SECRET · HAUTE-GARONNE
L’Aéronautique
Toulouse, capitale européenne de l'aéronautique et de l'innovation.

Toulouse n’est pas devenue la capitale mondiale de l’aéronautique civile par hasard, elle y fut conduite par une convergence de facteurs dont chacun, pris isolément, aurait pu produire une autre ville, mais dont la combinaison unique a fait de cette cité méridionale le centre de gravité d’une industrie qui façonne le ciel du monde entier. Le climat d’abord, trois cents jours de soleil par an, des vents faibles et prévisibles, un ciel dégagé qui fit de la plaine toulousaine un terrain d’aviation naturel dès les premiers temps du vol motorisé. La géographie ensuite, une position centrale dans le Sud-Ouest français, à égale distance des Pyrénées et de la Méditerranée, bien reliée par le rail et les routes à Paris et à l’Espagne, suffisamment éloignée des côtes pour être à l’abri des bombardements lors de la Grande Guerre, ce qui fit choisir Toulouse comme lieu d’implantation des premières usines d’aviation militaire françaises dès 1917. Et enfin une tradition universitaire et scientifique ancienne, la ville possédait déjà ses ingénieurs, ses mathématiciens, ses physiciens formés à une université fondée en 1229, un vivier intellectuel que l’industrie aéronautique naissante put immédiatement mobiliser.
L’histoire de l’aéronautique toulousaine commence vraiment dans les années 1920, quand Pierre-Georges Latécoère installa sur le plateau de Montaudran ses ateliers de construction d’avions et lança la ligne aéropostale vers l’Amérique du Sud, une aventure qui allait donner à Toulouse ses premiers héros de l’air et à la littérature française l’un de ses textes les plus beaux. Antoine de Saint-Exupéry, Jean Mermoz, Henri Guillaumet, ces pilotes de légende décollèrent du terrain de Montaudran pour traverser l’Atlantique Sud et la Cordillère des Andes dans des avions de bois et de toile, avec pour seuls instruments une boussole et leur connaissance intime des vents et des étoiles, portant le courrier entre deux mondes avec une obstination héroïque que Saint-Exupéry a immortalisée dans Vol de nuit et Courrier Sud. Cette geste aéronautique des années 1920 et 1930 a imprimé dans la culture toulousaine un rapport au ciel et au risque calculé qui irrigue encore aujourd’hui l’identité de la ville, les ingénieurs d’Airbus qui testent les limites des matériaux composites dans les laboratoires de Blagnac sont les héritiers spirituels de ces pilotes qui testaient les limites de leurs machines au-dessus de l’océan.
Airbus est aujourd’hui ce que la ville est devenue, une entreprise qui emploie directement des dizaines de milliers de personnes en Haute-Garonne et fait vivre indirectement une constellation de sous-traitants, de prestataires et de services dont le tissu économique s’étend sur toute la métropole toulousaine. L’usine d’assemblage final de Blagnac, où convergent les tronçons de fuselage fabriqués à Hambourg, les ailes produites à Bristol, les empennages assemblés à Cadix, pour être assemblés en avions complets avant leurs premiers vols d’essai depuis l’aéroport de Toulouse-Blagnac, est l’un des sites industriels les plus impressionnants du monde, un lieu où l’on comprend physiquement ce que signifie la mondialisation de la production industrielle quand elle est organisée avec la précision millimétrique qu’exige l’aéronautique. Le musée Aéroscopia, avec ses avions grandeur nature exposés dans des volumes architecturaux à la mesure de leurs sujets, raconte cette histoire en permettant au visiteur de monter à bord d’un Concorde, de se glisser dans le cockpit d’un A300B ou de mesurer de ses propres mains l’envergure démesurée d’un Super Guppy, ces avions-cargos en forme de baleine qui transportaient les tronçons d’Airbus avant que les convois exceptionnels terrestres ne prennent le relais.
Le saviez-vous ?
Le terrain d’aviation de Montaudran, où Latécoère installa ses ateliers en 1917 et d’où partirent les premières lignes aéropostales vers le Maroc et l’Amérique du Sud, est aujourd’hui un quartier d’innovation technologique en cours de reconversion, la Halle de la Machine, ancienne usine de construction aéronautique transformée en atelier de création artistique et mécanique, y abrite des œuvres monumentales animées dont le Minotaure, une araignée géante mécanique de quarante-cinq tonnes capable de se déplacer dans les rues de Toulouse avec des passagers à son bord. Cette transformation d’un lieu d’industrie aéronautique en espace de création technologique-artistique dit quelque chose d’essentiel sur la manière dont Toulouse digère son propre mythe : en le prolongeant par d’autres formes de démesure technique, là où d’autres villes auraient construit un musée et fermé les portes.
Département : Haute-Garonne
Situation
43,6045° N · 1,4442° E
Où le retrouver

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