SECRET · AUDE

LE secret DU LITTORAL

Des kilomètres de plages sauvages, de falaises et de lagunes préservées

LE  secret DU LITTORAL

Le littoral audois est l’un des mieux gardés de la Méditerranée française, non pas parce qu’il se cache, mais parce qu’il se laisse volontiers oublier entre les deux grandes attractions qui l’encadrent : la Camargue à l’ouest dans l’imaginaire collectif, le Cap d’Agde et les plages bondées de l’Hérault à l’est. Entre ces deux aimants touristiques, le bord de mer de l’Aude s’étend sur une soixantaine de kilomètres de côtes basses, d’étangs couleur d’ardoise, de lagunes où le sel cristallise au soleil et de plages de sable fin que la tramontane balaie avec une régularité qui décourage les parasols mais réjouit les cerfs-volants et les kitesurfers. C’est un littoral qui ne cherche pas à plaire, et c’est précisément pour cette raison qu’il plaît à ceux qui le découvrent.

Le secret du littoral audois tient à sa géographie particulière : ce n’est pas un rivage franc entre la terre et la mer, c’est un monde intermédiaire, une zone d’entre-deux où l’eau douce et l’eau salée se mélangent dans des étangs et des lagunes que les oiseaux migrateurs ont identifiés depuis des millénaires comme des escales irremplaçables. Le complexe lagunaire de Bages-Sigean, les étangs de Gruissan, les salins de l’Île Saint-Martin constituent l’un des sites ornithologiques les plus importants de France méditerranéenne : des dizaines de milliers de flamants roses y stationnent selon les saisons, des avocettes et des échasses s’y nourrissent dans les eaux peu profondes, des canards et des foulques y hivernent par milliers, et au-dessus de tout cela, le ciel change toutes les heures selon la direction du vent et l’heure du jour, passant du bleu intense de la tramontane au gris irisé du marin en quelques minutes. C’est un spectacle naturel permanent que les habitants du littoral audois regardent avec une propriété tranquille, comme quelque chose qui leur appartient non pas légalement mais affectivement, depuis des générations.

Gruissan est peut-être le symbole le plus fidèle de ce littoral-là : un village circulaire construit en anneaux concentriques autour d’une tour médiévale, avec ses cabanes de pêcheurs sur pilotis qui rendirent le site célèbre dans Betty Blue de Jean-Jacques Beineix, et autour du village un environnement naturel d’une beauté âpre — l’étang, les salins, la plage de galets et de sable que la mer façonne différemment chaque hiver. Il y a dans Gruissan une résistance au pittoresque convenu qui est sa marque propre : ce n’est pas un joli village du bord de mer, c’est un village de pêcheurs et de vignerons qui s’est retrouvé au bord de la mer et qui n’a pas changé de nature pour autant. Le secret du littoral audois est là, entier : une beauté qui n’a pas cherché à se vendre et qui n’en est que plus réelle.

Le saviez-vous ?
Les salins de l’Aude, et notamment les salins de Gruissan et de l’Île Saint-Martin près de Narbonne, produisent du sel depuis l’Antiquité, les Romains exploitaient déjà ces marais salants qui alimentaient en sel de conservation une grande partie de la Gaule méridionale. Au Moyen Âge, le sel de Narbonne était l’une des principales richesses du comté et l’une des sources de revenus les plus disputées entre les seigneurs locaux et les marchands génois qui en contrôlaient une partie du commerce maritime. Aujourd’hui ces salins sont en grande partie devenus des réserves naturelles, mais certains continuent de produire du sel récolté à la main selon des méthodes traditionnelles, un sel de mer méditerranéen dont la teneur en minéraux et la texture particulière sont reconnues par les cuisiniers qui savent encore distinguer les sels entre eux.

Département : Aude

Situation

43,2130° N · 2,3491° E

Dans les villages de l'Aude