EXPÉRIENCE · ALPES-MARITIMES

Librairies et boutiques confidentielles

Trésors cachés et belles rencontres.

Librairies et boutiques confidentielles
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Le récit

Il existe dans les villes et les villages des Alpes-Maritimes une catégorie de commerces qui résistent à toute classification et à toute logique économique apparente, ces boutiques étroites dont la devanture ne révèle rien de ce qu’elles contiennent, ces librairies qui semblent vivre en dehors du temps marchand, ces ateliers-galeries où l’on vend à la fois des estampes du XIX᷈ siècle, des savons artisanaux et des livres épuisés qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Dans le Vieux-Nice, entre la rue Pairolière et la rue de la Préfecture, ces commerces se nichent dans des rez-de-chaussée voûtés dont la profondeur dépasse de loin ce que laisse supposer la façade, et l’on s’y engage avec la sensation légèrement vertigineuse d’entrer dans un espace qui obéit à ses propres règles de perspective. Le ou la propriétaire est presque toujours là, non pas pour vendre, semble-t-il, mais pour continuer à exister dans l’espace qu’il ou elle a créé et qui lui ressemble plus qu’à quoi que ce soit d’autre.

Les librairies indépendantes des Alpes-Maritimes méritent une attention particulière. À Nice, quelques enseignes tenues par des libraires qui connaissent chaque livre de leurs rayonnages résistent à la pression du commerce en ligne et de la grande distribution avec l’entêtement tranquille des gens qui savent que ce qu’ils font ne peut pas être remplacé par un algorithme. Dans les villages de l’arrière-pays — à Saint-Paul-de-Vence, à Vence, à Mougins, de petites librairies spécialisées en art, en photographie ou en littérature méditerranéenne côtoient des antiquaires qui vendent pêle-mêle des cartes postales anciennes de la Côte d’Azur, des éditions originales d’auteurs locaux et des objets dont la fonction précise reste mystérieuse. Ces boutiques sont des lieux de conversation autant que de transaction — on n’y entre pas pour acheter quelque chose de précis, on y entre parce qu’on ne sait pas encore ce que l’on cherche, et l’on en ressort presque toujours avec quelque chose qu’on n’aurait trouvé nulle part ailleurs.

Le saviez-vous ?
Nice possède l’une des plus anciennes librairies françaises encore en activité dans ses locaux d’origine : la librairie Masséna, fondée au XIX᷈ siècle à une époque où la ville était encore rattachée au royaume de Sardaigne, a traversé le rattachement à la France, deux guerres mondiales, l’essor du tourisme de masse et la révolution numérique sans jamais fermer ses portes ni quitter ses murs. Ses rayonnages conservent la mémoire d’une ville qui fut longtemps culturellement bilingue — français et dialecte nissard, avec une forte influence de l’italien ligurien —, et ses fonds anciens en histoire régionale, en cartographie et en littérature provençale et italienne constituent un patrimoine bibliophilique que les chercheurs spécialisés dans l’histoire de la Méditerranée occidentale viennent consulter depuis plusieurs générations, faisant de cette boutique en apparence ordinaire l’un des observatoires les plus discrets et les plus précieux de l’identité culturelle niçoise.

Département : Alpes-Maritimes

Situation

43,7102° N · 7,2620° E

Dans les villages des Alpes-Maritimes