SECRET · AISNE

GUISE

une famille princière influente et un château fort imposant

GUISE
Photo : Illustration photoréaliste générée par intelligence artificielle avec ChatGPT (OpenAI)— 2026.

Elle s’appelle Guise et elle porte ce nom comme un destin multiple, celui des ducs de Guise qui firent trembler la monarchie française au XVI᷈ siècle, celui d’une ville ouvrière du nord qui inventa au XIX᷈ siècle l’une des expériences sociales les plus audacieuses de l’histoire du travail, et celui d’une forteresse médiévale dont les souterrains et les bastions témoignent d’une stratégie militaire qui influença l’architecture défensive de toute l’Europe du Nord. Guise est une ville à plusieurs strates temporelles superposées avec une cohérence qui tient du miracle géographique, le château, le Familistère, les rues ouvrières, la rivière Oise qui passe en contrebas forment un ensemble dont chaque élément raconte une période différente de l’histoire française sans que l’ensemble paraisse incohérent. C’est une ville qui a accumulé de l’histoire comme d’autres accumulent de la richesse, involontairement, par le simple fait d’avoir été là au bon ou au mauvais moment.

Le Familistère de Guise est l’œuvre d’une vie, celle de Jean-Baptiste André Godin, industriel et utopiste qui, au milieu du XIX᷈ siècle, décida de consacrer sa fortune à construire pour ses ouvriers non pas des logements convenables mais un palais social complet : des appartements lumineux avec eau courante et chauffage central, des écoles, des crèches, un théâtre, des jardins, une coopérative de consommation, tout ce qu’une communauté humaine avait besoin pour vivre dignement, conçu et construit avec le même soin qu’on accordait aux demeures bourgeoises. Le Familistère est aujourd’hui classé monument historique et inscrit à l’inventaire du patrimoine mondial, une utopie réalisée en briques rouges dans la plaine picarde, qui dit quelque chose d’essentiel sur ce que l’industrie aurait pu être si davantage d’industriels avaient eu la vision et la générosité de Godin.

Le saviez-vous ?
Jean-Baptiste André Godin ne s’arrêta pas à la construction du Familistère : en 1880, il transforma son entreprise de poêles et appareils de chauffage en une coopérative ouvrière, l’Association du Familistère de Guise —, dans laquelle les travailleurs devenaient progressivement associés et copropriétaires de l’outil de production. Cette transition, réalisée sans violence ni rupture révolutionnaire mais par une série de cessions progressives de capital, fut l’une des premières expériences d’autogestion ouvrière réussie en Europe, et elle survécut à Godin pendant plus d’un siècle : la coopérative continua de fonctionner jusqu’en 1968, année où des difficultés économiques contraignirent à sa transformation en société anonyme. Godin avait consigné sa pensée dans un ouvrage intitulé Solutions sociales, publié en 1871, qui influença durablement les mouvements coopératifs et mutualistes français — un livre écrit par un fabricant de poêles qui avait décidé que le capitalisme pouvait être autre chose que ce qu’il était.

Département : Aisne

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