CENT UNE DÉCOUVERTES
Les expériences
Ce que l’on peut vivre sur place
Activités sportives, randonnées et sentiers, art, culture et patrimoine, marchés et gastronomie, savoir-faire local, en famille
6 expériences recensées à ce jour.
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MARNE
nature et randonnées
Vignobles, forêts et bords de Marne
La Marne est un département que la géographie a doté d’un caractère double et contrasté — d’un côté la plaine champenoise, immense et ouverte, balayée par des vents qui n’ont rencontré aucun obstacle depuis les collines de l’Île-de-France, une plaine dont l’horizontalité absolue peut déconcerter le randonneur habitué aux reliefs mais qui révèle à qui sait la regarder une beauté propre aux espaces sans limite, une beauté de lumière et de ciel plutôt que de forme et de volume. De l’autre côté, les collines de la Montagne de Reims, les coteaux champenois qui bordent la vallée de la Marne entre Épernay et Château-Thierry, et les forêts de l’Argonne à l’est — autant de territoires où le randonneur retrouve l’ombre, le relief et la diversité écologique que la grande plaine crayeuse ne peut offrir. Entre ces deux Marne coexiste une richesse naturelle que le département n’a pas toujours su mettre en valeur mais qui n’en existe pas moins, patiente et discrète, attendant ceux qui viennent la chercher.La Montagne de Reims est le cœur battant de la randonnée marnaise — un massif forestier de vingt-deux mille hectares classé Parc Naturel Régional depuis 1976, dont les sentiers traversent des hêtraies et des chênaies centenaires avant de déboucher sur des panoramas qui embrassent d’un seul regard les vignes du champagne, la plaine champenoise jusqu’à l’horizon et, par temps clair, la cathédrale de Reims qui émerge de la plaine comme un signal de pierre. Les faux de Verzy sont l’attraction naturelle la plus singulière du massif — des hêtres tortillards dont la croissance anormale, due à une mutation génétique, produit des formes tourmentées et contorsionnées qui évoquent une forêt de sorcières plutôt qu’une hêtraie ordinaire, des silhouettes végétales d’une bizarrerie et d’une beauté troublantes dont aucune explication botanique ne parvient à épuiser le mystère. Ces hêtres tortillards de Verzy constituent l’une des plus importantes concentrations de cette mutation au monde — plusieurs centaines d’individus répartis sur quelques hectares de forêt que les botanistes visitent de toute l’Europe pour étudier un phénomène génétique qu’ils comprennent de mieux en mieux sans avoir encore tout à fait cerné pourquoi il s’est concentré ici avec une telle densité.Le marais de Saint-Gond, vaste zone humide qui s’étend entre Épernay et Sézanne dans le sud du département, offre aux randonneurs et aux naturalistes un milieu radicalement différent — une tourbière alcaline d’une superficie exceptionnelle, refuge de plantes rares et d’oiseaux nicheurs dont la présence témoigne de la qualité écologique d’un site que les batailles de la Marne de septembre 1914 traversèrent sans l’épuiser. Les sentiers qui longent les roselières du marais permettent d’observer au printemps des espèces d’oiseaux que le reste de la Marne ne recèle pas — butor étoilé dont la voix de brume s’entend à plusieurs kilomètres dans le silence matinal des roseaux, gorgebleue à miroir dont le chant liquide et complexe rivalise avec celui du rossignol, cigogne blanche qui a recolonisé ce milieu depuis les années 1990 et dont les nids monumentaux surmontent désormais les clochers des villages riverains avec une nonchalance aristocratique qui amuse les habitants et enchante les visiteurs.Le saviez-vous ? La Marne abrite l’un des plus importants gisements de craie d’Europe — une roche sédimentaire calcaire formée il y a environ quatre-vingt-cinq millions d’années par l’accumulation de squelettes microscopiques de coccolithes, des algues unicellulaires marines qui peuplaient une mer tropicale peu profonde couvrant alors ce qui est aujourd’hui le Bassin parisien. Cette craie, qui affleure sur des dizaines de kilomètres à la surface de la plaine champenoise, est à la fois la matière première des caves à champagne creusées sous Reims et Épernay — les fameuses « crayères » qui s’étendent sur des kilomètres sous les deux villes — et le substrat géologique sans lequel le champagne tel qu’on le connaît n’existerait pas, car c’est la capacité de drainage exceptionnel de la craie combinée à sa propriété de restituer lentement la chaleur accumulée pendant la journée qui crée les conditions thermiques précises permettant au Chardonnay, au Pinot Noir et au Pinot Meunier de produire des raisins d’une acidité et d’une complexité aromatique que nulle autre région viticole du monde n’a réussi à reproduire.
Lire la suitePhoto : Donar Reiskoffer — Wikimedia Commons — Licence CC BY 3.0. commons.wikimedia.org
Marne
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MARNE
PATRIMOINE ET HISTOIRE
Cathédrale Notre-Dame de Reims, abbayes, châteaux et villages de caractère
La Marne est un département qui porte l’histoire de France avec une densité que peu de territoires peuvent égaler — non pas l’histoire monumentale des grands châteaux et des cours royales, même si Reims et son sacre des rois de France y contribuent largement, mais l’histoire profonde, tragique et glorieuse à la fois, d’un territoire qui s’est trouvé au centre des événements les plus décisifs de la civilisation européenne à plusieurs reprises et dans des registres si différents qu’ils semblent appartenir à des époques incomparables. La Marne est à la fois le département du champagne et du sacre, de la cathédrale gothique et des tranchées de la Grande Guerre, du chemin des Dames et de la bataille de Valmy, un palimpseste territorial d’une richesse vertigineuse où chaque couche de temps révèle une dimension nouvelle de ce que la France a été, de ce qu’elle a failli ne pas être, et de ce qu’elle est devenue à force de traverser des épreuves que ce département a souvent absorbées en premier.Reims est le cœur patrimonial incontestable de la Marne, et sa cathédrale Notre-Dame, chef-d’œuvre du gothique rayonnant commencé en 1211 et achevé au XVe siècle, est l’un des monuments les plus chargés de sens de toute l’Europe chrétienne. C’est ici que furent sacrés vingt-cinq rois de France entre Louis VIII en 1223 et Charles X en 1825 — une continuité dynastique et rituelle de six siècles qui fit de Reims la ville royale par excellence, la ville où la légitimité du pouvoir se transformait en sacralité par l’onction du saint chrême conservé dans la Sainte Ampoule. C’est ici aussi que Jeanne d’Arc conduisit Charles VII en juillet 1429 pour qu’il reçoive le sacre qui transformerait un dauphin incertain en roi de France incontestable, un acte politique et symbolique d’une efficacité remarquable dont la cathédrale de Reims fut le théâtre et dont les conséquences allaient déterminer l’issue de la guerre de Cent Ans. La cathédrale fut gravement endommagée par les bombardements allemands de la Première Guerre mondiale, ses toitures brûlèrent en septembre 1914, ses sculptures furent mutilées par les obus, et l’émotion suscitée dans le monde entier par ce que l’on appela alors le « meurtre de Reims » contribua à mobiliser l’opinion internationale contre l’Allemagne wilhelmienne avec une efficacité que nulle propagande n’aurait pu égaler.La Première Guerre mondiale est l’autre dimension fondamentale du patrimoine marnais, une présence qui n’est pas seulement mémorielle et muséographique mais physique, inscrite dans le paysage lui-même. La bataille de la Marne de septembre 1914, qui stoppa l’avance allemande et sauva Paris, se déroula sur des dizaines de kilomètres de front traversant le département du nord au sud. Les cimetières militaires, français, britanniques, américains, allemands, jalonnent les routes de campagne avec une régularité qui finit par peser sur le voyageur attentif comme une accumulation de preuves d’un désastre dont les proportions défient encore aujourd’hui la compréhension ordinaire. La nécropole nationale de la Somme-Py, le mémorial américain de Blanc Mont, le cimetière allemand de Saint-Étienne-à-Arnes, autant de lieux où le silence a une qualité particulière, chargée d’une histoire que la paix a recouvert sans effacer.Le saviez-vous ? La crypte de la basilique Saint-Remi de Reims conserve ce qui est présenté comme l’un des reliquaires les plus importants du christianisme médiéval, la Sainte Ampoule, ou du moins ce qu’il en reste après que les révolutionnaires eurent brisé le reliquaire original en 1793. Cette ampoule contenait le chrême miraculeux censé avoir été apporté du ciel par une colombe lors du baptême de Clovis en 496, un récit fondateur de la monarchie française dont l’authenticité historique est contestée mais dont la puissance symbolique fut telle que pendant plus de mille ans, aucun roi de France ne pouvait être considéré comme pleinement légitime s’il n’avait pas été oint de cette huile sainte à Reims, dans cette cathédrale, par l’archevêque de la ville, une continuité rituelle d’une longévité et d’une cohérence sans équivalent dans l’histoire politique européenne.
Lire la suitePhoto : Balise42 —— Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org
Marne
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MARNE
savoir-faire
Maisons de Champagne, visites de caves et métiers d'art
La Marne est le département d’un savoir-faire unique au monde, le champagne. Non pas simplement un vin effervescent parmi d’autres, non pas simplement une boisson festive dont la réputation mondiale tient à des décennies de marketing habile, mais un savoir-faire au sens le plus exigeant et le plus complet du terme : une connaissance accumulée sur trois siècles de pratique, une maîtrise des assemblages et des élevages, une compréhension intime du terroir et du climat qui permet à une poignée de maisons et de vignerons de produire chaque année une boisson dont la complexité aromatique et la précision technique placent l’élaboration parmi les exercices les plus sophistiqués que l’humanité ait jamais appliqués à la transformation d’un fruit. Que le champagne soit né dans la Marne n’est pas un accident géographique, c’est le résultat d’une conjonction de facteurs naturels et humains dont l’assemblage précis ne se retrouve nulle part ailleurs sur la planète.La maison de champagne est la forme institutionnelle de ce savoir-faire, un lieu de production, de vieillissement et de transmission des techniques qui n’a pas d’équivalent dans le monde viticole par son échelle, sa complexité logistique et la profondeur de sa culture propre. Les crayères qui s’étendent sous Reims et Épernay — ces caves creusées dans la craie à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, où la température se maintient constamment entre dix et douze degrés toute l’année, sont les cathédrales souterraines du champagne, des espaces d’une beauté froide et minérale où des millions de bouteilles vieillissent sur lattes dans l’obscurité et le silence, développant lentement leur caractère en contact avec les lies de levure issues de la seconde fermentation. Visiter ces crayères avec un chef de cave qui en connaît chaque galerie et chaque assemblage, c’est comprendre que le champagne est d’abord une architecture du temps — une construction patiente dans laquelle chaque décision, de la sélection des raisins à la détermination de la dose de liqueur d’expédition, contribue à un résultat dont la dégustation ne révélera le succès que plusieurs années après que les gestes qui l’ont produit ont été accomplis.Mais le savoir-faire marnais ne se réduit pas au champagne, même si celui-ci en constitue l’expression la plus universellement reconnue. La cristallerie de Bayel, dans l’Aube voisine mais dont le rayonnement historique s’étend à toute la Champagne, a formé des générations de verriers dont certains sont revenus s’établir dans la Marne avec leur savoir-faire. La biscuiterie de Reims avec son biscuit rose, une spécialité champenoise vieille de trois siècles, dont la double cuisson et la couleur caractéristique résultent d’une recette jalousement préservée, est un autre exemple de ce savoir-faire artisanal régional qui a survécu à l’industrialisation en trouvant dans sa spécificité même la raison de sa résistance. Le maroilles et le langres, fromages à pâte molle et croûte lavée produits dans la Marne et les départements voisins selon des méthodes fromagères héritées des abbayes médiévales, complètent un tableau de savoir-faire qui dit la profondeur et la diversité d’une culture productive dont le champagne est la pointe émergée.Le saviez-vous ? La technique du remuage, opération consistant à faire glisser progressivement les dépôts de levure vers le goulot de la bouteille en la tournant et en l’inclinant quotidiennement pendant plusieurs semaines, fut perfectionnée au début du XIXe siècle par Antoine de Müller, chef de cave de la maison Veuve Clicquot, sur les instructions de la célèbre veuve Barbe-Nicole Clicquot Ponsardin qui dirigea la maison après la mort de son mari en 1805 avec une intelligence commerciale et technique que ses contemporains masculins mirent du temps à reconnaître à sa juste valeur. Le pupitre de remuage, ce chevalet en bois percé de trous dans lequel les bouteilles sont progressivement inclinées et tournées par le remueur, est resté pendant près de deux siècles le symbole du savoir-faire champenois le plus artisanal, avant d’être largement remplacé depuis les années 1970 par les gyropalettes automatiques qui reproduisent mécaniquement le même mouvement avec une régularité que la main humaine ne peut égaler, libérant les remueurs pour d’autres tâches mais clôturant en silence un chapitre du geste artisanal champenois.
Lire la suitePhoto : Peter Potrowl — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org
Marne
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MARNE
gastronomie
spécialités locales et produits du terroir, Biscuits roses de Reims
La gastronomie marnaise est une gastronomie de l’accord, non pas l’accord au sens diplomatique du terme, mais l’accord au sens musical : la rencontre de deux voix qui se complètent et se rehaussent mutuellement jusqu’à produire quelque chose que ni l’une ni l’autre n’aurait pu atteindre seule. Le champagne est la voix dominante de cette gastronomie, la référence à laquelle tout s’ajuste et à partir de laquelle tout s’organise, non pas comme une contrainte mais comme une invitation permanente à penser la cuisine en termes d’acidité, de minéralité, de bulles et de fraîcheur, à chercher dans chaque plat ce qui répondra au vin plutôt que ce qui s’y opposera. Manger dans la Marne, c’est comprendre intuitivement pourquoi le champagne n’est pas qu’une boisson de célébration mais un vin de table complet, capable d’accompagner une entrée de langoustines crues aussi bien qu’un rôti de veau aux morilles ou qu’un carré d’agneau des prés-salés, un compagnon de table d’une polyvalence et d’une élégance que ses concurrents effervescents n’ont jamais tout à fait réussi à égaler.La cuisine champenoise traditionnelle est une cuisine de terroir nordique, généreuse, roborative, construite autour des produits d’une agriculture de plaine et d’élevage qui a nourri pendant des siècles une population de vignerons, de laboureurs et de soldats dont les besoins caloriques n’avaient rien à voir avec les raffinements de la cuisine de cour. La potée champenoise, plat emblématique de l’hiver marnais, réunit dans un bouillon parfumé au genièvre des légumes racines, du chou, du petit salé et des saucisses fumées dans une combinaison qui réchauffe autant qu’elle nourrit et qui dit quelque chose d’essentiel sur le rapport des champenois à leur table — un rapport d’honnêteté et de générosité sans fioriture, qui préfère la profondeur du goût à l’élégance de la présentation. L’andouillette de Troyes, dont la production concerne aussi le département voisin de l’Aube mais dont la réputation rayonne sur toute la Champagne, est une autre icône de cette cuisine franche et directe qui ne cache pas ce qu’elle est et qui assume avec une fierté tranquille un caractère organoleptique que les timides fuient et que les amateurs plébiscitent avec une fidélité indéfectible.Le fromage occupe dans la gastronomie marnaise une place de choix, et les fromages champenois sont parmi les plus typés et les plus caractérisés de France, reflet d’un terroir herbager humide et d’une tradition fromagère héritée des abbayes médiévales qui maîtrisaient depuis des siècles l’art de transformer le lait des troupeaux locaux en fromages à pâte molle affinés à la bière ou au marc de champagne. Le chaource, fromage cylindrique à croûte fleurie dont la pâte crémeuse et légèrement acidulée fond en bouche avec une douceur que sa croûte blanche laissait espérer, est peut-être le plus raffiné des fromages champenois, celui dont l’accord avec un champagne blanc de blancs léger et minéral produit l’une de ces harmonies gastronomiques simples et parfaites qu’aucune sophistication culinaire ne peut surpasser. Le biscuit rose de Reims, trempé dans un verre de champagne selon la tradition locale, clôt le repas champenois avec une légèreté et une douceur qui disent que même les fins de repas, dans la Marne, sont pensées en termes d’accord avec le vin qui ne quitte jamais vraiment la table.Le saviez-vous ? La ville d’Épernay, capitale mondiale du champagne, abrite sur son unique avenue principale, l’Avenue de Champagne, une concentration de maisons de champagne dont la valeur du sous-sol dépasse selon certaines estimations celle de l’ensemble du patrimoine immobilier de la ville en surface : des dizaines de kilomètres de caves et de crayères s’étendent sous les hôtels particuliers bourgeois du XIXe siècle, contenant des millions de bouteilles en cours de vieillissement dont la valeur marchande totale représente plusieurs milliards d’euros, un trésor souterrain d’une ampleur que les façades sobres et élégantes des maisons Moët & Chandon, Perrier-Jouët, Pol Roger ou De Castellane ne laissent absolument pas soupçonner au promeneur qui arpente le boulevard au soleil, ignorant qu’il marche littéralement au-dessus de l’une des plus grandes caves à vin du monde.
Lire la suitePhoto : ADT Marne — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org
Marne
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MARNE
activités nautiques
Balades en Voiliers sur le lac du Der-Chantecoq.
La Marne est un département traversé par son fleuve éponyme avec une générosité qui déborde largement le seul débit de ses eaux, la rivière Marne, qui entre dans le département à l’est et le traverse d’un mouvement large et paisible avant de poursuivre vers Paris et la Seine, a façonné autour d’elle une culture de l’eau douce, une civilisation fluviale discrète mais profonde dont les traces se lisent dans les guinguettes qui bordent ses rives depuis le XIXe siècle, dans les écluses à manœuvre manuelle qui rythment la navigation de plaisance, dans les villages de bateliers dont les maisons basses tournées vers la rivière disent que l’eau était ici une route avant d’être un paysage. Naviguer sur la Marne dans le département qui porte son nom, c’est remonter vers la source d’un cours d’eau dont les rives parisiennes sont célèbres et dont les rives champenoises sont encore libres de toute mise en scène — une rivière qui appartient encore à ceux qui y vivent plutôt qu’à ceux qui la photographient.Le canal latéral à la Marne, qui double le cours naturel de la rivière sur une partie de son tracé pour offrir aux bateaux de plaisance une navigation sans les aléas des crues et des étiages, est l’axe nautique principal du département — une voie d’eau calme et ombragée jalonnée d’écluses dont les gardiens sont parfois les derniers témoins d’une culture batelière qui s’efface progressivement mais dont la mémoire reste vive le long des berges. Les plaisanciers qui descendent le canal de la source de la Marne vers Épernay et Château-Thierry traversent une succession de paysages que nulle route ne donne à voir de la même façon, les vignes de champagne vues depuis l’eau ont une qualité particulière, une présence proche et texturée que la distance de la route leur retire. Les haltes dans les petits ports fluviaux de Condé-sur-Marne, de Mareuil-sur-Aÿ ou de Cumières permettent de s’amarrer à quelques pas des premières vignes et de comprendre physiquement pourquoi l’eau et le champagne ont toujours entretenu dans cette région une relation d’une intimité que la géographie rend évidente.Les lacs de la Der-Chantecoq et du Der, dans le sud-est du département, constituent l’autre dimension nautique de la Marne, d’une tout autre nature que la navigation fluviale, mais d’une richesse comparable pour qui cherche l’espace plutôt que l’intimité. Le lac du Der-Chantecoq, créé entre 1969 et 1974 par la noyade de trois villages champenois sous les eaux d’un réservoir destiné à réguler les crues de la Seine et de la Marne, est le plus grand lac artificiel de France avec ses vingt-trois kilomètres de long et ses quarante-huit kilomètres de berges, un plan d’eau d’une ampleur qui évoque davantage les grands lacs scandinaves que la Champagne intérieure, et qui offre aux adeptes de voile légère, de planche à voile, de kitesurf et de kayak un espace de navigation d’eau douce sans équivalent dans le nord-est de la France. La présence de grues cendrées par dizaines de milliers en novembre et décembre, le lac du Der est le principal site d’hivernage de la grue cendrée en France, transforme chaque sortie nautique automnale en une expérience ornithologique à nulle autre pareille, le vol des grues au-dessus du lac au coucher du soleil étant l’un des spectacles naturels les plus spectaculaires que la France intérieure puisse offrir.Le saviez-vous ? La création du lac du Der-Chantecoq nécessita entre 1969 et 1974 la noyade de trois villages champenois, Champaubert-aux-Bois, Nuisement-sur-Coole et Chantecoq, dont les habitants furent relogés dans des villages neufs construits spécialement à proximité. Les habitants de Chantecoq, dont le nom fut accolé à celui du lac pour ne pas disparaître complètement avec leur village, négocièrent avec l’État la préservation de leur église du XIIe siècle, qui fut démontée pierre par pierre et remontée à l’identique sur les rives du nouveau lac, un geste de mémoire collective d’une émotion particulière, qui dit que certaines communautés savent ce qu’elles perdent quand elles perdent leur centre et font tout ce qui est en leur pouvoir pour emporter avec elles, dans leur exil lacustre, quelque chose de suffisamment lourd et de suffisamment ancien pour que le nouveau lieu ressemble un peu à l’ancien.
Lire la suitePhoto : Renhour48 — Wikimedia Commons — Licence CC0 1.0 (domaine public). commons.wikimedia.org
Marne
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MARNE
en famille
Parcs, jardins, visites ludiques du moulin de Valmy et activités en plein air.
La Marne offre aux familles une qualité d’expérience qui se situe à mi-chemin entre la grande histoire et la nature vivante, un département où les enfants peuvent en une même journée toucher de la craie vieille de quatre-vingt-cinq millions d’années dans une cave à champagne, observer des milliers de grues cendrées s’envoler au lever du soleil sur le lac du Der, et manger un biscuit rose de Reims trempé dans un verre de jus de raisin pétillant dans une guinguette de bord de Marne. Cette densité d’expériences accessibles à tous les âges, dans un département dont la taille reste humaine et dont les distances entre les sites se parcourent en moins d’une heure de voiture, fait de la Marne une destination familiale que ses atouts patrimoniaux et naturels désignent clairement mais que sa réputation essentiellement viticole et historique tend à dissimuler aux familles qui ne pensent pas spontanément à elle quand elles planifient leurs vacances.Reims est la porte d’entrée familiale la plus évidente du département, une ville à échelle humaine, traversable à pied ou à vélo, dont les monuments majeurs se concentrent dans un périmètre compact autour de la cathédrale. Les enfants qui découvrent Notre-Dame de Reims pour la première fois font presque tous la même expérience : ils lèvent la tête vers les façades couvertes de sculptures et restent bouche ouverte un moment, dépassés par une verticalité et une densité iconographique que nulle image préparatoire ne permet vraiment d’anticiper. Le Palais du Tau, ancienne résidence des archevêques de Reims attenant à la cathédrale, conserve les statues originales des portails royaux dont les copies en pierre reconstituée ornent aujourd’hui les façades — voir côte à côte les originaux millénaires aux visages usés par le temps et les copies immaculées est une leçon de restauration patrimoniale que les enfants comprennent immédiatement et retiennent durablement. Les caves à champagne ouvertes aux familles, Taittinger avec ses crayères gallo-romaines, Pommery avec son architecture victorienne et ses œuvres d’art contemporain installées au fond des galeries, proposent des visites adaptées aux enfants qui découvrent avec stupeur l’étendue souterraine d’un monde caché sous la ville ordinaire.Le lac du Der-Chantecoq est l’expérience familiale la plus spectaculaire du département en dehors de Reims, particulièrement en automne, quand les grues cendrées arrivent par vagues successives depuis la Scandinavie et la Sibérie pour hiverner sur ce plan d’eau que leur instinct de migration a inscrit depuis des générations dans leur mémoire collective. Observer depuis les observatoires ornithologiques aménagés sur les rives plusieurs dizaines de milliers de grues prendre leur envol au lever du soleil dans un concert de cris rauques et de battements d’ailes qui couvre tous les autres sons, c’est l’une de ces expériences naturalistes qui marquent une enfance au fer rouge de l’émerveillement, qui créent chez les enfants un rapport physique et émotionnel à la nature sauvage qu’aucun documentaire télévisé ne peut reproduire parce qu’il lui manque le froid de l’aube, l’odeur de l’eau et la vibration de l’air produite par des milliers d’oiseaux s’élevant simultanément dans le ciel de Champagne. Les bases nautiques du Der proposent en été kayak, voile et paddle dans un cadre de lac ouvert qui permet aux familles de combiner sport nautique et observation de la faune aviaire dans un même après-midi.Le saviez-vous ? L’Épernay des enfants se découvre non pas dans les grandes maisons de champagne mais dans son Musée du Champagne et de la Préhistoire, un établissement qui réunit sous un même toit l’histoire millénaire de la vigne champenoise et les collections archéologiques préhistoriques découvertes dans le sous-sol du département, permettant aux familles de passer en une heure des silex taillés du Paléolithique aux pupitres de remuage du XIXe siècle en traversant dix mille ans d’histoire de la relation entre les hommes et leur territoire. Cette continuité narrative, de la préhistoire au champagne en passant par les Romains qui plantèrent les premières vignes sur les coteaux marnais et par les moines médiévaux qui perfectionnèrent les techniques de vinification, offre aux enfants un fil conducteur thématique d’une clarté et d’une cohérence pédagogique remarquables, celle d’un lieu qui a toujours su tirer parti de ce que la nature lui donnait avec une intelligence et une persévérance qui méritent d’être racontées à tous les âges.
Lire la suitePhoto : Fab5669 — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 3.0.
Marne