SECRET · ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE
DE FORCALQUIER
Une cité des 4 reines au patrimoine riche et méconnu.

Forcalquier est une ville qui a connu la grandeur et qui l’a digérée avec une élégance rare, sans s’y cramponner ni faire semblant de l’avoir oubliée. Capitale du comté de Forcalquier au XII᷈ siècle, rivale de Barcelone et de Toulouse pour le contrôle des routes commerciales entre l’Italie et la Provence, siège d’une cour brillante qui attira troubadours, juristes et théologiens dans une émulation intellectuelle que les chroniques de l’époque comparent sans rougir aux grandes cours d’amour de l’Occitanie, cette ville de moins de cinq mille habitants porte dans ses pierres et dans son plan urbain la trace d’une ambition médiévale que le temps a tempérée sans effacer. Les hôtels particuliers du XVI᷈ et du XVII᷈ siècle qui bordent les ruelles du centre historique, les fontaines dont la ville est généreusement pourvue, la cathédrale Notre-Dame-du-Bourguet avec ses chapelles latérales et son cloître partiellement conservé, tout cela parle d’une ville qui a su convertir sa prospérité d’antan en un patrimoine bâti dont elle n’a pas encore fini de prendre la mesure.
Le marché du lundi matin est l’événement hebdomadaire qui structure la vie sociale de Forcalquier depuis des siècles, et l’un des marchés provençaux les plus authentiques qui subsistent dans une région où beaucoup ont glissé vers le folklore touristique. Les producteurs locaux y tiennent leurs étals avec des légumes cultivés dans les jardins de la Durance, des fromages de chèvre affinés dans des caves qui sentent la pierre humide et le thym, du miel de lavande dans des pots sans étiquette officielle, des plants d’aromates que les jardiniers du plateau viennent choisir en tâtant les racines. Les herboristes et les marchands d’épices ajoutent à cette économie du frais une dimension olfactive qui commence à se faire sentir depuis l’extrémité de la place, une odeur de foin sec, de cumin et de lavande froissée qui est la signature olfactive de Forcalquier comme d’autres villes ont une signature sonore. Le Loulou de Forcalquier, une liqueur de plantes aromatiques de la région fabriquée selon une recette ancienne, est vendu en bouteille sur certains étals avec la désinvolture d’un produit qui n’a pas besoin de se justifier.
La citadelle, au sommet de la colline qui domine la ville, est aujourd’hui un jardin public dont les allées ombragées offrent une vue panoramique sur le plateau de Valensole au sud, les Préalpes au nord-est et la montagne de Lure à l’est, cette dernière, longue barrière calcaire boisée qui court d’est en ouest au-dessus de la ville, visible depuis presque partout dans le pays de Forcalquier et dont la silhouette a la familiarité des choses qui font partie du paysage depuis l’enfance. C’est de là, depuis cette citadelle transformée en jardin, que l’on comprend le mieux pourquoi les comtes de Forcalquier choisirent cet éperon pour y installer leur capitale : le regard porte dans toutes les directions sur un territoire immense et ouvert, et la conscience de dominer un tel espace confère encore aujourd’hui, plusieurs siècles après la disparition de la cour comtale, quelque chose qui ressemble à une satisfaction géographique.
Le saviez-vous ?
Au XII᷈ siècle, le comté de Forcalquier fut le théâtre d’un épisode dynastique qui eut des répercussions sur toute la politique européenne : Gersende de Sabran, comtesse de Forcalquier, négocia le mariage de ses quatre filles avec une habileté diplomatique que les historiens ont depuis longtemps célébrée. Les quatre filles — Marguerite, Éléonore, Sancie et Béatrice, épousèrent respectivement le roi de France Louis IX, le roi d’Angleterre Henri III, le roi des Romains Richard de Cornouailles et Charles d’Anjou futur roi de Sicile. Une mère provençale qui maria ses quatre filles à quatre rois ou futurs rois en l’espace de quelques années, un exploit diplomatique sans équivalent dans l’histoire médiévale européenne, accompli depuis une ville de montagne dont peu de voyageurs aujourd’hui sauraient situer le nom sur une carte.
Département : Alpes-de-Haute-Provence
Situation
44,0921° N · 6,2358° E
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