SECRET · AUDE

LE CANAL DU MIDI

Le canal du Midi; chef'oruvre de génie civil du XVII° siècle, classé par l'UNEXCO

LE  CANAL DU MIDI

Il faut avoir longé le canal du Midi à pied ou à vélo, sous le tunnel de verdure que les platanes forment au-dessus de l’eau, pour comprendre ce que Pierre-Paul Riquet réalisa au XVIIe siècle, non pas seulement un exploit d’ingénierie, mais une œuvre de transformation du territoire si profonde et si durable qu’elle finit par ressembler à un élément naturel. Le canal coule entre ses berges avec la tranquillité d’une rivière domestiquée, ses eaux vertes et immobiles reflètent les platanes et le ciel, les écluses se succèdent avec leur architecture de pierre ronde et de bois gonflé d’eau, et l’ensemble dégage cette impression paradoxale que seules les grandes œuvres humaines parviennent à produire : celle d’avoir toujours été là, d’appartenir au paysage aussi naturellement que les collines qui l’entourent.

Riquet passa vingt ans à concevoir et à construire le canal, de 1666 à sa mort en 1680, il mourut quelques mois avant l’inauguration officielle, sans avoir vu son œuvre achevée naviguer de Toulouse à l’étang de Thau. Le défi qu’il résolut était celui que les ingénieurs du roi considéraient comme insoluble : trouver l’eau nécessaire pour alimenter le point de partage des eaux, le seuil de Naurouze, entre Méditerranée et Atlantique, sans lequel aucun canal transocéanique n’était possible. Riquet inventa pour cela un système de collecte des eaux de la Montagne Noire par un réseau de rigoles et de retenues qui alimentent encore aujourd’hui le canal en eau, une solution d’une élégance et d’une efficacité que les ingénieurs hydrauliciens modernes continuent d’admirer. Il finança une partie des travaux sur sa fortune personnelle, ruinant sa famille au passage, avec cette foi dans l’œuvre qui caractérise les grands bâtisseurs et qui ne se mesure qu’à l’aune du résultat.

Traverser l’Aude le long du canal du Midi, c’est traverser un département à la vitesse de l’eau, une vitesse qui permet de voir ce que les routes font manquer. Les villages qui bordent le canal ont une relation à l’eau différente de ceux qui s’organisent autour d’une route ou d’une place : ils lui tournent le dos ou lui font face selon les époques et les usages, ils ont gardé leurs anciens entrepôts de commerce fluvial et leurs maisons de maître construites par les négociants qui s’enrichirent grâce au trafic des marchandises. Les platanes, plantés au XIXe siècle pour protéger les berges de l’érosion et les mariniers du soleil, sont aujourd’hui menacés par un champignon, le chancre coloré, qui en a déjà tué plusieurs milliers et oblige à des abattages progressifs qui modifient peu à peu la physionomie du canal. Leur remplacement est en cours, avec des espèces résistantes qui mettront des décennies à retrouver la majesté des arbres disparus, un rappel que les œuvres humaines, même les plus durables, ne sont jamais vraiment achevées.

Le saviez-vous ?
Le canal du Midi compte 63 écluses réparties sur ses 240 kilomètres de longueur, dont la plus remarquable est l’écluse ronde de Fonseranes, près de Béziers, un escalier de sept sas étagés qui permettent aux bateaux de franchir une dénivellation de 21,5 mètres en une seule série d’écluses consécutives. Construite en 1679 selon les plans de Riquet, cette écluse est l’une des réalisations techniques les plus admirées de l’ingénierie hydraulique du XVIIe siècle, et elle fut pendant longtemps la plus grande écluse d’Europe. Aujourd’hui classée monument historique et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO avec l’ensemble du canal, elle reste en fonctionnement et peut être observée depuis les berges aménagées en belvédère, un spectacle d’une lenteur hypnotique, où l’eau monte et descend avec la patience des mécanismes qui ont appris à ne pas se presser.

Département : Aude

Situation

43,2130° N · 2,3491° E

Dans les villages de l'Aude