EXPÉRIENCE · PAS-DE-CALAIS

NATURE ET Randonnées

Caps, dunes, forets, marais et vallées

NATURE ET Randonnées
Photo : Txllxt TxllxT — Wikimedia Commons — Licence CC BY-SA 4.0. commons.wikimedia.org

Le récit

Le Pas-de-Calais est un département que l’on traverse souvent sans s’arrêter, pressé de rejoindre le ferry de Calais ou l’Eurostar de Fresque, on longe ses plaines agricoles depuis l’autoroute sans soupçonner que derrière la platitude apparente du paysage se cachent des espaces naturels d’une richesse et d’une diversité que peu de régions françaises peuvent revendiquer à cette latitude. Car le Pas-de-Calais n’est pas plat, ou plutôt, il n’est pas que plat : ses collines d’Artois, ses vallées encaissées de l’Aa, de la Canche et de l’Authie, ses falaises de la côte d’Opale, ses marais arrière-littoraux et ses forêts domaniales constituent un paysage varié et subtil que la randonnée révèle avec une générosité que l’autoroute ne laisse jamais deviner. C’est un département qui se mérite un peu, qui demande que l’on sorte de la voiture, que l’on accepte le vent et parfois la pluie fine qui ne mouille pas vraiment mais qui change la lumière, et qui récompense cet effort par des panoramas sur des vallées agricoles d’une douceur flamande, des bords de rivière où les hérons cendrés pêchent dans une immobilité sculptée et des chemins creux bordés de haies d’aubépines qui fleurissent en mai avec une générosité blanche et parfumée que le vent disperse sur des kilomètres.

Les collines d’Artois, cet accident topographique modeste qui culmine à deux cent soixante mètres à Notre-Dame-de-Lorette et qui constitue la seule véritable hauteur du département, sont le terrain de randonnée le plus fréquenté du Pas-de-Calais intérieur, et pour de bonnes raisons : leurs versants couverts de bois de chênes et de charmes, leurs crêtes dégagées qui offrent des vues sur les plaines de la Flandre au nord et de l’Artois au sud, leurs chemins de remembrance qui traversent des sites de la Grande Guerre avec une discrétion qui laisse le paysage parler lui-même, tout cela compose un itinéraire de randonnée qui est à la fois une expérience naturelle et une expérience mémorielle, les deux dimensions s’enrichissant mutuellement dans un territoire où la nature a repris ses droits sur des champs de bataille que les forêts et les prairies ont progressivement effacés sans jamais tout à fait recouvrir. La vallée de la Canche, entre Montreuil-sur-Mer et Le Touquet, est l’autre grand territoire de randonnée du département, une vallée large et agricole que la rivière parcourt en méandres paresseux entre des berges de saules et d’aulnes, avec des sentiers qui alternent entre les hautes herbes des prairies alluviales et les bois de peupliers que la lumière traverse en filaments dorés en fin de journée.

Le littoral de la côte d’Opale est le troisième visage de la randonnée dans le Pas-de-Calais, et peut-être le plus saisissant pour qui n’a pas l’habitude de marcher au bord de la mer du Nord. Le GR120, sentier du littoral, longe la côte depuis la baie de Somme jusqu’à la frontière belge sur plus de cent kilomètres de chemins qui alternent entre les crêtes des falaises de craie, les creux des dunes fixées par les oyats et les oyats, et les plages de sable fin que le vent sculpte en permanence en vaguelettes et en rides dont les formes changent d’une marée à l’autre. Marcher sur ce sentier par un jour de vent d’ouest, avec la mer qui déferle en rouleaux d’écume verte sur la gauche et les dunes qui ondulent sur la droite dans la lumière oblique de fin d’après-midi, est une expérience physique et sensorielle d’une intensité que les paysages plus spectaculaires des côtes bretonnes ou normandes n’offrent pas toujours, quelque chose de plus nu, de plus direct, de moins théâtral et pour cela plus réel.

Le saviez-vous ?
La baie de Canche, à l’embouchure de la rivière entre Le Touquet et Étaples, est l’un des sites de nidification les plus importants de France pour la sterne caugek et le goéland argenté, plusieurs milliers de couples y nichent chaque printemps dans des colonies qui constituent l’un des spectacles ornithologiques les plus impressionnants du littoral français du Nord. Ce site est également une halte migratoire majeure pour des dizaines d’espèces d’oiseaux limicoles qui remontent ou descendent les côtes atlantiques entre leurs quartiers d’hiver africains et leurs sites de nidification arctiques, un carrefour aviaire que les ornithologues de toute l’Europe viennent observer chaque automne, jumelles et longues-vues pointées vers des vasières que la marée basse découvre sur plusieurs kilomètres.

Département : Pas-de-Calais

Situation

50,2910° N · 2,7775° E