EXPÉRIENCE · ALPES-DE-HAUTE-PROVENCE

SAVOIR-FAIRE

Artisans, potiers, producteurs locaux, savoir-faire provençaux

SAVOIR-FAIRE
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)

Le récit

Il existe dans les Alpes-de-Haute-Provence une tradition du faire à la main qui n’est pas une reconstitution muséale ni une performance touristique, c’est une continuité, une transmission de gestes et de savoirs qui s’est maintenue dans ce département moins par nostalgie que par nécessité, parce que l’éloignement des centres industriels et la rigueur du territoire ont longtemps imposé une autosuffisance artisanale que certaines familles n’ont jamais vraiment abandonnée. Les ateliers que l’on découvre ici, potiers, tisserands, distillateurs, souffleurs de verre, couteliers, apiculteurs, ont souvent cette double nature d’un savoir très ancien pratiqué avec des outils contemporains, d’une tradition qui s’est mise à jour sans se trahir, d’une main qui connaît le geste depuis l’enfance et qui continue d’en transmettre la logique à des apprentis venus parfois de très loin pour l’apprendre.

La faïence de Moustiers-Sainte-Marie est le savoir-faire le plus emblématique du département, et l’un des plus anciens de France. Fondée à la fin du XVII᷈ siècle par un moine originaire de Faenza en Italie, la manufacture de Moustiers produisit pendant près d’un siècle des pièces qui rivalisant avec les meilleures faïences européennes, avant de décliner et de s’éteindre au début du XIX᷈ siècle. La renaissance, au milieu du XX᷈ siècle, fut le fait de passionnés qui remirent les fours en route à partir des pièces anciennes conservées dans les collections publiques : aujourd’hui, le village compte une vingtaine d’ateliers-boutiques où l’on peut assister aux différentes étapes de la fabrication, le tournage, l’émaillage, la décoration au pinceau fin, la cuisson , et où chaque pièce porte encore la marque manuscrite du faïencier qui l’a produite. Les décors bleus sur fond blanc, les grotesques, les scènes de chasse et les motifs floraux qui caractérisent les différentes écoles de Moustiers sont reconnaissables entre tous et constituent un vocabulaire décoratif d’une cohérence et d’une finesse que les reproductions industrielles n’approchent pas.

La distillation des plantes aromatiques, lavande, lavandin, thym, romarin, immortelle, est un autre savoir-faire structurant du territoire. Les distilleries artisanales qui subsistent dans le département, certaines encore équipées d’alambics en cuivre du début du XX᷈ siècle, produisent des huiles essentielles dont la qualité dépend autant de la maîtrise technique de la distillation, température, pression, durée du passage de la vapeur, que de la qualité de la matière première récoltée au bon moment de la floraison. Quelques producteurs proposent des visites commentées de leur distillerie au moment de la coupe, en juillet et août, avec la possibilité d’assister à la mise en route de l’alambic et de sentir la différence entre une huile fraîchement distillée et une huile conservée, une expérience sensorielle qui change durablement la façon dont on perçoit les produits de la parfumerie courante. À Forcalquier, le couteau local, à lame pliante, manche en buis ou en corne, est fabriqué par quelques artisans coutelier dont les ateliers perpétuent une tradition qui remonte aux foires médiévales de la ville.

Le saviez-vous ?
La faïence de Moustiers connut son heure de gloire la plus inattendue en 1738, lorsque Louis XV, contraint par les guerres à renflouer les caisses de l’État, ordonna la fonte de toute la vaisselle d’argent de la cour de Versailles, y compris les célèbres services de table en vermeil, et la remplaça par de la faïence. Moustiers fut l’un des fournisseurs retenus pour équiper les tables royales, et cette commande royale en fit instantanément la manufacture de référence de la faïence française, déclenchant une mode qui se propagea dans toute la haute société européenne. Il n’existe aujourd’hui que très peu de pièces authentiques de cette période, la plupart ont été brisées, perdues ou confondues avec des reproductions, et les exemplaires identifiés comme provenant de la commande royale de 1738 atteignent dans les ventes aux enchères des prix qui témoignent de ce moment particulier où un petit village des Alpes du Sud habilla la table du roi de France.

Département : Alpes-de-Haute-Provence

Situation

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