SECRET · AUDE

CARCASSONNE

La plus grande cité fortifiée d'Europe classée au patrimoine mondial de l'UNESCO

CARCASSONNE

Il y a peu de villes en France qui portent le poids de leur propre image avec autant de grâce que Carcassonne. La cité médiévale est l’une des images les plus reproduites, les plus photographiées, les plus vendues en carte postale de tout le pays, ses tours et ses remparts crénelés se découpent sur le ciel du Languedoc avec une netteté presque irréelle, comme un décor de conte médiéval que quelqu’un aurait oublié de démonter après la représentation. Et pourtant Carcassonne résiste à sa propre iconisation : quelque chose dans la démesure de ses fortifications, dans l’épaisseur de ses murs, dans la façon dont la pierre réagit différemment à chaque lumière — dorée au coucher du soleil, presque bleue à l’aube, grise et sévère sous les nuages d’hiver — continue de surprendre même celui qui croit la connaître pour l’avoir vue en image mille fois avant de la voir en réalité.

La cité de Carcassonne est l’aboutissement de deux mille ans de stratégie défensive superposée. Les premiers remparts sont romains — on les voit encore dans certaines sections de l’enceinte intérieure, reconnaissables à leurs assises régulières de petites briques et de pierres alternées que les maçons gallo-romains utilisaient selon une technique précise. Les Wisigoths les renforcèrent, les seigneurs médiévaux les doublèrent d’une enceinte extérieure, les Trencavel, vicomtes de Carcassonne et protecteurs des cathares, les habitèrent et les défendirent jusqu’à leur chute en 1209 sous les coups de la croisade albigeoise. Puis les rois de France prirent possession de la ville et en firent la forteresse frontière qu’elle est encore dans sa forme actuelle, une machine de guerre perfectionnée, avec ses lices entre les deux enceintes, ses tours en fer à cheval qui permettent de défendre les courtines sans angle mort, ses archères et ses mâchicoulis dont la conception reflète des siècles d’expérience du siège. Viollet-le-Duc, au XIXe siècle, restaura l’ensemble avec l’ambition et les partis pris que l’on sait — certains de ses choix, comme les toits en ardoise des tours qui auraient dû être en tuile romane, furent critiqués dès l’époque, mais il sauva aussi une cité qui s’effondrait progressivement sous le poids des siècles et de l’abandon.

La ville basse, que l’on oublie souvent dans l’ombre de la cité, mérite pourtant qu’on s’y attarde. Fondée par Saint Louis au XIIIe siècle pour reloger les habitants expulsés de la cité après la croisade, elle s’organise autour d’un plan en damier régulier — une bastide royale dont le tracé est encore parfaitement lisible dans les rues actuelles — avec sa cathédrale Saint-Michel, ses hôtels particuliers du XVIIe et du XVIIIe siècle, et cette vie de ville ordinaire qui contraste avec le monument au-dessus et qui rappelle que Carcassonne n’est pas seulement un site touristique mais une ville vivante de 50 000 habitants qui se lèvent chaque matin avec la cité médiévale dans leur fenêtre et qui ont appris, avec le temps, à regarder ce voisinage exceptionnel comme une présence familière plutôt que comme un spectacle.

Le saviez-vous ?
La cité de Carcassonne fut inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1997, mais elle faillit ne pas exister sous sa forme actuelle : en 1849, le gouvernement français décida de démolir les remparts jugés inutiles et coûteux à entretenir. C’est la mobilisation des habitants de Carcassonne et de l’écrivain Prosper Mérimée, alors inspecteur général des monuments historiques, qui obtint le classement de la cité et confia sa restauration à Eugène Viollet-le-Duc en 1853. Sans cette intervention de la dernière heure, l’une des plus grandes forteresses médiévales d’Europe aurait été démantelée pierre par pierre pour récupérer les matériaux de construction, un destin qui fut celui de nombreuses forteresses médiévales françaises au XIXe siècle, et que Carcassonne évita de justesse.

Département : Aude

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