SECRET · HAUTES-ALPES
Le Genépi
Cette plante emblématique des Alpes utilisée dans une liqueur ancestrale.

Il y a des plantes qui sont des territoires à elles seules, qui portent dans leur odeur et dans leur goût tout un monde géographique, climatique et humain que l’on ne peut pas dissocier de l’altitude à laquelle elles poussent, du vent qui les a courbées, de la main qui les a cueillies. Le génépi est de celles-là. Cette petite armoisealpine, Artemisia genepi et ses espèces voisines, qui pousse entre 2 000 et 3 500 mètres sur les éboulis et les rochers calcaires ou siliceux des Alpes, est une plante discrète, presque chétive dans ses dimensions, dont les tiges laineuses et les fleurs jaune-verdâtre ne retiennent pas le regard depuis le sentier. Mais froissée entre les doigts, elle libère une odeur qui est à elle seule un résumé de la haute montagne — camphre, herbe sèche, pierre chauffée au soleil, quelque chose d’amer et de frais en même temps qui n’existe nulle part en dessous de 2 000 mètres et que le nez reconnaît immédiatement pour l’avoir cherché sans le savoir.
La liqueur de génépi est la transformation artisanale de cette plante en quelque chose de transportable, de partageable, de durable — une façon de mettre en bouteille l’altitude et de la redescendre dans les vallées. La recette traditionnelle est d’une simplicité qui n’interdit pas la complexité du résultat : les tiges fleuries cueillies au moment exact de la floraison — une fenêtre de quelques semaines en juillet et août selon l’altitude — sont macérées dans de l’alcool neutre avec du sucre, selon des proportions et des durées que chaque famille alpine garde comme un bien propre et transmet avec la discrétion de ceux qui savent que les meilleures recettes ne s’écrivent pas. Dans le Queyras, dans l’Oisans, dans les vallées du Briançonnais, quelques producteurs artisanaux perpétuent cette tradition avec des plantes cueillies à la main en haute altitude, une contrainte physique considérable qui limite les volumes et garantit la qualité, et qui explique pourquoi le génépi artisanal des Hautes-Alpes est une liqueur rare et chère comparée aux versions industrielles produites avec des plantes cultivées en plaine.
La cueillette du génépi sauvage est réglementée, les espèces sont protégées dans plusieurs massifs et les quantités autorisées sont limitées pour prévenir la surexploitation d’une plante dont la croissance à haute altitude est lente et dont les populations ne résistent pas à une pression de cueillette excessive. Cette protection légale a eu pour effet collatéral de développer une culture de la cueillette raisonnée et respectueuse chez les habitants des vallées alpines, une conscience écologique qui existait de fait chez les anciens, qui ne prenaient que ce dont ils avaient besoin, et qui a dû être réapprise par les générations suivantes sous la forme de réglementations que les montagnards de tradition trouvent souvent superflues mais que la pression touristique des dernières décennies a malheureusement rendues nécessaires.
Le saviez-vous ?
Le mot “génépi” est d’origine patoise alpine, il désigne en réalité non pas une espèce botanique unique mais un groupe d’armoises de haute altitude aux propriétés et aux arômes comparables, dont la classification scientifique a longtemps fait débat entre les botanistes. Artemisia genepi, Artemisia umbelliformis, Artemisia glacialis, ces espèces voisines sont souvent confondues par les cueilleurs non spécialistes et mélangées dans les macérations artisanales, ce qui contribue à la variabilité aromatique des liqueurs d’un producteur à l’autre et d’une vallée à l’autre. Certains distillateurs affirment que les mélanges d’espèces produisent des liqueurs plus complexes que les macérations mono-espèce, une thèse que les botanistes ne peuvent pas confirmer mais que les amateurs de génépi artisanal soutiennent avec la conviction tranquille de ceux dont le palais vaut autant que le microscope.
Département : Hautes-Alpes
Situation
44,5594° N · 6,0796° E
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