EXPÉRIENCE · SOMME

PATRIMOINE ET HISTOIRE

Cathédrale Notre-Dame d’Amien, abbayes, sites de la grande Guerre, champs de mémoire

PATRIMOINE ET HISTOIRE
Photo : Aurore73 — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Le récit

La Somme porte son histoire comme une blessure qui ne se referme pas tout à fait, une histoire si dense, si violente et si récente à l’échelle des civilisations que le paysage lui-même en garde les traces sous la végétation des plaines agricoles et dans la géographie des villages reconstruits. Nulle part ailleurs en France la mémoire de la Grande Guerre n’est aussi présente, aussi physiquement inscrite dans le territoire, les cimetières militaires qui ponctuent les champs de la vallée de l’Ancre et du plateau de la Somme, les mémoriaux érigés par des nations de tous les continents pour leurs fils tombés ici, les carrières souterraines et les réseaux de tranchées que les forêts ont progressivement recouvertes sans jamais complètement effacer, constituent ensemble un paysage mémoriel d’une ampleur et d’une gravité qui transforme toute traversée du département en un voyage au cœur d’une catastrophe historique que le temps n’a pas rendu moins incompréhensible. La bataille de la Somme de 1916, cent quarante jours de combats, plus d’un million de morts et de blessés des deux côtés, une avance alliée maximale de douze kilomètres, reste l’une des batailles les plus meurtrières de l’histoire de l’humanité, et la Somme en est le territoire-mémoire irréductible.

Amiens est la ville patrimoine du département, et l’une des grandes villes gothiques de France, dont la cathédrale Notre-Dame constitue le monument religieux médiéval le plus ambitieux que le nord de la France ait produit. Commencée en 1220 sur les plans de Robert de Luzarches, achevée dans sa structure principale en moins de soixante-dix ans grâce à la richesse de la ville drapière médiévale, elle est la plus grande cathédrale gothique de France en volume intérieur, quarante-sept mètres de hauteur sous voûte, une nef d’une ampleur qui laisse sans voix les visiteurs qui entrent pour la première fois et qui comprennent physiquement ce que les bâtisseurs du XIIIe siècle avaient voulu produire comme effet sur les fidèles : l’écrasement sublime de la petitesse humaine face à la grandeur divine, traduit en pierres, en lumière et en vide vertigineux. La polychromie des portails occidentaux, restituée le soir lors des spectacles sons et lumières qui projettent sur la façade les couleurs vives dont les sculptures médiévales étaient peintes à l’origine, donne à ces visages de pierre une vie et une expressivité que les siècles avaient effacées, une restitution qui stupéfie les historiens de l’art autant qu’elle émotionne les visiteurs profanes.

Le circuit du Souvenir, qui relie les hauts lieux de mémoire de la Somme entre Albert, Thiepval, Pozières, Beaumont-Hamel et Villers-Bretonneux, est un itinéraire mémoriel d’une intensité que peu de circuits touristiques au monde peuvent égaler, non pas parce qu’il est spectaculaire mais parce qu’il est juste, dans la manière dont il donne à mesurer l’échelle humaine d’une catastrophe qui dépasse l’entendement. Le mémorial de Thiepval, conçu par Edwin Lutyens et inauguré en 1932, porte gravés sur ses piliers de brique les noms de soixante-douze mille soldats britanniques et sud-africains dont les corps ne furent jamais retrouvés — soixante-douze mille noms sur une structure architecturale d’une austérité et d’une puissance émotionnelle rares, qui dit sans métaphore ce que fut cette guerre dans sa réalité comptable. Le mémorial de Villers-Bretonneux, lieu de la dernière grande offensive allemande en 1918 et du dégagement du village par les troupes australiennes, abrite un musée franco-australien qui témoigne des liens indéfectibles tissés entre la France et l’Australie dans les plaines de la Somme, des liens que les Australiens entretiennent avec une fidélité qui pousse chaque année des milliers d’entre eux à traverser la planète pour se recueillir sur la terre où leurs aïeux sont tombés.

Le saviez-vous ?
La cathédrale d’Amiens possède dans son chœur une curiosité liturgique et artistique unique en France, les stalles de bois sculpté du XVIe siècle, qui constituent l’ensemble de menuiserie gothique le plus important de France avec plus de trois mille cinq cents figurines sculptées dans le chêne sur une longueur de cent dix stalles. Ces sculptures, réalisées entre 1508 et 1519 par des artisans picards dont les noms sont pour la plupart oubliés, représentent des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament mêlées de scènes de la vie quotidienne médiévale, marchands, musiciens, acrobates, animaux fantastiques, avec une liberté d’invention et une qualité d’exécution qui en font l’un des ensembles de sculpture sur bois les plus précieux de l’art gothique tardif européen, injustement méconnu en dehors des spécialistes et des pèlerins qui prennent la peine de s’agenouiller pour regarder sous les miséricordes.

Département : Somme

Situation

49,8941° N · 2,2958° E