EXPÉRIENCE · LES BAUX-DE-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE)

chapelle castrale

Un joyau roman des Baux

chapelle castrale
Photo : Illustration— Générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI) —2026

Le récit

Il y a dans la citadelle des Baux-de-Provence un édifice qui résiste à l’effacement avec une opiniâtreté que les siècles n’ont pas entamée — la chapelle castrale Saint-Blaise, nichée contre le rocher au bord du plateau, est l’un des rares bâtiments médiévaux du site à avoir conservé suffisamment de substance pour être encore reconnu comme ce qu’il fut, un espace de prière et de recueillement au cœur d’une forteresse dont la vocation première était tout autre. Cette chapelle du XIIe siècle, dont les murs de calcaire appareillé avec soin témoignent de la qualité des tailleurs de pierre que les seigneurs des Baux employaient pour leurs constructions religieuses, est aujourd’hui le cadre d’une expérience culturelle inattendue et bouleversante — une projection en son et lumière des œuvres de Van Gogh et de Gauguin sur ses murs intérieurs, dans ce que les Carrières de Lumières voisines ont étendu à cet espace avec une intelligence de la mise en scène qui tire parti de la rudesse médiévale des pierres pour créer un dialogue entre l’architecture romane et la peinture postimpressionniste d’une intensité que les espaces neutres des salles d’exposition ordinaires ne peuvent pas produire. Mais la chapelle mérite aussi d’être visitée dans le silence et la lumière naturelle, ses proportions ramassées, ses fenêtres étroites qui découpent le ciel de Provence en rectangles de lumière blanche, et l’usure douce de ses dalles de sol polies par des siècles de pas de pèlerins et de seigneurs sont des présences suffisantes pour qui sait s’arrêter et laisser le lieu parler.

La chapelle castrale des Baux s’inscrit dans une tradition provençale des chapelles de hauteur, ces petits édifices romans construits sur les points culminants des collines calcaires de la région, à la fois lieux de culte pour les populations des villages perchés et repères visuels dans le paysage des Alpilles dont la silhouette sobre se détache sur le ciel avec une clarté et une économie de moyens qui sont la marque propre de l’architecture romane provençale. La Provence compte plusieurs centaines de ces chapelles de hauteur dont beaucoup sont aujourd’hui abandonnées ou accessibles seulement par des sentiers peu fréquentés, des édifices que les guides touristiques mentionnent à peine mais qui constituent ensemble un patrimoine roman d’une cohérence et d’une beauté diffuse qui imprègnent le paysage provençal d’une dimension spirituelle dont les randonneurs et les amateurs d’architecture médiévale perçoivent la présence avec une émotion que la célébrité des grands monuments ne produit pas toujours avec la même pureté. La chapelle Saint-Blaise des Baux est l’une des mieux conservées et des plus accessibles de ce réseau de chapelles romanes des Alpilles, un point de départ possible pour une découverte plus large du roman provençal dans ses expressions les plus intimes et les plus dépouillées.

Les Carrières de Lumières, installées dans les anciennes carrières de bauxite creusées dans les falaises calcaires au pied de la citadelle, sont indissociables aujourd’hui de l’expérience des Baux, ces cathédrales souterraines de pierre blanche aux volumes spectaculaires accueillent depuis 1977 des spectacles de projection immersive dont les éditions successives ont consacré le lieu comme l’une des expériences culturelles les plus originales et les plus visitées du sud de la France. La chapelle castrale et les Carrières de Lumières sont deux expressions complémentaires d’un même rapport entre l’espace et l’image, dans la chapelle, l’image projetée sur les pierres médiévales crée un dialogue entre deux siècles de création humaine ; dans les Carrières, l’image envahit un espace minéral brut et transforme la visite en immersion totale où les frontières entre le spectateur et l’œuvre s’effacent dans la lumière et la musique. Les Baux-de-Provence ont ainsi réussi le tour de force de faire coexister sur quelques hectares de calcaire blanc l’archéologie médiévale la plus rigoureuse et l’innovation culturelle la plus contemporaine, une coexistence qui dit quelque chose d’essentiel sur la capacité des grands sites patrimoniaux à se réinventer sans trahir ce qui les a rendus précieux.

À vivre

Vivre dans l’orbite des Baux-de-Provence et revenir à la chapelle castrale en dehors des heures de grande affluence, tôt le matin en été, en semaine au printemps ou en automne, c’est faire l’expérience d’un lieu qui n’appartient plus au tourisme mais à la contemplation, un espace où le silence des pierres romanes, la lumière rasante sur les murs calcaires et la vue sur la vallée des Baux qui s’étend depuis le seuil de la chapelle vers les oliviers et les rochers des Alpilles composent un moment de présence au monde d’une qualité et d’une plénitude rares. Les habitants des villages des Alpilles, Maussane-les-Alpilles, Paradou, Fontvieille, Saint-Rémy-de-Provence, entretiennent avec les Baux et leur chapelle ce rapport de proximité familière et de fierté tranquille des gens qui vivent dans les beaux paysages depuis assez longtemps pour en connaître les heures et les lumières que le tourisme de passage ne voit jamais.

Le saviez-vous ?

La chapelle castrale Saint-Blaise des Baux est dédiée à un saint dont le culte est particulièrement vivace en Provence, Blaise de Sébaste, évêque martyr du IVe siècle dont la légende dit qu’il guérissait les maladies de gorge en bénissant deux cierges croisés sous le menton des malades, est le patron des cardeurs de laine et des médecins dans la tradition catholique provençale. Son culte dans une chapelle castrale des Baux n’est pas anodin, les seigneurs des Baux, grands propriétaires de troupeaux de moutons dans les plaines de la Crau voisine, avaient toutes les raisons de se placer sous la protection d’un saint dont l’intercession était particulièrement sollicitée pour la santé des hommes et des bêtes dans une économie pastorale où la transhumance annuelle entre les Alpilles et les alpages des Alpes constituait le fondement de la richesse seigneuriale autant que de la survie des familles paysannes.

Commune : Les Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône)

Situation

43,7439° N · 4,7953° E