SECRET · PAS-DE-CALAIS

LES MINES DU PAS-DE-CALAIS

Une histoire humaine et un patrimoine unique

LES MINES DU PAS-DE-CALAIS
Photo : Jérémy Jännick — Wikimedia Commons — Domaine public (PD-self). commons.wikimedia.org

Il y a dans le bassin minier du Pas-de-Calais une beauté que l’on n’attendait pas, celle d’un paysage industriel qui s’est transformé en paysage culturel sans jamais renier ce qu’il fut, avec ses terrils qui verdissent depuis des décennies comme des collines artificielles que la nature reconquiert à son rythme, ses corons alignés le long de rues droites et étroites avec une régularité qui dit l’organisation rationnelle d’une industrie qui logeait ses ouvriers comme elle organisait sa production, et ses chevalements de fonte noire qui se dressent encore ici et là au-dessus des anciennes fosses comme des monuments involontaires à une époque révolue. Le bassin minier Nord-Pas-de-Calais, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012 sous le titre de « paysage culturel évolutif vivant », est l’une des reconnaissances patrimoniales les plus inattendues et les plus justes que cette institution ait accordées, inattendues parce que l’on n’avait pas l’habitude de classer des terrils et des cités ouvrières aux côtés des cathédrales gothiques et des palais de la Renaissance, justes parce que ce paysage est effectivement le produit d’une civilisation particulière, d’une culture du travail et de la solidarité qui a marqué durablement les hommes et les femmes qui l’ont vécu.

Le charbon du Pas-de-Calais fut découvert à Fresnes-sur-Escaut en 1720 et les premières fosses d’extraction industrielle ouvrirent dans les années 1840, inaugurant une époque qui allait durer cent quarante ans, employer des centaines de milliers de mineurs venus de toute la France et de toute l’Europe, et façonner un territoire, une architecture, une gastronomie, un argot et une culture ouvrière d’une intensité et d’une cohérence qui n’ont pas d’équivalent dans l’histoire sociale française. Les gueules noires, ce surnom qui disait à la fois la dureté du travail et la fierté de ceux qui le faisaient, descendaient chaque jour à des profondeurs allant jusqu’à mille mètres sous terre dans des galeries de moins d’un mètre de hauteur, abattant le charbon à la pioche puis au marteau-piqueur dans une chaleur, un bruit et une poussière que les corps absorbaient pendant des décennies avant de tomber malades de silicose, cette maladie des poumons que la poussière de charbon déposait grain par grain dans les alvéoles pulmonaires avec une lenteur et une certitude qui faisaient de chaque mineur un condamné à terme. La solidarité qui naquit de cette condition partagée, dans les corons, dans les estaminets, dans les fanfares et les sociétés de secours mutuel, est l’une des formes les plus intenses et les plus documentées de la culture ouvrière française, une solidarité qui s’exprimait dans les grèves comme dans les fêtes, dans les luttes syndicales comme dans les parties de belote du dimanche.

Le dernier puits du bassin minier du Pas-de-Calais ferma en 1990 à Oignies, une fermeture qui mit fin à deux cent cinquante ans d’une industrie qui avait extrait des centaines de millions de tonnes de charbon des sous-sols artésiens et dont la disparition laissa dans le tissu social du bassin une blessure que les reconversions économiques ultérieures n’ont pas entièrement cicatrisée. Les terrils qui jalonnent le paysage, il en subsiste environ trois cents dans le Nord-Pas-de-Calais, dont certains culminent à plus de cent cinquante mètres de hauteur — sont devenus depuis des espaces naturels d’une richesse inattendue : les espèces pionnières qui colonisent leurs flancs de schiste et de grès ont créé des biotopes originaux où poussent des plantes rares et où s’installent des insectes et des oiseaux que l’on ne trouve pas dans les campagnes agricoles environnantes. Le Centre Historique Minier de Lewarde, installé dans les bâtiments de la fosse Delloye, est le plus grand musée de la mine en France, un lieu où les descendants des mineurs et les visiteurs qui n’ont jamais connu ce monde descendent ensemble dans les galeries reconstituées pour comprendre ce que fut cette civilisation souterraine.

Le saviez-vous ?
Le bassin minier du Pas-de-Calais accueillit à partir des années 1920 une immigration massive en provenance de Pologne, d’Italie, du Maroc et d’Algérie, des travailleurs recrutés par les Compagnies minières pour compenser le déficit de main-d’œuvre française après les hécatombes de la Première Guerre mondiale. Ces communautés immigrées s’installèrent dans les corons avec leurs langues, leurs cuisines, leurs pratiques religieuses et leurs associations culturelles, créant un métissage social et culturel d’une richesse singulière dont les descendants habitent encore aujourd’hui le bassin minier, une diversité humaine profondément ancrée dans le territoire qui fait partie intégrante de ce que l’UNESCO a voulu reconnaître en classant ce paysage au patrimoine mondial de l’humanité.

Département : Pas-de-Calais

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