SECRET · AUDE

LES CHATEAUX CATHARES

Vous etes au pays cathare; châteaux perchés, légendes et trésors oubliés

LES CHATEAUX CATHARES

On les appelle les châteaux cathares, et cette appellation est à la fois juste et inexacte, juste parce qu’elle dit quelque chose de vrai sur leur histoire et sur ce qu’ils représentent dans la mémoire collective du Languedoc, inexacte parce que la plupart de ces forteresses n’étaient pas des constructions cathares mais des châteaux seigneuriaux qui servirent de refuge aux derniers parfaits et à leurs protecteurs pendant la croisade albigeoise du XIIIe siècle. Les cathares ne construisaient pas de châteaux, ils construisaient des maisons de réunion, des hospices, des lieux de vie communautaire ; c’est la persécution qui les poussa dans les forteresses des seigneurs qui leur étaient favorables, et c’est cette association forcée entre une foi pacifiste et des murs de guerre qui a donné naissance à l’expression et à la légende.

Peyrepertuse est peut-être le plus vertigineux de tous, une forteresse étirée sur plusieurs centaines de mètres le long d’une crête calcaire à plus de 800 mètres d’altitude, avec des à-pics de plusieurs centaines de mètres de chaque côté et un plan au sol si adapté à l’éperon rocheux qu’il semble avoir poussé là comme une excroissance naturelle de la montagne plutôt qu’avoir été construit par des mains humaines. La montée depuis le village de Duilhac prend moins d’une heure mais exige un pas sûr et un respect du vide que les distraits feraient bien de cultiver avant d’entreprendre la visite. Depuis les remparts du château haut, le Saint-Georges, ajouté au XIIIe siècle par Louis IX après la conquête française, le regard embrasse les Corbières dans leur totalité, jusqu’à la Méditerranée par temps clair, et l’on comprend pourquoi les stratèges médiévaux choisirent ce site plutôt qu’un autre : depuis ici, on voit tout, on contrôle tout, et l’ennemi qui voudrait prendre ce rocher par la force devrait d’abord trouver comment y accéder.

Quéribus, à quelques kilomètres de Peyrepertuse, fut le dernier château à tomber aux mains des croisés, en 1255 — soit quarante-cinq ans après le début de la croisade et treize ans après le bûcher de Montségur en Ariège. Sa tour centrale, perchée à l’extrémité d’un éperon rocheux que le vent fouette en permanence, abrite une salle gothique d’une beauté austère dont la clé de voûte est placée si haut qu’elle semble disparaître dans l’obscurité. C’est là que les derniers cathares trouvèrent refuge, dans ce vent et cette pierre, avant que la chute du château ne signe la fin militaire d’une résistance qui avait duré un demi-siècle. Aguilar, Puilaurens, Termes, Arques — chaque château a son caractère, son accès, son histoire particulière dans le grand drame de la croisade, et le sentier cathare qui les relie à pied offre la façon la plus juste de les découvrir : lentement, dans le paysage qui les entoure, avec le temps de comprendre ce que signifiait vivre et mourir dans ces pierres.

Le saviez-vous ?
Le terme « cathare » lui-même ne fut jamais utilisé par ceux que l’Église désignait ainsi, ils se nommaient eux-mêmes bons hommes ou bons chrétiens, et c’est leurs adversaires qui leur donnèrent le nom de cathares, du grec katharos signifiant « pur », en référence à leur aspiration à une vie spirituelle sans compromis avec la matière. Ce n’est qu’au XIXe siècle, avec le développement des études historiques sur la croisade albigeoise, que le terme cathare s’imposa dans l’historiographie et dans l’imaginaire collectif pour désigner cette civilisation religieuse occitane que la croisade du XIIIe siècle avait tenté d’effacer, avec un succès militaire complet et un succès mémoriel beaucoup plus incertain, comme en témoigne la persistance vivace de leur souvenir dans les pierres et les esprits de l’Aude.

Département : Aude

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