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DES PLATEAUX DE LAVANDE

Un spectacle de couleurs et de parfums, emblème de la Provence.

DES PLATEAUX DE LAVANDE
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Il faut avoir vu les plateaux de lavande en fleur au moins une fois dans sa vie pour comprendre pourquoi des photographes traversent des continents et des fuseaux horaires pour s’installer entre les rangs à l’aube avec un trépied et une patience de chasseur. Ce n’est pas seulement une question de couleur, bien que la couleur soit déjà, en elle-même, un argument suffisant : ce violet-bleu légèrement grisé qui vire au mauve dans l’ombre et au bleu cobalt dans la pleine lumière de midi, cette teinte qui n’existe nulle part ailleurs dans le paysage naturel européen à cette échelle et avec cette intensité. C’est aussi une question de lumière, d’odeur, de son, le bourdonnement continu des abeilles au travail qui couvre les plateaux comme une nappe sonore organique, l’odeur qui arrive avant les fleurs et qui reste après qu’on les a quittées, accrochée aux vêtements et à la mémoire avec la même obstination. Les plateaux de lavande des Alpes-de-Haute-Provence sont une expérience sensorielle totale, et ceux qui les ont traversés en juillet comprennent intuitivement pourquoi le mot “terroir” ne se traduit dans aucune autre langue.

Le plateau de Valensole est le plus étendu et le plus photographié, une immensité agricole de collines douces couverte de rangs parallèles qui convergent vers l’horizon avec la précision d’un dessin en perspective, ponctuée de fermes en pierre blonde et de silos métalliques dont la présence ne dérange pas mais rappelle que cette beauté est d’abord le résultat d’un travail. Les routes qui le traversent, petites routes départementales entre les exploitations, sans marquage central ni glissières de sécurité, permettent de s’arrêter n’importe où, de marcher entre les rangs, de sentir les fleurs en frottant les tiges entre les doigts et de comprendre physiquement pourquoi cette huile essentielle est l’une des plus précieuses de la parfumerie mondiale. Le plateau d’Albion, plus à l’est, est plus austère et plus venteux, un plateau d’altitude à plus de 1 000 mètres où la lavande fine pousse sur des sols pierreux calcaires avec la sobriété des plantes qui savent que la beauté s’obtient par la contrainte plutôt que par l’abondance. C’est ici que se concentrent les producteurs de lavande fine AOP, ceux dont les huiles essentielles alimentent les grandes maisons de parfumerie et dont les rendements à l’hectare sont quatre ou cinq fois inférieurs à ceux du lavandin de plaine, une différence que le nez perçoit immédiatement, même non exercé.

La saison de la lavande est courte et souveraine, trois à quatre semaines en juillet, selon l’altitude et les conditions climatiques de l’année, pendant lesquelles le département se transforme en quelque chose qui ressemble à une hallucination collective organisée. Les distilleries mobiles s’installent en bordure des champs au moment de la coupe, et la vapeur d’huile essentielle qui s’échappe des alambics en cuivre parfume l’air à des centaines de mètres à la ronde avec une intensité qui rend l’air presque visqueux. Les marchés se remplissent de sachets, d’huiles, de savons et de produits dérivés dont la qualité est très variable mais dont la présence dit quelque chose d’important sur le rapport que ce territoire entretient avec sa propre production, une fierté tranquille, sans chauvinisme, de gens qui savent qu’ils font pousser quelque chose que le reste du monde leur envie.

Le saviez-vous ?
La floraison de la lavande ne tombe pas chaque année au même moment, elle dépend de l’altitude, de la variété, de l’ensoleillement du printemps et des températures nocturnes de juin, avec des variations qui peuvent atteindre deux à trois semaines d’une année à l’autre. Cette imprévisibilité est la hantise des photographes et des touristes qui réservent leurs hébergements des mois à l’avance en espérant tomber dans la bonne fenêtre, et la providence des apiculteurs transhumants qui suivent la floraison du sud vers le nord avec leurs ruches chargées sur des camions, remontant les plateaux au rythme de l’altitude, les zones basses de la plaine de la Durance d’abord, puis Valensole, puis le plateau d’Albion, puis les alpages de montagne, dans une transhumance inversée qui suit le calendrier de la fleur plutôt que celui de l’herbe, et qui produit des miels dont la complexité aromatique reflète fidèlement ce voyage vertical à travers la Provence.

Département : Alpes-de-Haute-Provence

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