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a Faïence de Moustiers

Une faïence d'exception et une étoile suspendue entre ciel et roc.

a Faïence de Moustiers
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

La faïence de Moustiers n’est pas née dans ce village par hasard, elle est le résultat d’une rencontre entre un lieu, un homme et un secret. Le lieu : Moustiers, avec ses argiles locales, ses sources abondantes indispensables au travail de la terre cuite, et ses fours alimentés par le bois des forêts environnantes. L’homme : Pierre Clérissy, faïencier dont la famille était originaire de Faenza en Italie, la ville qui a donné son nom à la faïence, et qui s’installa à Moustiers à la fin du XVII᷈ siècle. Le secret : la formule de l’émail stannifère blanc opaque, ce revêtement de plomb et d’étain qui donne aux pièces leur fond blanc lumineux sur lequel les décors bleus ou polychromes s’inscrivent avec une précision et une tenue que les autres techniques d’émaillage de l’époque ne pouvaient pas atteindre. De la rencontre de ces trois éléments naquit, vers 1680, une manufacture dont les productions allaient circuler dans toute l’Europe et définir pendant plus d’un siècle les canons du goût céramique français.

Les décors de la grande période de Moustiers, de la fin du XVII᷈ à la fin du XVIII᷈ siècle, constituent un vocabulaire iconographique d’une richesse et d’une cohérence remarquables. Les premières pièces de Clérissy s’ornaient de décors bleus inspirés des gravures de Tempesta et de Callot, scènes de chasse, cavalcades, figures mythologiques tracées au pinceau avec une liberté et une assurance qui rappellent davantage le dessin que la céramique. Puis vinrent les grotesques de Bérain, ces entrelacs fantaisistes de figures humaines, d’animaux, de rinceaux végétaux et d’architecture fictive qui déferlèrent sur les assiettes et les plats de Moustiers comme une fête de l’imagination décorative. Puis les décors polychromes de la famille Olérys, qui introduisit les émaux de couleur, le jaune, le vert, le rouge de manganèse, dans des compositions florales et figuratives d’une gaieté méridionale qui contraste avec la rigueur des premiers décors bleus. Chaque manufacture, chaque famille, chaque période a sa signature stylistique, et les collectionneurs avertis reconnaissent à la forme du trait, à la composition des émaux et au style du décor l’atelier et parfois le peintre qui ont produit une pièce deux ou trois siècles plus tôt.

La renaissance du XX᷈ siècle, initiée dans les années 1920 par Marcel Provence, écrivain et amoureux des arts populaires qui cherchait à relancer les traditions artisanales provençales, a permis à Moustiers de renouer avec sa vocation céramique après un siècle d’abandon. Les ateliers actuels travaillent pour la plupart en s’inspirant des décors historiques tout en y apportant des variations personnelles, certains faïenciers proposent des pièces entièrement contemporaines dans les formes et les décors, d’autres reproduisent fidèlement les modèles du XVIII᷈ siècle pour des collectionneurs ou des commandes de restauration. Ce dialogue entre tradition et création, entre la main qui répète et celle qui invente, est ce qui maintient la faïence de Moustiers vivante plutôt que figée dans la reconstitution, un artisanat d’art qui continue d’évoluer tout en sachant d’où il vient.

Le saviez-vous ?
La marque distinctive des faïences de Moustiers, le signe apposé sous les pièces pour en identifier le fabricant, est l’un des systèmes de marquage les plus complexes et les plus étudiés de la céramique française. Chaque manufacture et chaque maître faïencier avait sa marque propre, souvent combinant initiales, symboles et numéros dans des combinaisons dont le déchiffrage a occupé des générations d’historiens de l’art et de conservateurs de musées. Certaines marques restent à ce jour non attribuées avec certitude, et les archives des manufactures du XVIII᷈ siècle, partiellement détruites ou dispersées, ne permettent pas toujours de trancher les questions d’attribution que posent les pièces de grande qualité qui apparaissent dans les ventes aux enchères. Cette opacité partielle est aussi ce qui maintient vivant l’intérêt des collectionneurs : dans la faïence de Moustiers, l’identification d’une pièce est parfois elle-même une enquête.

Département : Alpes-de-Haute-Provence

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