EXPÉRIENCE · SOMME

SAVOIR-FAIRE

Artisanat, verrerie, tissage, produits locaux, métiers d'art

SAVOIR-FAIRE
Photo : Illustration générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)- 2026.

Le récit

La Somme fabrique depuis des siècles avec une discrétion qui ne correspond pas à la qualité de ce qu’elle produit, un paradoxe picard que l’on retrouve dans d’autres aspects du caractère local, cette tendance à l’excellence tranquille qui ne cherche pas la reconnaissance mais la mérite souvent. Le velours d’Amiens, la verrerie d’Eu, la tulipe de Haute-Picardie, les confiseries d’Abbeville, autant de productions qui ont eu leur heure de gloire nationale ou internationale avant que les transformations économiques du XXe siècle ne les réduisent parfois à des survivances artisanales ou ne les fassent tout simplement disparaître. Ce qui reste de ce tissu productif ancien est précieux précisément parce qu’il a résisté, non par inertie mais par conviction, par l’obstination de quelques artisans et producteurs qui ont choisi de perpétuer un geste, une technique ou une culture végétale plutôt que de se reconvertir vers des productions plus rentables mais moins singulières.

Le velours d’Amiens fut pendant deux siècles l’un des tissus les plus réputés d’Europe, une étoffe à poil ras de coton et de soie que les manufactures amiénoises produisaient en quantités considérables depuis le XVIIe siècle pour habiller les intérieurs bourgeois, les sièges des diligences et les vêtements de travail des mineurs et des paysans du Nord. Les métiers à tisser qui cliquetaient dans les faubourgs d’Amiens employaient des milliers de tisserands à domicile et dans des ateliers collectifs dont Jules Verne, né à Nantes mais Amiénois d’adoption et conseiller municipal de la ville pendant vingt ans, connaissait bien l’existence et les conditions de travail. Cette industrie textile s’est progressivement effondrée au XXe siècle sous la concurrence des textiles synthétiques et de la production asiatique, mais elle a laissé dans la ville et dans le département une culture du textile et du fil qui nourrit encore aujourd’hui des créateurs de mode et des artisans du tissu que la tradition locale inspire davantage que les tendances des capitales de la mode. La tulipe de Picardie est un savoir-faire horticole d’une originalité remarquable, la Somme est l’un des principaux producteurs français de tulipes à couper, cultivées dans les plaines du Vimeu et du Ponthieu selon des techniques héritées de la tradition hollandaise mais adaptées aux conditions climatiques picardes, avec des variétés sélectionnées pour leur robustesse face aux vents d’ouest et leur aptitude à fleurir tôt dans la saison.

La brasserie artisanale connaît dans la Somme la même renaissance remarquable qu’ailleurs dans le nord de la France — des microbrasseries ont ouvert depuis les années 2000 dans les fermes, les centres-villes et les anciens entrepôts industriels, proposant des bières de garde, des bières de saison et des spécialités brassées avec les houblons et les orges cultivés dans les plaines agricoles du département. Ces brasseurs artisanaux travaillent souvent en lien direct avec des agriculteurs locaux qui leur fournissent les matières premières selon des cahiers des charges précis — une intégration verticale de la filière qui réduit les intermédiaires et garantit la traçabilité d’un produit dont la qualité dépend directement de celle des ingrédients. La confiserie picarde est un savoir-faire plus confidentiel mais tout aussi attachant, les bêtises de Cambrai, dont l’appellation traverse la frontière départementale depuis le Nord voisin, côtoient dans les confiseries d’Amiens et d’Abbeville des spécialités locales à base de chicorée, de miel de buckwheat et de fruits de la plaine picarde que les confiseurs artisanaux perpétuent avec une fidélité aux recettes anciennes qui résiste aux tentations de la modernisation à tout prix.

Le saviez-vous ?
Jules Verne, qui vécut à Amiens de 1871 jusqu’à sa mort en 1905 et y écrivit la majeure partie de son œuvre, fut un conseiller municipal actif et un citoyen engagé dans la vie locale amiénoise, il présida le Cirque municipal, s’impliqua dans les sociétés savantes et les associations littéraires de la ville, et connaissait intimement le tissu industriel et artisanal du département, dont les manufactures textiles, les chantiers navals de la Somme et les innovations technologiques inspirèrent certains des décors de ses romans. La maison Jules Verne d’Amiens, installée dans la demeure que l’écrivain habita de 1882 à 1900, est l’un des musées littéraires les plus bien conçus de France, un lieu où l’on comprend comment un homme ancré dans la réalité industrielle et sociale de la Picardie de la fin du XIXe siècle put imaginer les voyages extraordinaires que la technique de son époque rendait à la fois rêvables et presque possibles.

Département : Somme

Situation

49,8941° N · 2,2958° E