EXPÉRIENCE · MAYENNE

PATRIMOINE ET HISTOIRE

Château de Sainte-Suzanne, abbayes, traditions et musés

PATRIMOINE ET HISTOIRE
Photo : Patrick Monchicourt (Morio60) — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 2.0. commons.wikimedia.org

Le récit

La Mayenne est un département de châteaux et de prieurés — un pays médiéval dans le sens le plus concret du terme, où les bourgs ont grandi à l’ombre de donjons romans et où les routes de campagne passent devant des chapelles du XIIe siècle avec la même désinvolture que devant des arrêts de bus. Cette densité patrimoniale n’est pas le résultat d’une politique de conservation volontariste mais d’une histoire particulière — la Mayenne fut pendant des siècles une terre de marche entre la Normandie, le Maine et la Bretagne, un territoire disputé entre puissances rivales qui y construisirent leurs forteresses avec l’opiniâtreté des gens qui savent que la pierre est le seul argument que le temps respecte. Les comtes de Laval, les Plantagenêts qui régnèrent sur le Maine et l’Anjou, les ducs de Bretagne dont la frontière passait à quelques kilomètres — tous ont laissé dans le paysage mayennais des traces architecturales qui font de ce département l’un des plus riches de France en patrimoine médiéval rapporté à sa superficie et à sa population.

Laval est la ville patrimoine par excellence de la Mayenne — une cité médiévale qui s’est développée autour d’un château des comtes de Laval dont le vieux donjon roman du XIe siècle domine encore la Mayenne depuis son éperon rocheux avec une autorité qui n’a pas vieilli. La vieille ville de Laval, avec ses maisons à colombages des XVe et XVIe siècles serrées le long des rues qui descendent vers la rivière, son pont médiéval, sa tribune de bois — galerie extérieure en encorbellement d’une rareté exceptionnelle dont il ne subsiste que quelques exemples en France — et son château qui abrite aujourd’hui un musée d’art naïf d’une qualité inattendue dans une ville de cette taille, constitue un ensemble urbain médiéval d’une cohérence et d’une authenticité que peu de villes moyennes françaises peuvent revendiquer. Le musée du château de Laval, qui possède l’une des plus importantes collections d’art naïf et brut de France — avec des œuvres du Douanier Rousseau, né à Laval en 1844, et d’une centaine d’autres artistes autodidactes du monde entier — est l’une de ces surprises muséales que les petites villes françaises réservent parfois aux visiteurs qui ne les attendaient pas.

Hors de Laval, la Mayenne déploie un patrimoine castral et religieux d’une richesse inversement proportionnelle à la notoriété du département. Le château de Sainte-Suzanne, perché sur son éperon dominant la vallée de l’Erve, est l’un des sites fortifiés médiévaux les mieux préservés du Maine — une forteresse qui résista victorieusement pendant trois ans au siège de Guillaume le Conquérant entre 1083 et 1086, le seul siège que ce redoutable guerrier ne parvint pas à lever de toute sa carrière militaire. Mayenne, ville éponyme du département, possède un château royal dont les origines remontent au Xe siècle et qui fut l’une des résidences préférées des rois Plantagenêts — Henri II d’Angleterre et son fils Richard Cœur de Lion y séjournèrent à plusieurs reprises, laissant dans l’histoire locale des traces documentées qui font du château de Mayenne un lieu de mémoire de la civilisation angevine et plantagenêt dont l’importance dans l’histoire médiévale française et anglaise est souvent sous-estimée. L’abbaye cistercienne de Port-du-Salut, fondée en 1233 dans un méandre de la Mayenne près de Grez-en-Bouère, est aujourd’hui encore habitée par une communauté de moines qui produisent le fromage Port-Salut selon une tradition fromagère ininterrompue depuis le XIXe siècle — un de ces lieux rares où la vie monastique médiévale et la production artisanale contemporaine coexistent dans une continuité qui n’a jamais eu besoin de se justifier.

Le saviez-vous ? Le Douanier Rousseau — Henri Rousseau de son vrai nom — naquit à Laval en 1844 et fut pendant la majeure partie de sa vie totalement ignoré des milieux artistiques officiels, travaillant comme employé de l’octroi municipal de Paris tout en peignant des toiles d’une originalité et d’une puissance visuelle que seuls quelques avant-gardistes — Picasso, Apollinaire, Alfred Jarry — reconnurent de son vivant. C’est après sa mort en 1910 que son œuvre fut véritablement redécouverte et que les critiques comprirent que cet autodidacte sans formation académique avait inventé une manière de peindre le monde — frontale, naïve dans la technique mais sophistiquée dans la composition et la couleur — qui influencerait profondément le surréalisme et l’art du XXe siècle. La ville de Laval lui consacre aujourd’hui un musée et une place qui portent son nom, une reconnaissance tardive mais permanente pour un artiste que sa ville natale n’avait guère célébré de son vivant.

Département : Mayenne

Situation

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