SECRET · PAS-DE-CALAIS

LES DEUX CAPS

Une nature grandiose entre ciel et mer

LES DEUX CAPS
Photo : Romainberth — Wikimedia Commons — Licence Creative Commons CC BY-SA 3.0. commons.wikimedia.org

Il existe en France un endroit où l’on peut voir deux pays à la fois, où l’Angleterre n’est pas une abstraction géographique ou une réalité politique lointaine mais une présence physique, visible à l’œil nu par temps clair, une bande de falaises blanches qui répond aux falaises blanches françaises comme un miroir posé de l’autre côté de la Manche. Cet endroit, c’est le site des Deux Caps, le cap Gris-Nez et le cap Blanc-Nez, deux promontoires calcaires qui s’avancent dans la mer du Nord à quelques kilomètres l’un de l’autre sur la côte d’Opale, formant ensemble le point le plus proche du continent européen des côtes britanniques : vingt-huit kilomètres séparent le cap Gris-Nez de Douvres, une distance que l’œil humain franchit sans effort par beau temps et que des milliers de nageurs ont traversée à la force des bras depuis que le capitaine Matthew Webb réussit la première traversée de la Manche à la nage en 1875. Ces deux caps ne sont pas seulement des curiosités géographiques — ils sont des lieux de bout du monde, des points extrêmes où la terre s’arrête et où l’horizon prend une dimension qui dépasse la simple vue sur la mer.

Le cap Blanc-Nez est le plus spectaculaire dans sa géologie, une falaise de craie blanche de cent trente mètres de hauteur qui plonge directement dans la mer en formant un à-pic vertigineux que les vents d’ouest balayent en permanence et que les goélands argentés habitent dans leurs milliers avec une familiarité qui dit la richesse trophique des eaux en contrebas. La craie de cette falaise est la même que celle de Douvres, de l’autre côté — les deux falaises blanches qui se font face à travers la Manche étaient autrefois reliées par un isthme calcaire que la montée des eaux après la dernière glaciation a submergé il y a environ huit mille ans, séparant l’Angleterre du continent européen en quelques siècles d’une manière qui allait changer le cours de l’histoire du monde. Du sommet du cap Blanc-Nez, par temps clair, les falaises de Douvres apparaissent dans une proximité troublante, on distingue les détails de leur texture, on imagine les oiseaux qui les peuplent, on comprend physiquement pourquoi ces vingt-huit kilomètres d’eau ont été pendant des siècles à la fois une frontière infranchissable et un passage incessant entre deux civilisations qui se ressemblent sans se confondre.

Le cap Gris-Nez, plus bas et plus trapu que son voisin, est d’une nature géologique différente, ses roches sombres de grès et de schiste donnent à ce promontoire une couleur et une texture qui contrastent avec la blancheur crayeuse du cap Blanc-Nez, créant entre les deux caps une alternance de paysages côtiers d’une richesse botanique et ornithologique exceptionnelle. L’estran rocheux qui s’étend à ses pieds lors des marées basses est l’un des plus riches de la côte d’Opale en faune marine, des anémones de mer, des étoiles de mer, des crabes et des oursins peuplent les flaques que le retrait de la mer laisse dans les anfractuosités de la roche, constituant un terrain d’exploration naturaliste que les enfants comme les adultes peuvent parcourir pendant des heures sans épuiser la curiosité. Entre les deux caps, la côte dessine une succession de plages, de falaises et de dunes que le Conservatoire du Littoral protège depuis les années 1980 avec un soin qui a permis de maintenir intact un paysage dont la valeur naturelle et paysagère n’a pas d’équivalent sur la façade maritime de la France du Nord.

Le saviez-vous ?
Le détroit du Pas-de-Calais, entre les Deux Caps et les côtes anglaises, est le passage maritime le plus fréquenté du monde, environ cinq cents navires le traversent chaque jour dans les deux sens, ce qui en fait une véritable autoroute maritime dont la gestion du trafic est assurée par des centres de surveillance de chaque côté de la Manche. Les chenaux de navigation sont si précisément définis et si densément fréquentés que les nageurs qui tentent la traversée de la Manche, plusieurs centaines chaque année depuis les côtes du Pas-de-Calais, doivent être accompagnés de bateaux pilotes qui négocient leur passage entre les convois de porte-conteneurs et les ferries dans une chorégraphie maritime d’une complexité que l’on mesure mal depuis le sommet paisible du cap Gris-Nez.

Département : Pas-de-Calais

Situation

50,2910° N · 2,7775° E