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les marais salants

Sur l'ile de Ré, l'or blanc sui façonne les paysages et les traditions

les marais salants
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Il y a des paysages qui ne ressemblent à rien d’autre et que l’on reconnaît pourtant immédiatement la première fois qu’on les voit, comme si quelque chose dans la mémoire collective les avait enregistrés avant même que l’expérience personnelle ne les rencontre. Les marais salants de la Charente-Maritime sont de ceux-là : cette géométrie de bassins rectangulaires séparés par des levées de terre, ces miroirs d’eau qui reflètent le ciel en le découpant en fragments, ces teintes changeantes de l’eau selon la concentration en sel et en micro-organismes, du vert pâle au rose saumon, du gris ardoise au blanc éblouissant des tables de cristallisation, tout cela compose un paysage qui appartient à une catégorie esthétique rare : le beau fonctionnel, la beauté qui n’a pas été cherchée pour elle-même mais qui est venue se poser sur une organisation technique parfaitement ajustée à sa fonction.

Le paludier est l’artisan de ce paysage, celui qui en entretient les levées, règle les vannes, surveille les niveaux d’eau, lit le ciel et le vent avec la compétence d’un marin qui n’a jamais quitté la terre. Son travail commence au printemps quand les bassins sont remis en eau après l’hiver, se poursuit tout l’été dans une vigilance quotidienne qui ne s’interrompt que par le mauvais temps, et culmine en juillet et août dans les semaines de récolte où les conditions sont réunies, vent d’est, soleil, absence de pluie, pour que le sel cristallise en surface et puisse être récolté à la main avec le las, ce râteau plat et léger dont le geste est l’un des plus beaux à observer dans l’artisanat alimentaire français. La fleur de sel se ramasse le matin, avant que le vent ne la fasse couler, dans un silence troublé seulement par le crissement du sel sur l’outil et les appels des avocettes qui nichent dans les levées, un silence de travail ancien qui n’a pas changé depuis les premières salines médiévales.

Les marais salants de l’île de Ré et de la presqu’île d’Arvert produisent deux types de sel dont la différence n’est pas seulement commerciale mais gustative et texturale : la fleur de sel, cette fine pellicule de cristaux qui se forme à la surface de l’eau par évaporation et dont la légèreté et la blancheur en font le condiment des finitions et des assaisonnements de table ; et le gros sel, récolté au fond des bassins après que l’eau s’est évaporée, aux cristaux compacts et au goût plus prononcé qui convient aux cuissons et aux saumurage. Entre ces deux extrêmes, le sel gris de Ré, ni fleur ni gros sel, mais ce sel de milieu de cristallisation qui a pris la couleur de l’argile des bassins sans perdre sa complexité minérale, est peut-être le plus polyvalent et le plus représentatif de ce que le terroir marin charentais peut donner quand on le laisse travailler à son rythme.

Le saviez-vous ?
Les marais salants de la Charente-Maritime ont failli disparaître définitivement dans les années 1970 et 1980, quand la production de sel industriel par évaporation sous vide rendit les salines côtières économiquement non viables et que des centaines de paludiers abandonnèrent leurs marais à la friche. C’est la valorisation commerciale de la fleur de sel et du sel gris artisanal, portée par des chefs cuisiniers qui commencèrent à distinguer publiquement les sels entre eux dans leurs recettes et leurs menus, qui permit à partir des années 1990 une renaissance de la saliculture traditionnelle, avec une nouvelle génération de paludiers souvent venus d’autres horizons professionnels et attirés par un métier qui avait retrouvé une dignité économique et culturelle que l’industrialisation avait failli lui ôter définitivement. Ce sauvetage par le goût est l’une des histoires les plus réjouissantes de la gastronomie française contemporaine.

Département : Charente-Maritime

Situation

46,1603° N · 1,1511° O

Dans les villages de la Charente-Maritime