EXPÉRIENCE · ALPES-MARITIMES

Les ruelles où le silence existe

Se perdre pour mieux se retrouver.

Les ruelles où le silence existe
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Le récit

Il faut savoir où les chercher, et surtout à quelle heure. Dans les villages perchés de l’arrière-pays niçois, le silence n’est pas une absence mais une présence active, quelque chose qui a une texture et un poids propres, qui s’installe entre les maisons de pierre comme un habitant ancien auquel on finit par faire de la place. À Peillon, à Gourdon, à Saorge, à Lucéram, à Coaraze, ces bourgs médiévaux accrochés à leurs éperons rocheux comme si la gravité était une notion discutable, les ruelles ne font pas deux mètres de large, les façades se touchent presque au-dessus de vos têtes, et le sol de galets appareillés absorbe vos pas d’une façon qui semble chercher à ne pas déranger. À l’heure de la sieste ou tôt le matin, quand les cars de touristes ne sont pas encore là et que les volets sont encore fermés sur la fraîcheur de la nuit, ces ruelles ont une qualité d’espace qui dépasse la simple notion de calme : c’est un silence stratifié, fait de siècles de vie ralentie, de générations d’habitants qui ont appris à vivre à voix basse dans des maisons mitoyennes où l’on entend tout.

Le silence des ruelles de l’arrière-pays azuréen a aussi une dimension sonore paradoxale — il n’est jamais tout à fait absolu, et c’est peut-être pour cela qu’il est si beau. Une fontaine qui coule dans une cour intérieure dont on ne voit pas la porte, le son des cloches d’une église qui se répercute entre les murs de pierre et met plusieurs secondes à s’éteindre, le murmure d’une conversation en dialecte nissard qui s’échappe d’une fenêtre entrouverte, le bruit du vent dans une ruelle en chicane qui crée son propre courant d’air, ces sons discrets ne rompent pas le silence, ils le définissent, ils lui donnent ses contours et sa profondeur, comme les détails d’un tableau donnent sa dimension à l’espace vide qui les entoure. On ne trouve pas ce silence-là sur la côte ; il appartient aux hauteurs, aux pierres vieilles, aux villages qui ont survécu à l’exode rural en gardant assez d’habitants pour rester vivants et assez peu pour rester tranquilles.

Le saviez-vous ?
Le village de Peillon, souvent cité parmi les plus beaux villages de France, est l’un des rares de l’arrière-pays niçois à n’avoir jamais été relié au réseau routier moderne par une voie carrossable traversante, la route qui y mène s’arrête au bas du village, et l’accès aux ruelles supérieures se fait exclusivement à pied par des escaliers et des passages voûtés que les véhicules n’ont jamais empruntés. Cette contrainte topographique, qui aurait pu condamner le village à l’abandon comme tant d’autres hameaux de l’arrière-pays, s’est révélée être sa meilleure protection : faute de pouvoir y circuler en voiture, les promoteurs et les rénovateurs pressés s’y sont peu intéressés, et le tissu médiéval du bourg est resté intact dans une mesure exceptionnelle, ses ruelles voûtées, ses passages couverts et ses escaliers de galets sont aujourd’hui exactement tels qu’ils étaient au XV᷈ siècle, à la différence près que quelques géraniums débordent désormais des fenêtres.

Département : Alpes-Maritimes

Situation

43,7102° N · 7,2620° E

Dans les villages des Alpes-Maritimes