EXPÉRIENCE · LES BAUX-DE-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE)

Remparts

Des fortifications impressionnantes

Remparts

Le récit

Il y a des ruines qui s’excusent d’être ce qu’elles sont, des moignons de murs, des fondations à peine lisibles, des pierres dispersées que les panneaux explicatifs s’efforcent de rendre éloquentes à force de reconstitutions graphiques et de plans annotés. Et puis il y a les ruines des Baux-de-Provence, des remparts, des tours, des donjons et des corps de logis éventrés qui se dressent sur leur éperon de calcaire blanc avec une autorité et une présence qui n’ont pas besoin d’explication parce qu’elles parlent directement, physiquement, à quiconque s’approche d’elles par les sentiers qui montent depuis le village. Ces ruines-là ne demandent pas à être imaginées, elles s’imposent. La masse des pierres taillées, la hauteur des murs subsistants, la profondeur des fossés creusés dans la roche vive, la logique militaire évidente des tours de flanquement et des courtines qui courent le long de la crête, tout cela est là, tangible et impressionnant, et dit sans ambiguïté que ce qui se dressait ici n’était pas une forteresse ordinaire mais le siège d’une puissance qui a dominé une bonne partie de la Provence pendant plusieurs siècles avec une violence et un éclat dont l’histoire a gardé la mémoire bien au-delà des limites de la région.

La seigneurie des Baux fut l’une des grandes puissances féodales de la Provence médiévale, les seigneurs des Baux, qui prétendaient descendre du roi mage Balthazar et portaient l’étoile à seize rais dans leurs armes avec la superbe des lignages qui se croient d’origine divine, régnèrent pendant plusieurs siècles sur soixante-dix-neuf villes et villages de Provence depuis leur citadelle imprenable avec une brutalité et une magnificence également démesurées. La cour des Baux fut au XIIe et XIIIe siècles l’une des cours de troubadours les plus brillantes du Midi, les seigneurs des Baux accueillaient et protégeaient les poètes de langue d’oc avec la générosité des mécènes qui savent que la culture est une forme de pouvoir autant qu’un plaisir, et certains d’entre eux composaient eux-mêmes des vers dont quelques-uns ont survécu jusqu’à nous. Cette coexistence entre la guerre et la poésie, entre la violence des chevauchées et la délicatesse du sirventès, entre les remparts hérissés d’engins de siège et les jardins où l’on récitait des tensons et des pastourelles, c’est le paradoxe fascinant des Baux médiévaux, un lieu où la civilisation occitane atteignit simultanément son sommet artistique et sa capacité de destruction maximale. Les remparts que l’on parcourt aujourd’hui sont les témoins muets de cette ambivalence, pierres de guerre et pierres de cour, taillées pour durer et habitées par une culture qui a disparu en même temps qu’elles tombaient.

La citadelle des Baux se visite en plein air, sur le plateau calcaire que le vent de la Crau balaie en toutes saisons avec une régularité et une force qui font partie intégrante de l’expérience du lieu, ce vent qui couche les herbes entre les pierres et fait claquer les oriflammes reconstitués des tours restaurées est le même vent que subissaient les assiégés et les assiégeants des grandes guerres médiévales, et sa présence physique et sonore contribue à rendre l’expérience des ruines plus immédiate et plus incarnée que dans les citadelles protégées par leurs toits et leurs vitrages. Les engins de guerre médiévaux reconstitués, trébuchet, catapulte, bélier, qui sont installés sur le plateau offrent aux visiteurs et particulièrement aux familles une dimension pédagogique et spectaculaire qui n’épuise pas la richesse du site mais en facilite l’approche pour les plus jeunes, et les démonstrations organisées en saison permettent de comprendre concrètement la mécanique de la guerre médiévale avec une efficacité que nulle description écrite ne peut atteindre.

À vivre

Vivre aux Baux-de-Provence ou dans l’un des villages des Alpilles voisins, c’est habiter l’un des paysages les plus beaux et les plus caractérisés de Provence, ces collines calcaires blanches striées d’oliviers et de genévriers, ces vallées creusées dans la roche où les mas de pierre sèche s’intègrent au paysage avec une naturelle évidence, cette lumière particulière des Alpilles qui blanchit les pierres à midi et les dore au crépuscule avec une générosité que les peintres de la région ont célébrée depuis que Van Gogh s’y installa à Saint-Rémy-de-Provence en 1889. Le village des Baux lui-même, perché entre la citadelle en ruine et le vide de la vallée, est un bourg habité d’une trentaine de résidents permanents dont la vie quotidienne se déroule dans un décor médiéval d’une cohérence et d’une beauté qui n’ont pas d’équivalent en Provence, des maisons de calcaire blanc aux volets délavés, des ruelles dallées que le flux touristique de la saison estivale envahit et déserte alternativement, des terrasses de restaurants qui dominent la vallée des Baux avec une vue que les seigneurs du Moyen Âge avaient choisie pour sa valeur stratégique et que les habitants contemporains apprécient pour sa valeur esthétique, une continuité du regard sur le paysage qui traverse les siècles sans jamais s’épuiser.

Le saviez-vous ?

Le mot « bauxite », ce minerai d’aluminium dont la France fut autrefois l’un des premiers producteurs mondiaux, tire son nom directement des Baux-de-Provence, où le géologue Pierre Berthier identifia et décrivit en 1821 pour la première fois ce minerai rougeâtre extrait des carrières des environs du village. La dénomination « bauxite », proposée en hommage au lieu de sa découverte, fut adoptée par la communauté scientifique internationale et s’est depuis lors répandue dans toutes les langues du monde, un exemple rare où un village provençal de quelques dizaines d’habitants a donné son nom à une ressource minière d’une importance économique mondiale, contribuant ainsi à la géologie et à l’industrie de l’aluminium avec une discrétion inversement proportionnelle à la portée de cette dénomination dans l’histoire des matériaux du XXe siècle.

Commune : Les Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône)

Situation

43,7439° N · 4,7953° E