SECRET · CHARENTE-MARITIME

le PHARE CORDOUAN

le PHARE CORDOUAN
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Il y a des monuments que l’on comprend mieux depuis la mer que depuis la terre, et le phare de Cordouan est de ceux-là, parce que c’est depuis la mer qu’il a toujours eu un sens, depuis la mer qu’il a été construit pour être vu, et depuis la mer que sa silhouette surmontée de sa lanterne dorée prend la proportion exacte qu’elle mérite dans le paysage de l’estuaire de la Gironde. Vu depuis le continent par temps clair, il n’est qu’un trait vertical à l’horizon, une indication lointaine qu’il y a quelque chose là-bas entre l’embouchure du fleuve et l’Atlantique. Vu depuis un bateau qui s’en approche, il devient ce qu’il est vraiment, un palais de pierre posé sur un banc de sable au milieu des eaux, avec ses soubassements de calcaire battus par les vagues, ses étages décorés de pilastres et d’arcatures, sa chapelle intérieure ornée de stucs et de marbres qui n’appartiennent pas à l’idée que l’on se fait d’un phare de travail, et tout en haut sa lanterne qui tourne depuis des siècles avec la régularité d’une mécanique qui a décidé de ne jamais s’arrêter.

Cordouan est le plus ancien phare encore en activité de France, et l’un des plus anciens du monde. Une tour de signal existait sur ce plateau rocheux depuis le Moyen Âge, allumée par des moines qui se relayaient pour entretenir le feu. Mais le phare actuel fut conçu à la fin du XVIe siècle par l’ingénieur Louis de Foix, qui reçut commande d’Henri III d’un édifice digne d’un roi, non pas une simple tour de pierre mais un monument architectural qui affirmerait la puissance et le goût de la monarchie française à l’entrée de l’un de ses ports les plus importants. De Foix dessina un édifice à nul autre pareil : au rez-de-chaussée, des appartements royaux destinés à accueillir le roi lors de ses passages, une fantaisie architecturale que la réalité de la navigation au XVIe siècle rendait peu probable, mais qui dit quelque chose sur l’ambition monumentale du projet ; au deuxième niveau, une chapelle royale à coupole dont les proportions et le décor auraient convenu à une église de ville ; et au-dessus, les étages techniques du phare proprement dit, avec leur mécanisme de rotation et leur lentille de Fresnel ajoutée au XIXe siècle. Le résultat est l’un des monuments les plus insolites de France, un phare qui est aussi un château, une chapelle et un musée, perché sur son rocher entre fleuve et océan.

L’inscription de Cordouan au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021, sous la désignation « Le Phare de Cordouan, œuvre d’art et monument historique de la mer », consacra une reconnaissance internationale que les marins et les historiens de l’architecture lui accordaient depuis longtemps. Cette reconnaissance ne changea pas le phare lui-même, qui continue d’émettre son signal chaque nuit à l’entrée de la Gironde avec le même flegme séculaire, mais elle changea le regard que le grand public porte sur lui, d’un phare parmi d’autres à un monument unique dont la visite, accessible uniquement par bateau et soumise aux caprices des marées et du temps, a quelque chose d’une pèlerinage maritime que peu d’autres monuments de France peuvent revendiquer.

Le saviez-vous ?
La chapelle Notre-Dame-de-Cordouan, au cœur du phare, fut pendant des siècles un lieu de dévotion pour les marins qui empruntaient l’estuaire de la Gironde, et des messes y furent célébrées régulièrement jusqu’au XIXe siècle, une pratique qui rappelle que les phares médiévaux étaient souvent confiés à des communautés religieuses dont la prière et l’entretien du feu constituaient les deux faces d’un même acte de protection des navigateurs. Le gardien du phare de Cordouan, qui résidait dans l’édifice jusqu’à l’automatisation du signal en 2013, fut ainsi le dernier gardien de phare de France à vivre sur son phare, une fin d’une longue tradition maritime qui s’acheva discrètement, sans cérémonie particulière, comme s’éteignent les derniers représentants d’une espèce qui a accompli son œuvre et n’a plus besoin de se perpétuer.

Département : Charente-Maritime

Situation

46,1603° N · 1,1511° O

Dans les villages de la Charente-Maritime