EXPÉRIENCE · SAINT-PIERRE (MARTINIQUE)

Admirer la baie des Saintes depuis le fort Napoléon

Découvrir l'un des plus beaux panoramas des Caraïbes depuis cette forteresse du XIXe siècle, qui abrite également un musée historique et un jardin de plantes succulentes.

Admirer la baie des Saintes depuis le fort Napoléon
Photo : Patrice78500 — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 3.0. commons.wikimedia.org

Le récit

Il y a des panoramas qui justifient à eux seuls un voyage, et la vue depuis le fort Napoléon sur la baie des Saintes est de ceux-là. Du haut des remparts de cette forteresse construite au début du XIX᷈ siècle sur les hauteurs de Terre-de-Haut, le regard embrasse d’un seul tenant l’un des plus beaux plans d’eau des Caraïbes : la baie fermée par les îlets épars — l’îlet à Cabrit, le Grand Îlet, les Roches percées — dont les silhouettes sombres semblent flotter entre deux bleus, l’eau turquoise du lagon intérieur qui vire au bleu profond vers le large, les toits de tuile rouge du bourg de Terre-de-Haut qui descendent en cascade vers le quai, et tout autour l’horizon de mer ouvert sur la Dominique au sud et sur la Guadeloupe continentale au nord. Le navigateur Bougainville, qui avait parcouru les océans du monde, aurait dit de la baie des Saintes qu’elle était l’une des trois plus belles baies du monde avec Rio de Janeiro et la baie d’Along, et depuis les remparts du fort Napoléon, on comprend pourquoi cette affirmation, qu’aucun document n’atteste formellement mais que tous les habitants des Saintes répètent avec la fierté tranquille de ceux qui savent qu’ils ont raison, n’a pas besoin de preuve pour être vraie.
Le fort lui-même mérite l’attention qu’on lui accorde rarement, pressé que l’on est d’atteindre la terrasse panoramique. Construit sous le Consulat et complété sous l’Empire pour défendre l’archipel des Saintes après le traumatisme de la bataille qui s’y déroula en 1782, il abrite aujourd’hui un musée consacré à l’histoire militaire des Antilles et un remarquable jardin de cactus et de plantes xérophytes qui couvre ses glacis, une collection botanique inattendue dans un espace conçu pour la guerre, et qui dit quelque chose de la douceur particulière avec laquelle le temps finit toujours par apprivoiser les lieux que les hommes avaient construits pour la violence.

Le saviez-vous ?
La bataille des Saintes, livrée du 9 au 12 avril 1782 dans les eaux de l’archipel entre la flotte britannique de l’amiral Rodney et la flotte française de l’amiral de Grasse, est l’une des batailles navales les plus importantes du XVIII᷈ siècle et l’une des rares défaites majeures de la marine française dans les Caraïbes. Rodney y utilisa pour la première fois la tactique dite de “couper la ligne”, traverser perpendiculairement la ligne de bataille adverse pour diviser la flotte ennemie en deux tronçons désorganisés et les attaquer séparément, qui devait devenir la tactique navale dominante des deux décennies suivantes et que Nelson perfectionna à Trafalgar en 1805. L’amiral de Grasse fut capturé avec son vaisseau amiral La Ville de Paris, le plus grand navire de guerre de l’époque, et la victoire britannique consolida leur domination sur les Caraïbes pour les années qui suivirent, même si le traité de Paris de 1783 rendit à la France la plupart de ses possessions antillaises.

Commune : Saint-Pierre (Martinique)

Situation

14,7431° N · 61,1751° O