SECRET · HAUTES-ALPES
Briançon
Dans la Collégiale Notre-Dame, il faut lever les yeux : un étrange écusson du Dauphiné se cache sous l'horloge de gauche, et l'on peut y découvrir la seule représentation connue de la cité de Briançon avant sa fortification, avec son ancienne église

Briançon est une ville qui défie tranquillement plusieurs catégories à la fois, ville la plus haute de France à 1 326 mètres d’altitude, place forte Vauban inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, station de ski reliée au domaine de la Voie Lactée, et ville vivante à l’année avec une population permanente qui ne se réduit pas au flux saisonnier des sports d’hiver. Cette multiplicité d’identités superposées dans un espace urbain compact, la vieille ville fortifiée sur son éperon rocheux, la ville basse moderne dans la vallée, les remontées mécaniques qui partent à quelques centaines de mètres des remparts, est ce qui distingue Briançon de beaucoup de stations alpines construites ex nihilo pour le ski et qui n’existent, architecturalement et socialement, que pour lui. Ici, la montagne a été habitée avant d’être exploitée touristiquement, et cette antériorité se lit dans la pierre, dans le plan de la ville, dans la façon dont les habitants parlent de leur altitude avec la fierté tranquille de gens qui y sont nés et non de gens qui ont choisi d’y venir pour une saison.
La ville haute — la Cité — est l’œuvre la plus aboutie de Vauban dans les Alpes : construite entre 1692 et 1734 sur un éperon dominant la confluence de la Durance et de la Guisane, elle déploie un système défensif d’une complexité et d’une cohérence architecturale qui justifient à elles seules le déplacement. Les fortifications ne sont pas une enveloppe posée sur un noyau urbain préexistant, elles sont la ville elle-même, organisée selon une logique militaire qui a pourtant su ménager des rues commerçantes, des places, une église collégiale, des fontaines, tout ce qui fait qu’une ville est habitable et pas seulement défendable. La Grande Rue, la Gargouille — descend en pente raide du haut de la cité vers la porte Pignerol avec en son centre un canal d’eau courante taillé dans le pavé qui servait à alimenter les fontaines et à combattre les incendies, et qui continue de couler aujourd’hui avec la même efficacité hydraulique qu’au XVIII᷈ siècle. Les maisons serrées de part et d’autre, aux façades ornées de cadrans solaires et de fresques en trompe-l’œil, ont la couleur du soleil sur la pierre calcaire, un jaune chaud qui contraste avec le bleu intense du ciel alpin et qui donne à la vieille ville une luminosité presque méditerranéenne, surprenante à cette altitude.
Le territoire de Briançon est aussi celui des cols, le Montgenèvre, le Lautaret, l’Izoard, ces passages alpins qui ont de tout temps structuré les échanges entre la France et l’Italie, que les légions romaines empruntaient, que Hannibal aurait franchi selon certaines hypothèses, que les coureurs du Tour de France gravissent chaque année sous les encouragements d’une foule venue camper plusieurs jours sur les bas-côtés. Le col de l’Izoard en particulier, avec sa Casse Déserte, cette zone de haute altitude aux formations rocheuses lunaires et aux couleurs d’ocre et de rouille, est l’un des paysages les plus photographiés des Alpes françaises, un désert de haute montagne qui surgit au sommet d’une ascension forestière comme une surprise géologique que personne ne voit venir.
Le saviez-vous ?
Briançon détient le record de France d’ensoleillement en montagne, avec plus de 300 jours de soleil par an en moyenne, elle rivalise avec les villes du littoral méditerranéen pour le nombre d’heures d’ensoleillement annuel, grâce à sa position géographique particulière qui la protège des masses nuageuses venues de l’ouest par les massifs environnants. Cette réputation de “soleil des Alpes” attira dès le XIX᷈ siècle des médecins qui recommandaient Briançon aux tuberculeux et aux convalescents pour la qualité de son air et l’intensité de son rayonnement solaire, ne médecine climatique aujourd’hui oubliée mais qui contribua à faire de la ville une destination de cure avant qu’elle ne devienne une destination de ski, et qui explique la présence dans les archives locales de noms de patients venus de toute l’Europe chercher dans ces altitudes une guérison que les villes basses ne pouvaient pas leur offrir.
Département : Hautes-Alpes
Situation
44,5594° N · 6,0796° E
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