SECRET · ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE
MANOSQUE
La ville de Jean Giono, entre nature, culture et douceur de vivre.

Manosque est la plus grande ville du département, ce qui, dans les Alpes-de-Haute-Provence, signifie environ vingt-deux mille habitants et une urbanisation qui reste à taille humaine, avec un centre historique fermé dans ses portes médiévales comme un poing serré autour de ses ruelles et de ses places ombragées. La ville est posée sur une colline entre la Durance et la montagne de Lure, dans un site qui lui donne une présence dans le paysage sans l’isoler du reste du territoire, on arrive à Manosque depuis la plaine avec le sentiment de monter vers quelque chose qui a su rester debout, qui n’a pas été emporté par la modernité des zones commerciales périphériques qui l’encerclent avec la familiarité triste de toutes les périphéries françaises. Il faut passer cette ceinture ordinaire et entrer dans la vieille ville par l’une des deux portes médiévales, la porte Saunerie ou la porte Soubeyran, pour retrouver le Manosque qui mérite qu’on s’y attarde : un Manosque de pierre blonde et de platanes, de fontaines dans des cours que les passants traversent comme des raccourcis, de façades d’hôtels particuliers dont les balcons en fer forgé portent encore les initiales des familles qui les firent construire.
Jean Giono est la figure tutélaire de la ville, l’écrivain né ici en 1895, mort ici en 1970, qui n’a presque jamais quitté Manosque et qui a fait de ce territoire, la Haute-Provence, la Durance, la montagne de Lure, les collines thymées et les paysans qui les habitent, la matière première d’une œuvre romanesque d’une ampleur et d’une originalité qui n’a pas vieilli. La maison Lou Paraïs, où Giono vécut la plus grande partie de sa vie adulte et où il écrivit la majorité de ses romans, est aujourd’hui ouverte à la visite, une maison bourgeoise de la colline Saint-Pancrace dont les pièces ont conservé la bibliothèque, le bureau, les objets personnels de l’écrivain avec cette densité particulière des espaces de travail habités longtemps par une intelligence active. Le Centre Jean Giono, installé dans le centre historique, propose expositions permanentes et temporaires, archives sonores et audiovisuelles, et constitue le point de départ logique d’une exploration de la géographie littéraire gionienne, ces paysages réels que l’écrivain a transformés en territoires imaginaires si puissants qu’ils ont fini par modifier la façon dont ses lecteurs perçoivent la Provence réelle.
La ville a aussi une vie contemporaine qui mérite d’être mentionnée sans condescendance : les marchés du jeudi et du samedi matin sur le cours de la République, bordé de platanes dont les fûts ont l’épaisseur de plusieurs générations, rassemblent producteurs locaux et commerces ambulants dans une animation qui n’a rien de muséal. Les restaurants du centre historique proposent une cuisine qui s’appuie sur les produits du territoire — l’agneau de Sisteron, les légumes de la Durance, les fromages de chèvre du plateau, les vins de Pierrevert — avec une conscience du lieu qui doit quelque chose, peut-être, à l’exemple de Giono lui-même, qui n’a jamais cessé d’écrire que la beauté commençait par le pain qu’on mangeait et l’eau qu’on buvait, et que ces choses-là n’étaient pas séparables du pays qui les avait produites.
Le saviez-vous ?
Jean Giono fut arrêté et emprisonné deux fois au cours de sa vie pour des raisons politiques opposées : une première fois en 1939, pour pacifisme et objection de conscience, après avoir publié des textes antimilitaristes qui lui valurent d’être accusé de défaitisme à la veille de la guerre ; une seconde fois en 1944, à la Libération, pour collaboration présumée avec l’occupant, accusation liée notamment à la publication de ses textes dans des revues contrôlées par Vichy, même si aucune charge précise ne fut jamais retenue contre lui et qu’il fut libéré après cinq mois de détention sans jugement. Cette double disgrâce, symétrique et contradictoire, dit quelque chose de la complexité d’un homme qui refusait les engagements politiques collectifs au nom d’une vision du monde profondément individualiste et paysanne, et qui paya ce refus deux fois, par des camps opposés, avec la même prison.
Département : Alpes-de-Haute-Provence
Situation
44,0921° N · 6,2358° E
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