SECRET · PAS-DE-CALAIS
LES Carrières SOUTERRAINES
Un monde caché fascinant

Sous les plaines et les collines du Pas-de-Calais, il existe un autre pays, souterrain, silencieux, obscur, que les siècles ont creusé dans la craie blanche du sous-sol avec une patience et une obstination qui témoignent de l’importance économique et stratégique de cette roche tendre et facile à tailler. Les carrières souterraines du Pas-de-Calais sont d’abord des carrières de craie, une roche calcaire d’une blancheur laiteuse, déposée au fond d’une mer chaude il y a quatre-vingt-cinq millions d’années par l’accumulation de milliards de squelettes de micro-organismes marins, et qui constitue le sous-sol de la quasi-totalité du département à des profondeurs variables. Les carriers qui l’ont exploitée depuis le Moyen Âge pour construire les églises, les fermes et les mairies des villages du Boulonnais, de l’Artois et du Calaisis ont laissé sous terre un réseau de galeries dont l’étendue totale n’a jamais été complètement cartographiée, des kilomètres de couloirs taillés à la main, de salles voûtées dont les piliers de craie laissés en place soutiennent le plafond, de puits d’extraction remblayés ou oubliés que les effondrements révèlent parfois en surface avec une brutalité qui rappelle que le sol du Pas-de-Calais est plus creux qu’il n’y paraît.
La Grande Guerre a donné à ces carrières une dimension nouvelle et une mémoire particulièrement dense, une mémoire souterraine qui s’ajoute à la mémoire des tranchées et des champs de bataille de surface pour constituer l’image la plus complète et la plus troublante de ce que fut ce conflit dans sa réalité physique et humaine. Les armées britannique, australienne, canadienne et française qui combattirent dans l’Artois et l’Artésie entre 1914 et 1918 utilisèrent massivement les carrières souterraines existantes comme abris, hôpitaux de campagne, postes de commandement et voies de communication protégées des obus, et quand les carrières naturelles ne suffisaient pas, elles en creusèrent de nouvelles, élargissant et prolongeant les galeries existantes ou attaquant directement la craie vierge avec des pioches et des pelles pour créer des réseaux entiers de souterrains militaires. Les carrières de Wellington à Arras, un réseau de vingt-quatre kilomètres de galeries creusées ou agrandies par des mineurs néo-zélandais entre 1916 et 1917, permirent en avril 1917 de faire sortir de terre simultanément vingt-quatre mille soldats alliés à quelques centaines de mètres des lignes allemandes, assurant l’effet de surprise tactique de la bataille d’Arras. Ces carrières, baptisées du nom de villes néo-zélandaises par les soldats qui les creusèrent, sont aujourd’hui visitables sous le nom de « La Carrière Wellington », l’une des expériences historiques et sensorielles les plus saisissantes du nord de la France.
Les carrières du Pas-de-Calais ont aussi une histoire minière qui les distingue des simples carrières de pierre, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012, a laissé sous terre des centaines de kilomètres de galeries d’extraction de charbon creusées entre le XVIIIe et le XXe siècle, à des profondeurs allant de quelques dizaines à plus d’un kilomètre sous la surface. Ces galeries minières constituent un autre monde souterrain, radicalement différent dans ses dimensions, ses techniques et son histoire humaine des carrières de craie médiévales, un monde de grisou, de poussière noire, de boisage et d’étaiement que les mineurs du Pas-de-Calais ont habité pendant des générations dans des conditions que le Centre Historique Minier de Lewarde, près de Douai, restitue avec une précision et une émotion documentaire qui font de ce musée l’un des plus importants de France sur le monde ouvrier.
Le saviez-vous ?
Lors de la préparation de la bataille d’Arras en 1917, les ingénieurs militaires britanniques découvrirent sous la ville un réseau de caves et de souterrains médiévaux, les « boves », creusés par les habitants d’Arras depuis le Moyen Âge pour extraire la craie et stocker leurs marchandises. Ces boves, reliées entre elles et aux carrières Wellington par des galeries percées en urgence, formèrent un réseau souterrain d’une telle complexité que des soldats s’y perdirent parfois pendant des heures, et que les archéologues et spéléologues qui les explorent encore aujourd’hui continuent d’y découvrir des grafittis, des inscriptions et des objets laissés par les soldats de quatorze nations différentes qui s’y réfugièrent pendant les années les plus meurtrières de la guerre.
Département : Pas-de-Calais
Situation
50,2910° N · 2,7775° E
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