SECRET · HAUTE-GARONNE

Les Pyrénées

Des sommets majestueux et des vallées sauvages à couper le souffle.

Les Pyrénées

Les Pyrénées ont un secret que les Alpes n’ont pas, celui d’une montagne qui n’a jamais tout à fait accepté d’être domestiquée. Moins hautes que les Alpes en altitude absolue, mais souvent plus abruptes dans leurs versants, plus sauvages dans leurs vallées, plus secrètes dans leurs recoins, elles opposent aux visiteurs pressés une résistance douce mais réelle qui fait qu’on ne les connaît vraiment qu’après plusieurs séjours, plusieurs saisons, plusieurs types de lumière. Les Pyrénées de Haute-Garonne, celles du Comminges, du Luchonnais, du massif de la Maladeta visible par temps clair depuis les crêtes frontalières, ont cette qualité particulière d’être à la fois accessibles et mystérieuses, proches de Toulouse et pourtant capables de solitudes absolues à moins d’une heure des stations thermales. C’est une montagne à double fond : celle que l’on croit connaître après avoir vu le Saut du Doubs et celle que l’on découvre en s’enfonçant dans les vallons latéraux que les sentiers balisés n’atteignent pas, où les troupeaux transhumants paissent encore dans des estives que leurs gardiens connaissent depuis l’enfance.

Le secret pyrénéen le plus profond est peut-être humain, celui des peuples qui ont habité ces montagnes depuis des temps immémoriaux et qui leur ont imprimé une culture si particulière que les ethnologues du XIXe siècle y voyaient les traces d’une civilisation antérieure à toutes les autres en Europe occidentale. Les Basques au nord-ouest, les Gascons dans les vallées centrales, les Catalans à l’est, chacun de ces peuples de montagne a développé une langue, des coutumes, une architecture et une économie pastorale qui lui sont propres, et qui persistent dans les villages du piémont avec une vitalité que les décennies d’exode rural n’ont pas complètement éteinte. Dans les vallées de Haute-Garonne, c’est le gascon, langue romane issue du latin vulgaire mêlé de substrats pré-romains, qui portait jusqu’au siècle dernier une tradition orale de contes, de chants et de savoirs paysans que quelques associations s’efforcent aujourd’hui de collecter et de transmettre avant que les derniers locuteurs natifs ne disparaissent. Ces vallées ont aussi été les refuges des Cathares en fuite après 1244, des républicains espagnols après 1939, des résistants français pendant l’Occupation, une tradition d’asile et de passage clandestin qui a laissé dans la mémoire locale des traces que les familles des villages de montagne portent encore.

Le secret le plus vertigineux des Pyrénées de Haute-Garonne est cependant géologique, et il se lit dans les parois calcaires des cirques d’altitude avec la patience de celui qui sait ce qu’il regarde. Ces montagnes sont faites de sédiments marins, calcaires, schistes, marbres, déposés au fond d’un océan disparu il y a deux cents millions d’années, l’océan Téthys, et plissés, fracturés, soulevés par la collision entre les plaques ibérique et eurasienne qui donna naissance aux Pyrénées il y a soixante-cinq millions d’années. Les fossiles d’ammonites et de bélemnites que l’on trouve dans certains éboulis d’altitude sont les témoins de cet océan englouti, des animaux marins qui habitaient des eaux tropicales peu profondes et dont les coquilles calcaires se retrouvent aujourd’hui à deux mille mètres d’altitude, dans des parois que la glace et le gel ont mises à nu. Tenir une ammonite ramassée dans les éboulis du cirque de Lys au-dessus de Luchon et comprendre qu’elle vient du fond d’un océan tropical qui recouvrait cet endroit précis il y a deux cents millions d’années, c’est peut-être l’expérience la plus propre à donner le vertige que les Pyrénées puissent offrir, plus encore que la hauteur de leurs falaises ou la profondeur de leurs gouffres.

Le saviez-vous ?
La vallée de Luchon fut connue des Romains sous le nom d’Ilixo et ses sources thermales étaient déjà exploitées au Ier siècle de notre ère par la population gallo-romaine de la région, des thermes antiques dont les vestiges ont été mis au jour lors de fouilles archéologiques sous la ville actuelle. Luchon devint au XIXe siècle la « reine des Pyrénées », fréquentée par Napoléon III, la duchesse de Berry et une aristocratie européenne qui venait y soigner ses rhumatismes et ses maladies respiratoires dans des établissements thermaux d’un luxe comparable aux grandes stations alpines, une gloire Belle Époque dont les villas et les hôtels de la ville gardent la trace dans leur architecture exubérante et légèrement mélancolique.

Département : Haute-Garonne

Situation

43,6045° N · 1,4442° E