EXPÉRIENCE · NORD

SAVOIR-FAIRE

Dentelle, textile, artisanat et métiers d'art, Ourdissoir du musée de la Dentelle de Caudry

SAVOIR-FAIRE
Photo : Chatsam — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 3.0 commons.wikimedia.org

Le récit

Le Nord est un département dont le savoir-faire industriel et artisanal a façonné non seulement son économie mais son identité profonde, un territoire où l’habileté de la main et l’intelligence du geste ont été pendant deux siècles les valeurs cardinales d’une société ouvrière qui tirait sa fierté non pas de ce qu’elle possédait mais de ce qu’elle savait faire, de la précision avec laquelle elle transformait la matière brute en objet utile ou beau, de la transmission de ce savoir de père en fils et de mère en fille dans des ateliers et des usines qui étaient aussi des écoles de vie. Ce rapport au travail bien fait, à la maîtrise technique comme forme de dignité, reste présent dans le Nord contemporain avec une intensité que les fermetures d’usines et les reconversions économiques n’ont pas effacée, il s’est déplacé, il a trouvé de nouvelles expressions, mais il n’a pas disparu.

La dentelle de Calais et de Caudry, Caudry étant dans le Nord, est le savoir-faire textile le plus universellement reconnu du département, une production qui habille les tables des maisons royales et les vitrines des plus grandes maisons de haute couture mondiales depuis que les premiers métiers Leavers furent installés dans la région au début du XIXe siècle par des techniciens anglais qui apportaient avec eux le secret d’une machine capable de reproduire mécaniquement la dentelle à l’aiguille avec une finesse et une régularité que la main humaine seule ne pouvait atteindre à un coût raisonnable. Les ateliers de Caudry, une vingtaine de fabricants qui survivent aujourd’hui dans un marché mondial où la dentelle asiatique à bas coût exerce une pression constante, maintiennent en activité des métiers Leavers vieux de parfois plus d’un siècle, des machines d’une complexité mécanique ahurissante dont certaines pièces ne sont plus fabriquées nulle part et doivent être usinées sur mesure par des mécaniciens spécialisés qui sont eux-mêmes devenus une espèce en voie de disparition. Visiter un atelier de dentelle à Caudry, c’est assister au fonctionnement d’un patrimoine industriel vivant d’une fragilité et d’une beauté simultanées, le bruit des métiers en action, la complexité des fils qui s’entrecroisent selon des programmes perforés sur des cartons jacquard, la légèreté du tissu qui en sort, créent une expérience sensorielle et intellectuelle que nulle reconstitution muséographique ne peut reproduire.

La brasserie artisanale, la fabrication du genièvre, alcool de grains parfumé au genévrier dont la distillation dans les Flandres françaises remonte au XVIIe siècle, la biscuiterie et la confiserie nordistes avec leurs bêtises de Cambrai et leurs chiques de menthe, la fabrication de l’orgue de barbarie dans les ateliers spécialisés qui subsistent autour de Lille, autant de savoir-faire qui témoignent de la diversité et de la profondeur d’une culture productive nordiste dont l’image industrielle a longtemps masqué la richesse artisanale. Les bêtises de Cambrai — ces sucres cuits à la menthe striés de blanc et de couleur, dont la légende attribue l’invention à une erreur de fabrication d’un apprenti confiseur du XIXe siècle qui aurait produit par inadvertance un produit meilleur que celui qu’il tentait de réaliser, sont peut-être le symbole le plus touchant de ce savoir-faire nordiste : une confiserie populaire née d’une erreur, devenue une spécialité régionale incontournable, et dont la fabrication artisanale perdure dans des ateliers cambrésiennes qui n’ont pas changé de méthode depuis des générations.

Le saviez-vous ?
Le Nord est le berceau français de la fabrication des orgues de concert et des grandes orgues d’église, une tradition factorielle qui remonte au XVIIIe siècle et qui a produit certains des instruments les plus admirés d’Europe, notamment les grandes orgues des cathédrales de Lille, de Cambrai et de Douai dont la richesse sonore et la sophistication mécanique témoignent d’un savoir-faire accumulé sur plusieurs générations de facteurs d’orgues nordistes. La facture d’orgue du Nord se distingue par une tradition d’intégration des innovations techniques, le mécanisme de Barker, qui permit au XIXe siècle d’alléger considérablement la touche des grandes orgues et d’élargir la tessiture des claviers, fut adopté et perfectionné très tôt par les facteurs lillois, et par une esthétique sonore propre, influencée à la fois par la tradition allemande des Flandres orientales et par la tradition française de l’école classique, qui donne aux orgues du Nord un caractère polyvalent et une richesse harmonique que les organistes de toute l’Europe viennent encore aujourd’hui explorer sur des instruments dont certains ont plus de deux cents ans.

Département : Nord

Situation

50,6292° N · 3,0573° E