts suspendus historiques les mieux conservés de France. Le pont principal, inscrit au titre des monuments historiques, est l’œuvre d’ingénieurs qui participèrent au grand mouvement de construction de ponts métalliques qui transforma l’infrastructure française sous la monarchie de Juillet et le Second Empire. À une époque où franchir le Rhône à cet endroit demandait auparavant de négocier avec les bateliers ou d’attendre des conditions favorables, ces ponts représentèrent une révolution dans la vie quotidienne des habitants des deux rives, une révolution dont l’élégance formelle, visible encore aujourd’hui dans les câbles et les pylônes de pierre, dit quelque chose sur la façon dont le XIXe siècle sut parfois faire coïncider l’utile et le beau.

Commune : Seyssel (Ain)

Situation

45,9558° N · 5,8319° E

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